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L'Italienne qui ne voulait pas fêter Noël est une fantaisie littéraire, une "barbe à papa" lettrée, très vite lue et appréciée. L'image de la barbe à papa, régressive à souhait, m'est venue à l'esprit car l'héroïne, Francesca, étudiante palermitaine, en Erasmus à la Sorbonne m'a rappelé la jeune femme que j'ai été dans les années 90, plongée dans les lettres et le monde des idées jusqu'au cou, et ne voyant plus la réalité qu'à travers le prisme de grilles analytiques dont je ne remettais pas en doute la pertinence.

Francesca noue rapidement une relation avec un de ses professeurs, Serguei, amant d'une nuit et puis ensuite ami, car tout en la caressant tendrement le lendemain de cette unique nuit, il lui révèle son homosexualité et l'existence de son conjoint depuis dix ans, Matthieu, un analyste financier dont il moque l'esprit terre à terre , tout en le jugeant très réconfortant. Avec Francesca, il s'offre une parenthèse sexuelle et intellectuelle. De son côté, la jeune femme, avec la naïveté de son âge, se persuade qu'il peut tomber amoureux d'elle, surtout si elle se montre son égale, voire sa maîtresse dans le domaine de la pensée. Leur première joute intellectuelle concerne la notion d'appartenance : est-elle dangereuse ou nécessaire ? Notre Italienne prétend être affranchie de toute appartenance et n'être pas "déterminée" par ses racines. Pour le prouver, Noël approchant, Serguei, lui demande, tout en rentrant à Palerme pour cette fête, de refuser d'y participer. Voilà qui ne devrait poser aucun problème à Francesca, elle qui a décrit à son enseignant une famille dysfonctionnelle, bien loin de la réalité.
Commencent alors les aventures de Francesca dans sa ville natale, jouant la rebelle ( alors même que dans sa chambre se trouvent encore ses peluches et ses petits coussins brodés). Cette posture intellectuelle est accueillie avec stupéfaction par ses parents, son frère, sa sœur et sa meilleure amie. Chacun à sa manière va ourdir un plan pour ramener Francesca sur le droit chemin, ou plutôt à la table du réveillon et au pied du sapin à déballer les cadeaux. Jérémie Lefebvre multiplie les péripéties, nous montre souvent la même scène, déformée par l'imagination débridée de Francesca ou sa volonté de la faire rentrer dans un schéma littéraire ou philosophique. Elle se prend les pieds dans les idées, comme d'autres dans les tapis et certains passages m'ont beaucoup fait rire.

L'auteur joue avec les clichés, aussi bien ceux sur l'Italie que sur la France. Il se délecte à caricaturer le monde universitaire, qui formate des étudiants, les rendant prompts aux jugements et au dénigrement. Il dresse un tableau au vitriol de la classe politique italienne et le lecteur rit jaune, car certaines pratiques n'existent malheureusement pas qu'en Italie.
Pour revenir à ma barbe à papa, j'attendais la fin avec une certaine impatience, non pas que je trouvais le temps long, mais je me demandais comment Jérémie Lefebvre allait mettre fin à cet "exercice" littéraire. Quand le plaisir du lecteur tient davantage au ton, à l'humour, aux digressions qu'à une histoire au contenu dense, il est compliqué de trouver une conclusion satisfaisante. On a bien la réponse à la question initiale, à savoir si Francesca à passer ou pas le réveillon en famille, mais personnellement, je suis restée sur ma faim. L'auteur nous laisse en compagnie du sourire énigmatique ( façon Joconde) de la jeune femme revenue en France. Et ensuite, serais-je tentée de dire ? C'est un peu comme cela quand on termine une barbe à papa. Au début, elle paraît gigantesque et puis le sucre soufflé fond dans la bouche et ne reste qu'un triste bâtonnet et des mains poisseuses.

Malgré ce bémol, je n'ai pas boudé mon plaisir ! Cette Italienne qui ne voulait pas fêter Noël se savoure comme un film de Woody Allen. Bavard, érudit, drôle, il ne manque pas d'atouts.

Lu en numérique via Netgalley