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   D'emblée, j'avoue (Inutile de me soumettre à la Question) : je n'ai absolument pas saisi le lien entre la couverture (Un Edward Hopper à la patte très reconnaissable) et le roman de Stuart Nadler. L'auteur nous offre trois beaux portraits de femmes, sans que l'une ait la prééminence sur les autres. La blonde sur le canapé pourrait être Henriette, la plus âgée, qui connut son heure de gloire dans les années 60, en raison de la sortie de son "brûlot" érotique : "Les Inséparables". Je ne suis même pas certaine que cette hypothèse soit la bonne. Passons sur cette couverture et intéressons-nous à l'histoire en elle-même. 

   Je vais utiliser un poncif, mais je trouve qu'il convient tellement bien à mon ressenti. Stuart Nadler a dû être une femme dans une autre vie pour décrire, avec autant de justesse, la psychologie de chacune des héroïnes. Elles sont liées par le sang : Henriette, Oona et et Lydia, grand-mère, mère et petite-fille. L'auteur les saisit à un tournant de leur existence, différent selon leur âge.

   Henriette a sacrifié sa carrière universitaire pour suivre dans la campagne de Boston l'homme de sa vie, Harold. Elle, qui défendait haut et fort les droits des femmes, a vécu dans l'ombre de son mari, un cuisinier passionné par son métier. Son seul coup d'éclat aura été un roman écrit peu après la naissance d'Oona, une "Carte du Tendre" coquine, illustrée de dessins suggestifs. Elle était loin de se douter que ce livre allait être son sparadrap du capitaine Haddock, la mettre au ban du milieu universitaire et lui valoir une réputation sulfureuse qu'elle n'assume pas. Harold est décédé, onze mois plus tôt, d'un tristement banal accident domestique, et elle réapprend à exister sans lui à ses côtés.

   Dans leur maison qui menace de s'écrouler, et qu'elle va devoir vendre pour rembourser ses innombrables dettes, Henriette est rejointe par sa fille. Brillante chirurgienne orthopédique, celle-ci vient de se séparer de son mari, éternel adolescent, à l'esprit perpétuellement embrumé par le cannabis. Cette séparation à l'essai est douloureuse. Oona revient dans le giron maternel alors qu'elle a quarante ans. La situation lui semble difficile à gérer. Redevenir proche de sa mère alors même que sa fille Lydia, adolescente de quinze ans, s'éloigne d'elle à une vitesse vertigineuse, est-ce vraiment une bonne idée ?

   Lydia a absolument voulu intégrer un internat d'excellence, où elle ne parvient pas à s'intégrer. Il y a bien ce garçon, Charlie Perlmutter, qui l'apprécie. Seulement, il est très insistant. Il voudrait brûler certaines étapes et Lydia n'est pas prête. Lui expédier une photo d'elle les seins nus ? Elle s'y refuse mais ne peut s'empêcher d'en prendre une, histoire de "se rassurer "sur sa capacité à séduire, sur sa beauté naissante, sur son image. Charlie Perlmutter n'attend pas qu'elle se décide à lui expédier ce cliché, qu'elle aurait d'ailleurs certainement gardé pour elle. Il pirate son portable et la photo devient virale. A des dizaines d'années de différence, Lydia expérimente ce que sa grand-mère a traversé : une surexposition en lien avec le corps féminin et la sexualité.

   Ces trois destins se croisent, se mêlent, s'éclairent les uns des autres. Résolument contemporain, Stuart Nadler brosse avec talent et un humour parfois salvateur la difficulté à être pleinement femme, dans un monde où les relations entre les sexes ont beaucoup évolué.

Merci à Babélio et aux éditions Albin Michel