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Il ne m'aura fallu que quelques pages pour être happée par l'écriture de Gaëlle Josse. Précise, simple,d'une poésie subtile, elle réussit, en évitant tout folklore, à décrire l'âme d'une femme bretonne dans les années 50. Son héroïne, Anne Quémeneur, veuve Le Floc'h, m'a bouleversée. Elle ressemble tellement aux femmes de ma famille que je connais au travers des anecdotes souvent racontées par ma mère ou ma grand-mère. Elle me ressemble tellement aussi, jusqu'à cet amour pour les "queues de lièvre, ces courtes herbes sèches, couleur de sable clair (au) plumet d'une infinie douceur ".

Dans ce roman, Gaëlle Josse nous parle d'amour, de ce sentiment qui va réchauffer puis consumer Anne Guivarc'h, fille du bord de mer, à la fois sauvage et tendre. Issue d'un milieu très modeste, élevée à la dure, elle va connaître le bonheur auprès de son premier époux, Yvon Le Floc'h. Bonheur de courte durée, le pêcheur va périr en mer et l'a laissée seule avec leur petit garçon, Louis. Pendant des années, ils composeront une entité qui résistera à tous les mauvais coups de sort. Anne et Louis, une mère et son enfant, prunelle de ses yeux.

Et puis, de façon totalement inattendue, Etienne Quémeneur, un ancien camarade de classe, qui a repris la pharmacie familiale, la demandera en mariage. L'amour se joue des classes sociales, des qu'en dira-t-on. Anne la sauvageonne acceptera de devenir sa femme, à condition qu'il considère Louis comme son fils. Etienne ne tiendra pas sa promesse et Louis, à 16 ans, prendra la fuite, s'embarquant à bord d'un cargo pour une lointaine destination.

Commence alors pour Anne le temps de l'attente et pour survivre à cette absence, elle va se couper en deux : une part lumineuse, épouse et mère de Gabriel et Jeanne, une part sombre, à la lisière du désespoir et de la folie, la femme qui attend, plantée devant l'Océan le retour de son fils. Pour éviter de sombrer, elle imagine le repas qu'elle préparera pour le retour de Louis. Les mots ne sont pas le langage qu'elle choisit pour décrire ce festin. Ses mains sauront mieux lui montrer la somptuosité de l'accueil qui lui sera réservé, un accueil destiné à réparer toutes les blessures.

L'amour est cruel quand il écartèle le coeur des femmes. Comment continuer à aimer l'homme qui a provoqué la fuite de votre enfant ? Combien de temps un coeur scindé en deux peut-il battre ? Gaëlle Josse nous le révèle dans les dernières pages avec une extrême pudeur. Une fin dans une petite maison en bord de mer, une maison aux volets bleus avec un camélia et des hortensias. Une fin à lire et relire malgré les larmes qui coulent pour une petite sirène, guettant sans relâche l'arrivée du bateau ramenant la prunelle de ses yeux.

Une merveille