21 février 2017

Un roman primesautier !

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   Paul Vacca ressuscite Eugène Sue pour le plus grand plaisir du lecteur. Son admiration pour l'auteur des" Mystères de Paris" ne tourne pas au panégyrique mais prend la forme d'un récit qui allie drôlerie et érudition. Nous voilà plongé "in media res" : Eugène Sue, jeune dandy fortuné, déguisé en peintre en bâtiment, quitte les beaux quartiers de la capitale pour en explorer les bas-fonds. Minute papillon ! Nous n'en saurons pas plus pour l'instant. A la manière des feuilletonistes en vogue au XIXème siècle, Paul Vacca interrompt l'action par un frustrant " Mais n'anticipons pas !"

   L'écrivain nous ramène à "Dandyland" où le "Beau Sue", jeune homme primesautier, dilapide l'argent paternel en habits extravagants, repas fins et fêtes si possible galantes. Son père, un éminent professeur en médecine, se désespère devant la désinvolture de sa progéniture ! Marie-Joseph (Eugène sera son prénom de plume) vit au jour le jour et ne prend aucunement au sérieux ses études de médecine. Pour s'éviter d'assister aux cours, il va même jusqu'à se payer une doublure pour passer les examens à sa place. Vivre l'occupe suffisamment ! Les scrupules n'étouffent pas Eugène, qui en vient à écrire une pièce de théâtre pour souffler sa maîtresse à un riche député et se moquer de celui-ci sans même qu'il s'en rende compte. Double plaisir pour le sacripant ! Tout à fait par hasard, il rencontre peu après le succès de cet impromptu, un "dénicheur" de feuilletonistes. Le roman-feuilleton est en plein essor. Il augmente les tirages des journaux en maintenant le lecteur en haleine par le devenu cultissime "La suite à demain". Cette production au jour le jour convient à Eugène Sue, à son tempérament vif argent, à sa fantaisie qui trouve à s'exprimer à travers des intrigues tarabiscotées, de l'exotisme en veux-tu, en voilà, des bagarres viriles et des scènes un tantinet osées. Il a bien conscience de ne pas écrire l'oeuvre du siècle. Peu importe !Il s'amuse et joue avec les mots avec la même insouciance qu'il mène son existence. 

   Paul Vacca nous met dans les pas de ce jeune chien fou, qui entreprend l'espace d'une soirée de devenir socialiste avant de se raviser et de partir à la conquête du faubourg Saint-Germain. Avoir de la suite dans les idées n'apparaît pas être la priorité du feuilletoniste. Une femme, Olympe de Castignan, va lui ouvrir les portes de cet univers très fermé. Mais comme un enfant trop gâté, il finira pas se lasser et partira à la découverte d'un autre Paris, celui des quartiers malfamés.

   Ce roman nous montre une ville constituée "d'îlots" qui s'ignorent complètement. Eugène Sue les visite, comme le ferait un voyageur en terre étrangère. C'est ainsi qu'il en vient à l'écriture des "Mystères de Paris", où il décrit ce que les lecteurs "raffinés" appelleront les égouts de la capitale. C'est dans cette "fange" qu'il trouvera son ange, Fleur-de-Marie !

   Au-delà de l'histoire en elle-même, riche en péripéties drolatiques, Paul Vacca joue avec les codes d'écriture des feuilletonistes. Il a l'adjectif généreux, le style parfois fleur bleue, les facéties langagières nombreuses. Il ponctue son récit d'allusions à notre époque et si le ton est toujours léger, le propos, lui, est parfois plus grave.

   J'ai adoré ce roman primesautier. Que l'auteur en soit dûment remercié !

   

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02 février 2017

Et si l'Amérique ne faisait plus rêver ...

