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Le roman de Sarah Vaughan aborde un thème que le mouvement #MeToo cherche à rendre moins tabou : les relations sexuelles non consenties ou pour parler plus clair le viol. L'auteure traite ce sujet à la fois de manière sensible, au travers du ressenti des protagonistes des deux viols évoqués, mais aussi de manière judiciaire en nous faisant suivre le procès très médiatique d'un homme politique, extrêmement proche du pouvoir.
L'action se déroule à deux époques : les années 1990 à Oxford et l'année 2016-2017 à Londres et gravite autour d'un personnage ambigu, James Whitehouse, sous-secrétaire d'état et surtout meilleur ami du Premier Ministre en exercice. Sarah Vaughan ne permettra au lecteur que de rares incursions dans les pensées de cet homme, issu d'un très bon milieu et doté d'un physique plus qu'avantageux. Jusqu'à la fin du livre, de nombreuses parts d'ombre subsisteront sur ce qui le meut. 
Il est accusé de viol par sa jeune assistante, Olivia Lytton, avec laquelle il entretenait une liaison depuis quelques mois. Ce qui lui est reproché, c'est un rapport non consenti dans un ascenseur alors même que James Whitehouse lui avait signifié que tout était fini entre eux une semaine auparavant. Une plaine déposée par la jeune femme va déclencher une tempête médiatique et un procès tout sauf serein.
Entrent en scène deux femmes que tout semble opposer : Kate Woodcroft, avocate pénaliste, conseillère de la Reine, qui va défendre Olivia Lytton et Sophie Whitehouse, l'épouse du prévenu. Deux femmes pour un seul homme, l'une acharnée à convaincre le jury de la réalité de ce viol, l'autre persuadée que son mari est la victime d'une maîtresse blessée par la rupture.
La construction du roman est assez classique et très rapidement, nous sommes amenés à comprendre que Kate et Sophie ne sont pas complètement étrangères l'une à l'autre, que vingt ans auparavant, elles se sont côtoyées à l'université. A cette époque, James était le petit ami de Sophie.
Pourquoi Kate Woodcroft, modèle de rigueur, à la morale irréprochable, met-elle en jeu sa réputation, voire son métier, en plaidant alors qu'elle ne devrait pas le faire, en raison de ses "attaches" avec le prévenu ? 
Pourquoi Sophie, que le conseiller en communication du Premier Ministre exhorte à rester auprès de son mari, s'enfuit dans le Devon, chercher refuge auprès de sa mère ?
Les deux femmes se dévoilent peu à peu, les masques tombent, les certitudes vacillent, les fêlures apparaissent. Issues de deux milieux sociaux radicalement différents, elles se rejoignent dans la souffrance. Bien au contraire, James Whitehouse et son ami, le Premier Ministre, se mettent à arborer le masque de la vertu et de l'innocence pour mieux cacher leurs turpitudes.
Sur une trame un peu convenue, Sarah Vaughan écrit un texte intéressant sur le consentement féminin. Un texte intéressant, mais pessimiste. Notre société n'apparaît pas comme capable d'entendre la parole féminine, la loi du plus fort semblant toujours prévaloir. 
Je recommande ce page-turner judiciaire, où la sensibilité féminine fait vibrer le cœur du lecteur.