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En recevant ce livre, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le rapprochement entre la fête que Ben Fitzpatrick, éminent membre de la gentry britannique organise pour ses 40 ans et celle concoctée pour le mariage de Harry et Meghan. Elizabeth Day révèle tout au long de l'histoire le déroulement de cette soirée, qui va faire voler en éclats une amitié de plus de vingt ans. 
Mai 2015, Martin Gilmour et son épouse Lucy arrivent dans un petit hôtel miteux près du prieuré de Tipworth, où va se dérouler la party de Ben. Ils tentent de comprendre pour quelle raison ils n'ont pas été logés au prieuré, alors que Martin est supposé être le meilleur ami de celui-ci. Le surnom de Martin est d'ailleurs PO (petite ombre) car il est dans le sillage du rejeton Fitzpatrick depuis le collège. Ben et son épouse Séréna ont fait restaurer à grand frais ce prieuré, chassant au passage les moines qui y résidaient. Peu importe les moyens quand on a la richesse. Les invités sont triés sur le volet, il se murmure même que le Premier Ministre va faire une apparition et une armée de serveurs s'emploient à ce que les verres ne soient jamais vides. Tout est luxueux, pas forcément de bon goût, mais coûteux. Petit détail plébéien : des mini-hamburger sur l'emballage desquels figure le prénom du héros du jour. Pour rappel, après le mariage retransmis dans le monde entier de Harry et Meghan, s'est tenue au manoir de Frogmore, une party à laquelle n'ont assisté que 200 invités. Au menu, burgers et barbe à papa. Comme c'est charmant quand les riches s'amusent à faire simple ...

Cette soirée va déraper et tout l'art de l'auteure est de retarder le moment de nous dévoiler de quelle manière. Ce "dérapage" trouve son origine dans le passé des protagonistes, passé qui apparaît par bribes, sous la forme d'interrogatoire au commissariat, de journal intime ou de retours en arrière. Ben Fitzpatrick est au coeur du récit et pourtant nous ne pénètrerons jamais dans ses pensées. Il est la planète principale autour de laquelle gravitent des satellites.

Le premier d'entre eux est Martin Gilmour, orphelin de père, élevé par une mère distante, qui intégrera un établissement privé grâce à ses bons résultats et non en raison d'un don substantiel de sa famille à l'institution. Très rapidement, il comprend que sa survie dépend de sa capacité d'adaptation.Il va y jouer le garçon de bonne famille, même si personne n'est véritablement dupe. Sans que nous sachions vraiment pourquoi, le très populaire Ben Fitzpatrick va le prendre sous son aile. Martin éprouve pour lui bien plus que de l'amitié et s'imagine, avec une certaine naïveté, que cela ne se voit pas.Ce personnage incarne cette envie furieuse qui anime certains de sortir du rang, de leur classe sociale estimant qu'ils valent mieux que des fils à papa, nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Il n'est pas particulièrement sympathique, pathétique parfois dans sa stratégie pour faire partie d'une coterie qui ne sera jamais le sienne.

Le deuxième satellite est Lucy. Elle gravite dans les premiers temps de son mariage autour de Martin et fatalement aussi autour de Ben, qui n'est jamais bien loin. Nous la voyons ouvrir les yeux au fils des pages sur la place qu'elle occupe dans le coeur de son mari et sur la place que leur couple occupe dans l'existence des Fitzpatrick. Issue de la bourgeoisie, elle n'éprouve pas la même fascination que Martin pour les vieilles familles aristocratiques, leur entregent et leur argent facile. Le lecteur éprouve davantage d'affection pour ce personnage, qui mérite bien mieux que les attentions fort rares d'un mari distant.

Elizabeth Day décrit aussi les autres satellites, ceux qui profitent de la lumière de Ben Fitzpatrick et ceux qui s'y brûlent. Au tout début du roman se trouvent trois définitions du mot "party" : fête, parti politique ou groupe partagent les mêmes valeurs ou intérêts. Ce livre orchestre avec maestria les trois. Lors de la party d'anniversaire, le Premier Ministre s'invite et Martin et Lucy apprennent à leurs dépens qu'ils n'appartiendront jamais au club très privé des riches héritiers. 

Roman âpre, souvent grinçant,"L'invitation" dénonce avec force et subtilité l'inanité dans toutes nos sociétés de la belle devise " les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits".

Lu en numérique via Netgalley