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Entrer dans la couverture et revêtir cette robe soleil à la jupe qui tourne. Sentir sous mes pieds nus le velouté du bois usé par des milliers de pas de danse. Danser et exister. Cette image est une merveille de simplicité, de féminité, de liberté. Elle nous permet, avant même de faire sa connaissance de découvrir un peu Ella Fay, jeune femme enfermée à l'asile de Sharston dans le Yorshire en 1911. Aliénée, Ella ? Le geste qui l'a conduite dans cet endroit est pourtant minime : avoir brisé une vitre de la filaterie où elle travaillait depuis l'enfance. Elle avait obéi à un besoin irrépressible d'air et d'horizon. Cet acte dicté plus par l'instinct que par une rebellion volontaire la fait basculer pourtant du monde des gens sensés à celui des aliénés. Etre déclarée folle à cette époque s'effectue avec une déroutante facilité.

A Sharston, Ella va rencontrer deux hommes, les deux autres voix du roman : John, un Irlandais "catalogué" malade chronique et Charles, médecin "raté" qui se raccroche à la théorie de l'eugénisme et de l'homme supérieur pour occulter sa propre médiocrité. Avant de sombrer dans une folie, pour le coup bien plus réelle que celle de John ou d'Ella, avant de rêver de stériliser tous les mâles susceptibles de l'attirer ( Il n'assume absolument pas une évidente homosexualité), Charles a créé un rituel à l'asile, le bal du vendredi. Violoncelliste, il est persuadé que la musique peut avoir un effet bénéfique sur les patients. Ce bal, tous attendent avec beaucoup d'impatience,mais tous les malades n'y sont pas conviés. C'est là que John et Ella vont apprendre à se connaître, à s'accorder, à s'aimer. 

Je suis persuadée qu'Anna Hope a été peintre dans une autre vie, tant ses descriptions de la campagne anglaise, ses portraits des personnages principaux et des patients de Sharston sont éblouissants de justesse. Ils forment un écrin où l'histoire va s'épanouir, une histoire d'amour entre deux êtres semblables aux hirondelles, oiseaux qui reviennent tout au long du roman. John et Ella portent en eux une envie d'ailleurs, d'horizons dégagés, de bonheur et de sensualité. Leur relation amoureuse ne peut que rendre fou de rage Charles, frustré devant cette évi-danse. Sa vengeance sera terrible.

La salle de bal est un merveilleux roman, empreint d'humanité et de poésie. Il montre sans fard les dérives de la société de l'époque (Churchill n'en sort pas grandi),.mais à ce sombre tableau, Anna Hope oppose la puissance de l'amour et la beauté de la nature.  

 Une pépite !

" Les oiseaux apparurent. D'abord juste deux, dans le gris sombre du matin, le brusque éclair blanc sur leur jabot papillotant et disparaissant avant même qu'on soit sûr de ce que c'était, puis le ciel en fut rempli.

A leur vue, le ventre de John se serra.

" Comment ils les appellent, alors ?" demanda-t-il à Dan : il ne connaissait que le nom que leur donnait son père, le mot irlandais, fainleog.

" Des hirondelles, mio Capitane, répondit Dan tandis que l'une d'elles fondait en piqué au-dessus de leurs têtes. "Un bona présage."