Source: Externe

   Lorsque Babélio m'a sollicitée pour la lecture de ce roman, j'ai accepté tout de suite. Je gardais un souvenir précis et ému d'un autre livre de Rachel Joyce " La lettre qui allait changer le destin de Harold Fry". Hélas, je n'ai pas été autant séduite par "Si on dansait...". Frank, le personnage principal, est disquaire à Londres, spécialisé dans le vinyle. Nous le suivons à plusieurs époques de sa vie, Rachel Joyce nous raconte la face A puis la B ( et ensuite la C et la D de son existence ! Un auteur a le droit de s'autoriser des "licences musicales) Son existence est placé sous le signe de la musique, une musique qui à la fois blesse et guérit. Enfant, il est initié à la musique par Peg, son extravagante mère. D'elle, il retient surtout les moments privilégiés où ils recevaient de nouveau vinyles que Frank déposait précautionnement sur la "Dansette", leur platine, et qu'ils écoutaient, allongés sur un tapis. Peg n'était peut-être pas douée comme mère, mais c'était une conteuse hors-pair. Elle connaissait de très nombreux musiciens et racontait à son fils les circonstances de la genèse des oeuvres. Cette "formation" lui permett dans la suite du roman de devenir une sorte de "musicothérapeuthe". En 1988, il débarque à Londres après le décès de Peg et découvre une petite impasse miteuse, Unity Street ainsi qu'un commerce à l'abandon. Il y installe sa boutique de vinyles et rapidement ses clients deviennent des patients. Il sait instinctivement la musique qui va convenir à chacun d'entre eux pour aller mieux. Et ce, jusqu'au jour où une jeune femme, Lisa, s'évanouit sur le pas de sa porte. En elle, il n'entend pas de musique, mais le silence. Une bien jolie énigme se présente alors à lui.


La trame du roman mêle l'histoire d'amour de Frank et Lisa et celle de l'impasse. La ruelle abrite un ancien prêtre, reconverti dans la vente de bibelots religieux, un boulanger polonais, des jumeaux croque-morts, un tatoueuse et un pub, le Englands Glory tenu par Peter. Le lieu est comme un micro-village, un condensé d'humanité où les personnes, d'origine et de culture différentes cohabitent sans véritable souci. United Street est une utopie, un plaidoyer pour le vivre ensemble malgré la pauvreté et une odeur persistante de fromage et d'oignon. Une utopie menacée par un entrepreneur immobilier, n'hésitant pas à user de la violence et de la rumeur pour parvenir à ses fins.

C'est joliment écrit, et pourtant je n'ai pas adhéré avant la toute fin. Frank n'entend pas de musique chez Lisa. Moi, je n'ai pas entendu battre le coeur des personnages. Ils sont très stéréotypés, brossés à grands traits, et souvent réduit à un "accessoire", une attitude ou un " défaut" : Madame Roussos et son chihuahua, les jumeaux et leur habitude de se prendre par la main quand ils sont inquiets ou Kit, l'assistant de Frank et sa maladresse aussi grande que son envie de bien faire. Frank et Lisa ont des passés très lourds, que la musique et l'amitié vont "réparer". Assez clairement se dessine le schéma d'un conte, qui ici serait musical. Je ne suis pas fan du genre, ceci explique peut-être pourquoi je suis restée en retrait par rapport à l'histoire. Je me suis fait rattraper dans la dernière partie. Les personnages et les situations deviennent moins prévisibles et acquièrent pour moi la part d'humanité qui leur manquait.

Un autre aspect de ce livre m'a gênée, présent dès le début. Il tient en quelques mots : " Pour écouter les musiques préférées des personnages de "Si on dansait ...", découvrez leur playlist ! " suivis de deux adresses menant à Deezer ou Spotify. Ce roman est une déclaration d'amour de l'auteure à la musique et aux vinyles. Cet amour est présent à chaque page. Je dois appartenir à la vieille école, celle qui pense qu'un roman doit se suffire à lui-même, que les mots ont le pouvoir de tout décrire, sans que l'on est besoin d'une bande-son à côté. C'est là encore une jolie idée marketing, mais je la ressens comme du sucre sur du sucre. Dans un roman, la seule musique que j'aime, c'est celle des mots.

Une lecture sur un mode mineur