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   "Soudain, une licorne ...", ce sont les premiers mots du prologue. Ne vous y laisser pas tromper, Dominique Maisons ne nous entraîne pas dans un univers enchanté peuplé d'animaux gentils et de personnages merveilleux. Il nous convie plutôt dans les zones d'ombre de notre société où les puissants organisent des soirées défiant toutes les règles de la bienséance, voire de l'humanité.

Tout débute par le Bal des fauves, organisé par Arnaud Delaunay, entremetteur de haut vol, facilitateur de contrats, pourvoyeur en chair fraîche. Aurions-nous affaire à un parrain de la mafia ? Que nenni !  Notre homme est comme Janus :  il apparaît au commun des mortels comme un respectable notable, énarque de surcroit . La DGSI n'ignore pas son autre visage mais couvre ses frasques car elles servent "les intérêts supérieurs de la France". 

Le maître des lieux est satisfait de lui. Son bal va encore une fois être un énorme succès. Dans sa résidence de Neuilly, transformée en jungle pour l'occasion, les instincts les plus bas vont être flattés. Une quarante de nantis, dont l'anonymat est préservé par un costume et un masque vont s'adonner à une chasse un peu particulière, celles de jeunes, voire de très jeunes femmes. Arnaud Delaunay s'est réservé deux escort girls, "deux proies" de choix mais il est attiré par une femme au masque de licorne. Elle lui est inconnue, son dos nu dévoile un magnifique tatouage, un cerisier japonais en fleurs. Il s'avance vers elle :

" - Je n'ai pas la chance de vous connaître, mademoiselle ?

  - S'il n'y avait que du gibier d'élevage, votre chasse manquerait d'agrément."

La mystérieuse licorne lui tend une verre de vin rouge, il le boit et meurt peu après dans d'atroces souffrances. Notre licencié es débauche aurait dû tenir compte du courrier de JUDEX. Celui-ci l'avertissait qu'il serait condamné pour ses turpitudes et périrait ce soir-là à 18 heures précises. Il a cru à une énième lettre de menaces, rédigée par un amateur du film éponyme, réalisé en 1963 par Louis Feuillade. Il a eu tort de ne pas prendre Judex au sérieux. D'autres personnalités qui sentent aussi le soufre ne vont pas tarder à recevoir des menaces semblables.

Dominique Maisons va lancer sur la trace de ce "vengeur masqué"  le commandant Rossi et son lieutenant Amaury de Malicandre, association réussie d'un pittbull et d'un chien de salon. Tous deux appartiennent à la DGSI et comprennent très vite que Judex veut la dynamiter de l'intérieur, faire éclater au grand jour des pratiques qui ne devraient pas être tolérées en démocratie.

L'enquête est palpitante, à cette trame principale s'entrelacent d'autres histoires qui alimentent cette dernière de façon subtile. L'ensemble est touffu, les caractères de chacun des personnages soigné, la description  des services de l'état précise sans être pesante. Je ne suis pas parvenue à lâcher ce roman policier, très intelligemment construit. Ce livre m'a permis de découvrir Dominique Maisons. Je vais me lancer très vite sur la piste de ces précédents romans...