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La lecture de "La fabrique des poupées" a suivi de très près ma visite de l'exposition " Cabinets de curiosités" aux Fonds Hélène et Michel Leclerc à Landerneau. Après avoir vu des animaux empaillés, je les ai retrouvés dans la boutique de Silas Reed, un des personnages clés du roman d'Elizabeth McNeal. Taxidermiste de son état, il excelle dans sa pratique et ses "créatures" gardent tellement l'apparence de la vie qu'elles séduisent un groupe de peintres, les préraphaélites, dont Louis Frost qui lui achète une colombe qui lui servira de modèle pour un tableau. Ce " Louis Frost", purement fictif, nous permet de découvrir l'émergence de cette tendance picturale car ses compagnons d'aventure, dont le célèbre Millais et son tableau représentant l'Ophélie de Shakespeare, ont eux bien existé.
En parallèle, dans une boutique de poupées, deux soeurs jumelles de 21 ans, triment du matin au soir pour peindre et habiller les jouets destinés aux fillettes de bonne famille. Rose, défigurée par la variole, n'est plus depuis sa maladie la plus jolie des deux. Iris, et sa déformation de la clavicule n'est plus perçue, elle, comme "l'handicapée" de la famille, mais comme une jeune femme à la beauté éthérée et aux cheveux d'un roux flamboyant. Leur couple fusionnel durant l'enfance ne tient plus que par leur sort commun : perdre leur jeunesse à exercer un métier routinier et partager le repas du dimanche avec des parents prompts à récupérer le salaire de leurs filles.
Iris est prête à s'envoler, à quitter ce magasin qu'elle considère comme une prison. Rose, quant à elle, considère l'endroit comme un refuge où dissimuler sa peau grêlée et son oeil mort.
Alby, garçonnet à la Gavroche, va être le lien entre ces différents univers. Il chasse des animaux pour Silas et coud des vêtements de poupées pour la patronne des jumelles. Sans le vouloir, il va mettre en relation Iris à la fois avec Silas et Louis Frost. Traquée par l'un, accueillie par l'autre, la beauté d'Iris les subjugue pour des raisons différentes et le roman prend alors deux chemins distincts, ce qui m'a déroutée : un récit assez classique à la Dickens et un thriller façon Hannibal Lecter. Ce mélange des genres fait du roman un objet hybride, intéressant, mais qui m'a mise mal à l'aise. Je ne lis pas de thrillers, je ne supporte pas la violence "scénarisée", pas plus que je ne la supporte dans la vraie vie. Mon avis est donc mitigé sur ce roman. J'ai apprécié la description du groupe des préraphaélites et l'émancipation d'Iris grâce à la peinture, le Londres de 1850 et la préparation de l'Exposition Universelle. En revanche, l'aspect thriller a failli me faire abandonner ma lecture.

 

Lu en numérique via Netgalley