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Merci aux éditions Kennes pour ce journal intime que j'aurai beaucoup de plaisir à offrir au collège de ma ville. Il aura certainement un grand succès auprès des adolescents. Ce livre est avant tout un bel objet, au détails particulièrement soigné. La couverture rose girly et ses fleurs mises en relief par embossage, le ruban marque-page et le personnage qui apparaît dans la fenêtre centrale sont une véritable invitation à ouvrir ce journal. Fanny Cloutier, l'héroïne, a quatorze ans, presque quinze, précision importante à cet âge, au début de l'histoire. Elle nous dit d'emblée que ce qu'elle sait le mieux faire dans la vie, c'est dessiner et subir les décisions excentriques de son père. 
Ce goût pour le dessin permet à l'auteure, Stéphanie La Pointe, de nous offrir une mise en page et des jeux sur le graphisme tout à fait exceptionnels. Les dessins traduisent les émotions de la jeune fille, de même que les formats des lettres, les couleurs ou les matériaux utilisés. Ce journal comprend des feuilles transparentes, des feuilles soigneusement pliées en quatre où l'on trouve la meilleure recette de sauce spaghetti ou un pacte signé entre Fanny et son père. Stéphanie La Pointe joue sur les codes du journal intime et nous en livre une version plus soignée que dans le réel, profondément touchante.
Le lecteur va partager la vie de l'héroïne pendant quelques mois, de septembre à décembre. le père de Fanny, réparateur de machines à coudre industrielles pour payer les factures, a un don pour comprendre le mécanisme des choses. Ce don lui a permis de découvrir que les méduses Turritopsis stoppent le vieillissement. Les Japonais lui font un pont d'or pour développer cette découverte et il doit partir quelques mois à Kyoto. Fanny prend très mal cette décision qui va l'obliger à quitter Montréal pour Sainte-Lorette où habite sa tante, la soeur de sa mère. Elle prend cet "exil" à la campagne d'autant plus mal qu'elle ignorait l'existence de cette tante. le décès accidentel de sa mère quand Fanny avait trois ans est un sujet tabou. L'adolescente pensait qu'ils n'avaient pas de famille, où du moins qu'elle se réduisait à elle, son père et Albert, son furet. L'auteure se régale à évoquer le quotidien de la jeune fille dans son nouveau domicile. Loin de ses repères habituels, elle doit "se réinventer". de nouveaux parents ( la famille de sa tante), de nouveaux amis, de nouveaux ennemis, de nouveaux amours l'attendent à Sainte-Lorette. J'ai trouvé le récit de toutes ses nouvelles fois parfois un peu convenus, mais le savoureux parler québécois relève l'ensemble. Durant ces quelques mois, Fanny va mûrir, découvrir sa mère au travers des témoignages de ceux qui l'ont connue et connaître les circonstances de sa mort. Cette connaissance lui apportera la force pour avancer et affronter les aventures que son excentrique de père lui réserve pour le futur.
Un excellent moment de lecture ! Un journal intime qui mérite d'être mis entre toutes les mains !