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  Le titre de ma chronique pourrait le laisser supposer mais non ...  Donald Trump n'apparaît pas dans le roman de Paula McGrath. En revanche, de nombreux personnages se frottent à des époques différentes au rêve américain.Ils s'y frottent et s'y blessent. Certains évoqueront un récit décousu, une trame un peu lâche. Je le "confesse", le roman choral où les liens entre personnages sont subtils, voire sous-entendus, est mon péché mignon. J'aime être une lectrice active, à l'affût des indices, parfois ténus,qui font avancer l'histoire. La construction de ce livre m'a donc beaucoup plu.

   Dans Génération, le personnage central me semble être l'Amérique, ardemment désirée et finalement décevante.
Dans les années 60, une jeune Irlandais retourne au pays le temps d'une " veillée américaine". Il partage l'exaltation et la tristesse de ceux qui quittent leur "île émeraude" pour cet "Ailleurs" supposé meilleur. C'est ainsi qu'il se retrouve, pendant quatre ans, près de Chicago, à descendre dans la mine chaque matin. Il économise pour expédier de l'argent en Irlande et pour acheter une ferme. Il ignore que sa petite-fille partira sur ses traces en 2027 et trouvera son nom dans la Liste des Mineurs au musée d'Elliot Lake.

   Sans transition apparente, nous découvrons Joe, un quarantenaire, agriculteur bio, fumeur de cannabis, sale comme un peigne mais dont la beauté brute peut plaire.Nous sommes en 2010,  à l'ère de Skype et du woofing. Il se cherche de la compagnie féminine par Internet et séduit à distance Aine, fraîchement divorcée, que son emploi de bureau ennuie. Joe et sa ferme dans l'Illinois la séduisent, ils incarnent le changement, l'espoir d'une vie plus palpitante. Aine, qui est la fille de notre mineur, va quitter l'Irlande pour tenter sa chance. Elle débarque avec Daisy, sa fillette de cinq ans pour six semaines. Le temps d'un été, elle veut vérifier qu'une autre existence est possible. Son rêve va -t-il résister à la réalité ? Aura-t-elle plus de chance que son père ?

Carlos, un ouvrier mexicain de la ferme de Joe, lui, sait depuis longtemps que l'Amérique donne peu et prend beaucoup. Elle lui a pris son neveu Antonio, lors d'un passage illégal de frontière. Elle lui a volé l'enfance de ses filles qu'il n'a pas vues grandir. Elle lui donne un maigre salaire et de trop nombreuses soirées en solitaire. Il ne vient pas de la verte Irlande mais n'en est pas moins un exilé.

Des exilés, le roman de Paula McGrath en compte beaucoup d'autres, comme Judy l'Allemande,ou Makiko, la Japonaise. Tous ne quittent pas leur pays pour les mêmes raisons.Mais ils ont au moins deux points communs : la désillusion et la nostalgie. Pour l'auteure, l'Amérique est un mirage, une belle image, une pépite qui ne serait qu'un vulgaire caillou recouvert de peinture jaune.

Livre reçu lors de l'opération Masse Critique de Babélio

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30 janvier 2017

Atelier n°65

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Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo d'Anselme.

 

Lou passe tous les jours devant l'arbre à voeux. Ce projet initié par la section Arts Plastiques du lycée, lui donne souvent le sourire avant d'aller en cours. Elle suit l'apparition de ces fruits de papier avec assiduité, attendrie par les gribouillis d'un enfant ou intriguée par un message dans une langue étrangère. Aujourd'hui, elle remarque tout de suite une feuille quadrillée, découpée en forme de bouteille. Son prénom écrit en très gros caractères, au feutre bleu, l'interpelle. Lou s'approche et lit :

Ma première bouteille à la mer, je prie pour qu'elle atteigne ton rivage.
LOU,
J'aimerais quand ton visage se tourne dans ma direction, qu'il ne me passe pas au travers. Je voudrais ne plus être transparent à tes yeux.

Instinctivement, elle jette un oeil aux alentours. Ce message ne peut venir que d'un garçon de sa classe. Il est peut-être là, tout près, à guetter sa réaction.

