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   A ma grande surprise,l'auteur de ce roman est né en 1985. Le style délicieusement suranné, émaillé d'expressions pittoresques, m'avait fait imaginer un "Louis-Henri de La Rochefoucauld" en vieil homme portant beau, une sorte de clone de Jean D'Ormesson. Notre écrivain serait-il comme son anti-héros, François de Rupignac, un homme âgé avant l'heure, amateur de petites laines, de feux de cheminée et de tisane à la camomille ? Je pense plutôt qu'il est doué d'un sens de l'observation extrêmement affûté, doublé d'une colossale mémoire.

   L'écrivain nous invite, faubourg Saint-Germain, où de nombreux aristocrates, pour la plupart décatis, exècrent l'époque contemporaine en des termes d'une verdeur croquignolette, regrettant leur splendeur passée. Ils font figure d'anachronismes vivants. François de Rupignac est le dernier d'une très noble lignée et ne souhaite en aucun cas prouver sa bravoure sur les champs de bataille. Il prèfère la "révolution en tweed". La création du club des vieux garçons sera le fer de lance de celle-ci. Outre l'organisation de soirées où les "hurluberlus", contempteurs de notre époque productiviste, se saoulent au champagne, François et son ami Pierre mettent sur pied des expéditions punitives contre les "gendelettres" et les politiciens dont les écrits sont d'un vide abyssal. 

   Pour moi, le passage le plus drôle de ce roman est le châtiment bien mérité de Pierre-Alain Précieux, "éternelle figure du gendelettre bouffi de lui-même qui hante le milieu littéraire faute d'être habité par la littérature". François et Pierre entreprennent de dégonfler cette prétentieuse baudruche de façon potache mais efficace.

   Les années passent et François vieillit. Il devrait être heureux d'aborder les rivages de la trentaine, lui qui rêvait de foyer-logement plutôt que de carrière à la City. Les années passent et il se dit qu'il est peut-être passé à côté de sa vie, dilapidant  ses heures comme son argent. Son comportement "fin de race" (l'expression, ici, n'est pas péjorative) n'est-elle pas une impasse ? L'auteur, dans sa grande mansuétude, va opportunément placer sur sa route une jeune fille "avec un accent belge à décoller les moules de leur coquille".

   Louis-Henri de La Rochefoucauld fait revivre, le temps d'un roman, un monde sur le déclin. Son personnage, attachant et horripilant ( "attachiant" pour tout dire ) est l'héritier de traditions, d'un art de vivre qui n'ont quasiment plus cours. L'humour est son arme pour dynamiter une époque où il ne trouve pas sa place. L'amour sera peut-être plus efficace...

Une lecture plaisante malgré quelques longueurs

Lu en numérique via Netgalley