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Cette biographie m'a beaucoup émue et questionnée. Je connaissais Geneviève de Gaulle comme Présidente de ATD Quart Monde, mais j'ignorais tout de ce qui avait forgé sa volonté jamais démentie de venir en aide aux plus pauvres.

   La nièce du général De Gaulle naît au sein d'une famille aimante et unie. Première fille de Xavier et Germaine De Gaulle., son enfance est marquée par deux drames, le décès de sa mère puis celui de sa jeune sœur. Issue d'un milieu bourgeois, élevée dans l'amour de Dieu, elle semble destinée à devenir une sage épouse et mère de famille. Son apparence de jeune fille modèle, qu'elle conservera jusqu'à la fin de ses jours, ne laisse pas immédiatement deviner son sens exceptionnel des valeurs. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle entre en Résistance, prenant tous les risques au nom de la liberté. Arrêtée par La Gestapo, elle est emprisonnée à Fresne puis transférée au camp de concentration de Ravensbrück en Allemagne.C'est le seul camp réservé aux femmes, érigé en 1938 par Himmler.Ce dernier essaiera d'utiliser Geneviève comme monnaie d'échange pour négocier avec le général de Gaulle et essuiera un refus. La jeune femme sera libérée en même temps que les autres en 1945. Ravensbrück la changera à jamais.

   Dans ce camp, elle va nouer des amitiés qui dureront jusqu'à sa mort. Elle va faire l'expérience d'un univers d'une telle violence et d'une telle inhumanité qu'il aurait pu la faire sombrer, si elle n'avait connu en même temps une fraternité ignorant les milieux sociaux et les appartenances politiques. Cette fraternité deviendra son arme contre tous les maux: l'indifférence que les rescapés des camps subiront quand ils reviendront ou le mépris pour les pauvres qui vivent en périphérie des villes dans des bidonvilles. Au nom de cette fraternité et de l'espérance, qui est le désespoir surmonté selon Bernanos, elle sera de tous les combats, d'abord pour les droits des femmes rescapées, ensuite pour celui des plus démunis.

   Toute sa vie, cependant, elle ne se sentira pas légitime dans ce rôle de représentante des pauvres. Elle confiera souvent à sa fille son sentiment d'être une "usurpatrice". Ses combats occuperont son existence, empiétant sur sa vie d'épouse et de mère. Elle sera parfois tiraillée entre sa lutte contre la pauvreté et son envie de profiter des siens et de jouir d'un peu de tranquillité. Elle cherchera souvent le réconfort auprès de Dieu avec lequel elle s'est réconciliée. De lui, elle avait dit qu'il était resté en dehors des camps avant de nuancer son propos.
Il ne fait aucun doute que Geneviève de Gaulle a été une femme exceptionnelle et sa panthéonisation en 2015 est la reconnaissance d'un parcours que chacun de nous doit saluer. Ce qui m'a dérangée dans le travail de Bernadette Pecassou-Camebrac, c'est le côté "image pieuse" qu'elle donne de Geneviève de Gaulle. Il est vrai qu'un dossier de canonisation comme Sainte de l'église catholique a été ouvert pour elle, et arrêté ensuite faute de postulateur.

   L'auteure de cette biographie d'une grande richesse nous offre un portrait sans aspérité de Geneviève de Gaulle, à croire qu'elle n'a jamais éprouvé que les plus nobles sentiments. Trop de perfection désincarne cette femme que j'aurais tout autant aimé si elle m'était apparue plus humaine, avec ses failles, ses défauts petits ou grands, ses moments de doute ou de maladresse. Hormis ce bémol, je vous encourage à lire cette biographie qui évoque une réalité toujours tristement d'actualité, le sort réservé aux exclus de notre société.