La journée s'écoule presque comme à l'ordinaire. La jeune fille n'écoute les professeurs que d'une oreille discrète et tente de deviner l'identité de son admirateur secret.

Le lendemain, elle hâte le pas pour arriver plus tôt au lycée. Une deuxième bouteille l'attend, balancée par un souffle d'air.

Ma deuxième bouteille à la mer, je prie pour qu'elle atteigne ton rivage.
LOU,
J'aimerais que ton épaule touche la mienne, un simple contact, moins voyant que deux mains enlacées.Je voudrais que tu t'appuies sur moi et que mon corps existe à tes yeux.

Ses joues deviennent écarlates. Qui se cache derrière ces messages ? Ils lui sont adressés mais tout le monde peut les lire. Bientôt, ses copines se mêleront de l'affaire et se moqueront de son amoureux transi. " Le mec, il connaît pas Facebook ou quoi ?" Elle n'enlève pas pour autant le message bercé par le vent.

Lou scrute attentivement ses camarades de classe. En TP de Physiques, elle casse un bec Bensen. Le professeur lui demande de manière ironique si c'est l'amour qui la rend aussi maladroite. Elle rougit et essaie de se concentrer.

Le lendemain, elle court presque pour arriver jusqu'à l'arbre à voeux.

Ma troisième et dernière bouteille à la mer, je prie pour qu'elle atteigne ton rivage.
LOU,
J'aimerais que ma popularité ne me rende pas invisible à tes yeux. Je suis premier de la classe et alors... Je suis beau gosse et alors... Je suis un des espoirs français en planche à voile et alors... Mon aura occulte ma personne.Je voudrais  juste être un garçon  à regarder, à toucher, à aimer.

Elle entend son nom murmuré dans son dos. Elle se retourne et regarde Louis. Sa main doucement se pose sur la joue du garçon.

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19 janvier 2017

La saison des primevères était passée...

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" La saison des primevères était passée."La première phrase du roman, information assez insignifiante pour les hommes, est le signe, pour la gent lapine ,que le printemps va bientôt transformer la nature en un splendide garde-manger. Vous allez vous surprendre très rapidement à ne plus penser en humain mais en lapin. Vous trouverez normal de farfaler à la fraîche, de guetter l'apparition des vilous et de vous endormir, béat, contre la fourrure bien chaude d'un de vos congénères au fond d'un terrier. Richard Adams réussit, le temps d'une épopée "lapinesque" (soit quelques mois) à nous faire vivre à hauteur de garenne.

Patrick Chamoiseau dans "Les neuf consciences du Malfini" nous montrait le monde au travers du regard d'un aigle. Le temps de la lecture, nous étions ce prédateur puissant, doué d'une intelligence très particulière. Dans "Watership Down", nous partageons le quotidien plus terre à terre (dans les deux sens du terme) d'un groupe de lapins qu'un grand danger va chasser de son habitat. Un projet immobilier menace leur domaine et Fyveer, un jeune lapin chétif et donc considéré avec mépris, le sent dans sa chair, dans son âme. Hazel, son frère, solidement bâti et amené à occuper une place de choix dans leur garenne, croit aux prémonitions de Fyveer. Ils vont tenter d'alerter leur maître, le Padi-Shâ, qui chasse d'un revers de patte, leurs inquiétudes. Les deux frères, convaincus de l'imminence du danger, vont rallier à eux quelques compagnons de route et tenter (ce qui est inconcevable pour leur race) l'aventure.

