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Coup de coeur absolu pour ce premier roman ! David Zukerman est un formidable conteur et plutôt que de lire, j'ai eu le sentiment de l'écouter me raconter la légende de Yerbo Kwinton. Comme tout bon conteur, il appâte son public par une introduction où il évoque sans rentrer dans les détails la vie du héros de San Perdido. Cette petite ville panaméenne, perdue au milieu de nulle part, ressemble à toutes ces cités où l'extrême pauvreté côtoie la plus indécente des richesse. Elle n'a rien d'extraordinaire avant qu'apparaisse, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un garçonnet noir aux yeux bleus indéchiffrables. Surgi de nulle part,il s'installe dans la décharge de Lagrima, près de la maison de Felicia, une vieille Ghanéenne, devenue en quelque sorte la gardienne du lieu. L'enfant ne parle pas, ne cherche pas le contact de ses semblables et ne doit sa survie qu'à ses mains immenses et dotées d'une force herculéenne, qui lui valent le surnom de " La langouste".Il cherche du métal au milieu des déchets et les revend à un ferrailleur. Les habitants du quartier s'habituent à sa présence sans jamais percer son mystère.

Ils ignorent que Yerbo est un Cimarron, ancêtre d'esclaves noirs ayant fui les Espagnols. Ils ne connaissent pas le dessein tracé depuis très longtemps pour cet enfant, capable de repérer n'importe quelle personne à ses pulsations cardiaques, un "chasseur" sélectionnant ses proies en fonction du plan de son clan, mais aussi de sa morale personnelle. Gare aux hommes qui abusent de leur force ou de leur pouvoir pour arracher leur plaisir à des fillettes ou des femmes non consentantes !
Les années passent, Yerbo grandit à San Perdido et l'auteur nous trace l'histoire de la ville avec un style à la fois simple, fluide et magnifiquement imagé. Il est question de gouverneurs cupides, d'abus de pouvoir, d'ascension sociale liée à la ruse ou à la beauté, de corruption et au milieu de toute cette noirceur, David Zukerman invente des oasis de douceur pour quelques personnages. Sans manichéisme, il dresse des portraits haut en couleur, les personnages nous entraînent dans un tourbillon de vie, de mort, d'amour et de haine. La fin du roman arrive et le mystère subsiste, hommage peut-être au "réalisme magique". Et le lecteur, ébloui, va relire l'introduction et chaque mot de celle-ci prend sens,en une extraordinaire structure en boucle.

Du grand art !