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   Une fois la dernière page arrivée, trop vite à mon goût, je n'étais pas certaine de mon ressenti. Ce récit autobiographique, raconté avec simplicité, peut apparaître au premier abord terriblement banal. L'auteure a dix ans en 1989, quand ses parents se séparent. L'entité "papa-maman" vole en éclat et elle mesure son impuissance à recoller les morceaux. Cette séparation est "la leur", mais cette famille désunie, avec elle comme seul trait d'union, demeure à vie "la sienne". Sophie Lemp laisse son enfance revenir des limbes de sa mémoire : les Noël et les vacances, les grands-parents encore présents, l'appartement de la rue Monge où chaque pièce a été le témoin de ses dix premières années. Elle réalise avec le recul que son existence a connu un avant et un après. Un avant où ses parents étaient indispensables, toujours présents pour elle sans exiger de retour. Comme tout enfant, elle ne les voit que comme papa et maman,sans se soucier vraiment de savoir quelle est leur personnalité, s'ils ont heureux ou pas, s'ils traversent des périodes de doute ou si des envies de prendre la tangente leur donne le vertige. Cette séparation va la contraindre à les considérer différemment, comme deux individus distincts qu'il lui faut découvrir.

   Sa mère reste dans l'appartement familier, son père emménage un peu plus loin, dans un logement agréable, mais où les lieux, les objets sont trop neufs pour avoir une histoire. La fillette va apprendre à naviguer entre ces deux endroits, à partager le quotidien de ses parents solos, à compartimenter sa vie. Elle tente d'établir des passerelles entre ces deux univers. Ce serait tellement plus facile pour elle, cela semble impossible pour eux. Devenue adulte, ce sentiment ne la quitte pas. Elle voudrait que ses parents, dans certaines circonstances, par égard pour elle et leurs petits-enfants, se rapprochent brièvement. Elle se heurte toujours à la même impossibilité, ils ne veulent ni ne peuvent retrouver la complicité qui les a unis.

   Les souvenirs affluent, jaillissent du carnet de sa grand-mère maternelle. Les photos lui montrent que ses parents se sont aimés, que leur vie à trois a existé, que le bonheur, alors, n'était pas feint. Sophie Lemp explore ce passé, cette décennie dont elle ne parvient pas à faire son deuil. Ses parents ont refait leur vie chacun de leur côté, sans pour autant la délaisser. Ils ont recréé des familles, comme si celle d'avant, la leur, n'avait jamais existé. L'auteure a choisi de ne pas leur donner la parole, de nous confier uniquement son sentiment sur cet événement qui a bouleversé sa vie. Cette séparation reste une blessure jamais cicatricée. Ce livre parle d'une blessure encore ouverte, avec pudeur et sans pathos. Il n'en est que plus émouvant.


Lu en numérique via Netgalley