C'est le début d'une formidable histoire, d'un récit initiatique porté par un souffle épique et poétique. Les deux frérots lapinaux partent à la recherche d'une terre sûre où établir une nouvelle garenne. A leur côté se trouve Dandelion, le conteur qui leur narre des épisodes de la mythologie lapine, où le facétieux Shraavilshâ et son acolyte Primault se jouent des dangers et des dieux. Ils peuvent aussi compter sur le sanguin, le bourru au coeur tendre, Bigwig, ancien garde du maître. Il ne faut pas oublier le minuscule Pikkyn, fort uniquement de son indéfectible attachement à Hazel.Quelques autres membres dont le rusé Rufus complètent la bande .Ils vont parcourir des terres hostiles (quelques kilomètres autour de leur point de départ), communiquer avec d'autres espèces : un mulot et une mouette, se défaire de certains préjugés (Ces "messieurs" vont comprendre qu'ils sont tout aussi capables que les hases de creuser un terrier).

Cette expédition va aussi leur permettre de découvrir la vie de lapins domestiques, d'une garenne faussement sauvage, protégée par un paysan, qui de temps en temps, prélève un tribut ou bien d'une autre garenne, sous le joug d'un lapin devenu général, qui règne par la terreur et un système hiérarchique rigide.

Notre vaillante troupe progresse à petits bonds de lapins, prompte à s'arrêter en cas de bruits inquiétants, d'envie de grignoter une touffe d'herbe tendre ou de piquer un roupillon. Les prédateurs ne sont jamais loin et leur vigilance ne doit jamais se relâcher. Leur caractère les porte, cependant, à oublier très vite les désagréments pour jouir du moment présent. Ils vivent en harmonie avec une nature admirablement décrite. Certains jugeront peut-être que les descriptions du paysage, de la végétation,de la lumière à chaque instant du jour ralentissent le récit. Moi, je me suis délectée de ces "tableaux" d'une délicatesse infinie. Pour apprécier pleinement ce roman, il est important de prendre son temps, de savourer chaque page, de lire et relire chaque introduction de chapitres. L'auteur introduit toujours ceux-ci par une citation pertinente, érudite, qui nous rappelle, mine de rien que si le texte parle de lapin, l'humain n'est jamais bien loin.

J'ai rejoint la team "lapinoupower" de Keisha, Grominou, Pr.Platybus et Titine.
A qui le tour ?

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16 janvier 2017

Atelier n°64

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Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Vincent Héque, "fragment' d'une belle exposition.

Là où je suis tombée

Là où je suis tombée demeure ma silhouette éthérée. Nous répétions "Two cigarettes in the dark" de Pina Bausch dans un ancien entrepôt désaffecté. La compagnie ne manquait pourtant pas d'argent mais c'était "tendance", le côté "underground" plaisait au producteur. Moi, le lieu m'importait peu. Au fil des répétitions, mon corps se déliait, adoptait la gestuelle si particulière de la chorégraphe allemande. Je sentais que j'atteignais ce point où je deviens musicale. Soudain, il a fait irruption dans la pièce  immense et m'a tiré dessus. Au procès, il dira : "Elle se pavanait".

Là où je suis tombée demeure ma silhouette éthérée. Nous étions à table pour le repas du soir. J'étais fatiguée après ma journée au magasin. Rester sans cesse debout, le sourire accroché aux lèvres et tenter de décrocher une commission. Aller au devant des clientes et leur vanter notre nouvelle palette de fards à paupières ou notre lipstick corail. Il a repoussé son assiette, les pâtes étaient trop cuites. J'ai répondu et il m'a frappée. Ma tête a heurté le coin de l'évier.
Au procès, il dira : "Elle m'a mal parlé devant les enfants. Elle m'a fait perdre la face."

Là où je suis tombée demeure ma silhouette éthérée. Je rentrais à l'appartement en allongeant ma foulée. Je n'avais qu'une hâte, boire pour éliminer les toxines et prendre une douche bien chaude. J'aime courir en solitaire dans le soir qui tombe, dans les bruits qui s'apaisent. J'entends mon coeur qui bat à un rythme régulier et le sang qui pulse dans mes veines. Je prépare mon premier trail urbain. Il m'a coupée la route et fait des avances. Je l'ai repoussé et il a planté son couteau dans ma poitrine.
Au procès, il dira : "Dans la cité, y'a que les putes qui sortent à cette heure-là."

