Source: Externe

Après la lecture de ce roman, je songe à créer pour le définir un mot-valise : " délisuet", mélange de délicieux et de désuet et à ajouter une nouvelle catégorie sur mon blog, celle des "pépites vintage". Je suis très clairement le coeur de cible de la collection VINTAGE des éditions Belfond. S'ils ont besoin d'une égérie, je me tiens à leur disposition ! Je ne suis pas une ménagère de plus de 50 ans, mais une lectrice passionnée dans sa cinquantième année #assumetonâge.


"La joie du matin", écrit en 1963, raconte la première année de mariage de deux poussins à peine sortis de l'oeuf : Carl et Annie. Les premières pages nous les montrent, patientant sur une banquette de l'hôtel de ville de Lopin, une petite ville du Midwest, proche de l'université où le jeune homme étudie le droit. Annie, toute juste majeure, a quitté Brooklyn pour rejoindre Carl, tout juste vingt ans, et l'épouser. Cette union, qui semble précipitée, ne cherche pas à réparer "une faute" visible dans neuf mois. Amoureux depuis longtemps, ils ont attendu les dix-huit ans d'Annie pour pouvoir vivre ensemble.

Ce mariage ne peut qu'être désapprouvé par les deux familles. Du côté de Carl, sa mère, qui l'a élevé comme un poulain destiné à la compétition, ne peut qu'être désolée du choix de son fils. Une riche héritière lui aurait mieux convenu qu'une demoiselle pauvre, issue d'un quartier à la mauvaise réputation. Du côté d' Annie, sa mère regrette le salaire que sa fille lui ramenait depuis quatre ans et lui reproche sa fuite, qui aurait chagriné son deuxième mari. Elle préfère dire qu'Annie manque à celui-ci plutôt que de reconnaître qu'il avait des vues sur cette "chair fraîche". Ils ne peuvent donc, ni l'un ni l'autre, attendre un quelconque soutien financier ou moral de leurs parents.

Ils vont durant cette année 1927 grandir ensemble, endosser des habits d'adultes un peu grands pour eux. Le petit couple Brown, souvent impécunieux, va jongler avec les cours de Carl à l'université, les petits boulots destinés à faire bouillir la marmite et tenter de faire leur nid, tout d'abord dans une chambre qu'ils louent et ensuite dans la maison minuscule du gardien du terrain des sports. Ils s'essaient aux rôles traditionnels, le mari au turbin, la femme à la popotte, mais très rapidement ils s'émancipent de ce modèle qui ne leur convient pas. Annie a quitté l'école à quatorze ans sans que ce départ ne signe la fin de son amour pour la lecture et l'écriture. Ce roman est celui de l'émancipation d'une jeune femme, émancipation acceptée, voire favorisée par son époux et un doyen d'université en avance sur leur temps. Tout commence par un changement vestimentaire. Annie délaisse ses vêtements d'épouse pour la "tenue" et la coupe de cheveux des étudiantes. Elle traîne ensuite dans les couloirs de la faculté, écoute à la porte un cours de littérature jusqu'au moment où elle peut officiellement y assister. Le lecteur assiste à sa transformation ainsi qu' à l'éclosion de son talent pour l'écriture. 

Le quotidien des deux "poussins" dans l'Amérique des années 20 est marqué par la pauvreté, sans pour autant que le roman tourne au réalisme à la Zola. Ils vivent avec peu, mais profitent de tous les petits bonheurs avec l'appétit de la jeunesse. Ils sont au matin de leur vie de couple et de jeunes parents. L'existence ne les a pas toujours épargnés, mais ne les a pas encore abîmés. Ils en sont au début, quand tout est encore possible et c'est extrêmement attendrissant.

Une lecture très agréable 

Lu en numérique via Netgalley