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L'auteure a réussi un petit tour de force : rédiger un roman épistolaire désopilant où le personnage principal n'écrit pas un seul message. Nous le découvrons au travers des différents courriers que lui adressent les membres de sa famille, mais aussi son défunt hamster, son appareil de fitness, ou ses ovaires. Ces lettres que reçoit l'héroïne sont d'abord parues dans "Le New Yorker" et le "Time" avant d'être réunies pour ce livre. Et en effet, beaucoup d'entre elles ont le potentiel comique d'un billet régulier dans un journal. Susanna Fogel s'est probablement inspirée de sa propre famille pour créer ses personnages, en exagérant certains traits de leur caractère sans pour autant les transformer en caricatures.

Julie, le personnage central, apparaît par petites touches, son portrait se complétant à chaque nouveau courrier. La plupart des messages viennent de sa garde rapprochée : son père, un neurologue bi-polaire ( Vous connaissez l'histoire du cordonnier mal chaussé :-)) remarié à une jeune Chinoise, infiniment plus rusée qu'il ne l'imagine; sa mère thérapeute, toujours prête à aider son prochain (surtout ses filles) même quand ils ne sont pas consentants; et sa soeur adoptive, Jane, adepte du langage SMS et des expériences professionnelles et amoureuses "borderline". Se dessine une héroïne très moderne, oscillant entre la recherche du grand amour et Tinder, entre un job alimentaire à la rubrique people du Huffington Post et ses rêves d'écrire un roman, entre le désir de s'accomplir sans avoir d'enfant et la congélation de ses ovaires à l'âge de trente-cinq ans. 

Nous la suivons depuis son enfance jusqu'à la trentaine passée, les courriers évoquent les événements qui émaillent toute vie : remise de diplôme, fêtes de famille, enterrement, mariage, naissance ... Julie grandit, change et ses correspondants aussi. Certaines lettres sont de purs moments de comédie, d'autres jouent davantage sur l'émotion. Certes le trait est souvent forcé, mais les questions soulevées ne manquent pas d'intérêt. La plus importante me semble être le poids de la famille, de la tradition, de la religion (ici le judaïsme), de l'hérédité, sur le devenir d'une femme. Sous le rire se cache un véritable enjeu de société.

Une lecture très agréable
Cet article est ma troisième participation au challenge Netgalley