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Le titre, qui remet immédiatement en tête la chanson de Joe Dassin et la couverture, façon Magritte semblent annoncer une jolie romance. Que nenni ! Benoît Vanstavel se livre à un exercice périlleux et parfaitement réussi : écrire une comédie de moeurs dénonçant nos travers modernes, et la faire partir faussement en vrille avec une évidente jubilation. Cette maestria m'oblige à lui pardonner ses moqueries à l'égard à Plougonvelin, petite commune du Finistère, où se déroule une partie de l'intrigue. Née à Quimper, je suis très susceptible sur le caractère dit de cochon  des Bretons, et sur la météo dite de l'apocalypse de mon département chéri.

Tristan, presque trentenaire, souffre d'une terrible tare : le célibat. Peu importe qu'il occupe un bon poste dans un institut de sondages et qu'il se satisfasse de courtes amourettes, sa "maladie" devient terriblement gênante quand ses copains commencent à se mettre en couple et passent même à l'étape suivante : le mariage. Simon, le meilleur ami de Tristan, va convoler avec Isabelle et celle-ci ne vit plus que pour ce jour "bénit" et l'élaboration de son plan de table. Ce serait tellement plus simple pour elle si le témoin de son futur mari se trouvait une chérie. Plus de nombre impair d'invités à gérer ! Las de cette pression permanente qui s'exerce sur lui ( Isabelle n'est que la goutte d'eau qui fait déborder le vase), notre héros décide sur un coup de tête de s'inventer une petite amie. Pénélope, son chat Igor et sa thèse sur le théâtre No prennent vie. Il se sait pas alors qu'il vient de créer un golem, dont l'existence aura des répercussions aussi drôles qu'inattendues.

Ne parvenant pas à avouer, au fil des mois, que Pénélope n'est que le fruit de son imagination, il est contraint d'utiliser mille et une ruses pour "enfumer" sa famille et ses amis, jusqu'à son ex, Emma, particulièrement retorse. Il n'a pas toujours pas réussi à "cracher le morceau" quand un héritage soudain bouleverse la donne. Sa grand-tante, Marie-Jeanne, succombe à une intoxication alimentaire et lui lègue non seulement sa modeste demeure à Plougonvelin, mais aussi une petite fortune. Il n'en faut pas plus pour que des centaines de Pénélope pensent retrouver en lui leur Ulysse. 

C'est à ce moment du récit que commence l'art subtil du " je fais partir mon récit en sucette, mais je gère !" Benoît Vanstavel garde la maîtrise de son histoire malgré de nombreux dérapages. Les habitants de Plougonvelin, de l'organiste forcené à la charcutière, tout droit sortie d'un film S-M, sous-titré en breton, participent avec entrain à la fuite aux antipodes d'un Tristan, acculé par des Pénélope attirées par son argent, plus que par ses biceps maigrelets. Notre anti-héros moderne, est entouré par une bande de Pieds Nickelés fort réjouissante. L'auteur nous fait partager leur course folle, et enchaîne les péripéties loufoquo-tragiques. L'ensemble est porté par une écriture d'une grande inventivité, mêlant érudition et " n'importequoisme".

Les fées de la "Vis comica" ont dû se pencher sur le berceau de cet auteur. Je subodore même que les dites fées sont probablement bretonnes, mais cette hypothèse n'engage que moi.

Un vrai bonheur pour les zygomatiques ! Merci aux éditions "City" pour ce concentré d'humour