Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Brodie Vissers.

Chevreuil ou cheval

   Le soleil est parvenu à percer la brume matinale, des rais de lumière éclairent les herbes des pâtures. Ma rétine imprime les couleurs changeantes de la végétation printanière. Je sors de la maison vers sept heures pour enfiler mes baskets, assis sur le banc près de la fenêtre de la cuisine. En relevant les yeux, l'horizon paré d'orange flamboyant et d'un bleu presque violet m'a cueilli à l'estomac. Beauté offerte à ceux que le sommeil désertent.

 J'emprunte à petites foulées l'allée qui va jusqu'au portail. Un fois celui-ci franchi, mon corps épouse un rythme devenu familier. Je n'ai pas besoin de montre connectée pour compter le nombre de mes pulsations. Mon coeur s'est adapté à ses échappées dominicales. Le vent léger, mais frais me fouette le visage et chasse les dernières traces de la nuit. Le village est déjà loin derrière moi. La campagne environnante semble s'ébrouer. Des gouttelettes tombent des arbres et réveillent l'odeur astringeante des champs en jachère. Dans mes veines ne coule plus du sang, mais de la sève.

Je m'échauffe peu à peu, jusqu'à parvenir à ce moment parfait où la course ne demande plus aucun effort. Mon corps, cette belle mécanique, bien huilé par un entraînement quotidien me permet de n'être plus que mouvement. Plus rien ne me coûte. Je deviens capable de sauter par dessus les haies sans difficulté. L'obstacle n'est que le prétexte à l'envol, le moyen de défier la pesanteur. Je suis chevreuil ou cheval, je ne suis plus homme des villes mais animal. Je m'allège. Mes mains posées sur le bois de la haie me propulsent vers la liberté.