Là où nous sommes tombées demeurent nos sihouettes figées dans l'instant d'avant : danse, révolte ou mouvement. Si vous ouvrez votre âme, vous nous verrez. Sentinelles fragiles, nous sommes les courants d'air glacé dans le cou des hommes violents.

 

 

 

 

 

 

 

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11 janvier 2017

Soudain, une licorne ...

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   "Soudain, une licorne ...", ce sont les premiers mots du prologue. Ne vous y laisser pas tromper, Dominique Maisons ne nous entraîne pas dans un univers enchanté peuplé d'animaux gentils et de personnages merveilleux. Il nous convie plutôt dans les zones d'ombre de notre société où les puissants organisent des soirées défiant toutes les règles de la bienséance, voire de l'humanité.

Tout débute par le Bal des fauves, organisé par Arnaud Delaunay, entremetteur de haut vol, facilitateur de contrats, pourvoyeur en chair fraîche. Aurions-nous affaire à un parrain de la mafia ? Que nenni !  Notre homme est comme Janus :  il apparaît au commun des mortels comme un respectable notable, énarque de surcroit . La DGSI n'ignore pas son autre visage mais couvre ses frasques car elles servent "les intérêts supérieurs de la France". 

Le maître des lieux est satisfait de lui. Son bal va encore une fois être un énorme succès. Dans sa résidence de Neuilly, transformée en jungle pour l'occasion, les instincts les plus bas vont être flattés. Une quarante de nantis, dont l'anonymat est préservé par un costume et un masque vont s'adonner à une chasse un peu particulière, celles de jeunes, voire de très jeunes femmes. Arnaud Delaunay s'est réservé deux escort girls, "deux proies" de choix mais il est attiré par une femme au masque de licorne. Elle lui est inconnue, son dos nu dévoile un magnifique tatouage, un cerisier japonais en fleurs. Il s'avance vers elle :

" - Je n'ai pas la chance de vous connaître, mademoiselle ?

  - S'il n'y avait que du gibier d'élevage, votre chasse manquerait d'agrément."

La mystérieuse licorne lui tend une verre de vin rouge, il le boit et meurt peu après dans d'atroces souffrances. Notre licencié es débauche aurait dû tenir compte du courrier de JUDEX. Celui-ci l'avertissait qu'il serait condamné pour ses turpitudes et périrait ce soir-là à 18 heures précises. Il a cru à une énième lettre de menaces, rédigée par un amateur du film éponyme, réalisé en 1963 par Louis Feuillade. Il a eu tort de ne pas prendre Judex au sérieux. D'autres personnalités qui sentent aussi le soufre ne vont pas tarder à recevoir des menaces semblables.

Dominique Maisons va lancer sur la trace de ce "vengeur masqué"  le commandant Rossi et son lieutenant Amaury de Malicandre, association réussie d'un pittbull et d'un chien de salon. Tous deux appartiennent à la DGSI et comprennent très vite que Judex veut la dynamiter de l'intérieur, faire éclater au grand jour des pratiques qui ne devraient pas être tolérées en démocratie.

L'enquête est palpitante, à cette trame principale s'entrelacent d'autres histoires qui alimentent cette dernière de façon subtile. L'ensemble est touffu, les caractères de chacun des personnages soigné, la description  des services de l'état précise sans être pesante. Je ne suis pas parvenue à lâcher ce roman policier, très intelligemment construit. Ce livre m'a permis de découvrir Dominique Maisons. Je vais me lancer très vite sur la piste de ces précédents romans...

 

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09 janvier 2017

Atelier n°63

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Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de la maîtresse des lieux.

 

 

 Mon bullet journal me nargue, planqué sous une pile de livres, au coin de mon bureau. Si je l'ouvre au mois de janvier, je vais découvrir, écrit en vert (couleur dédiée au blog) : rédiger un texte pour l'atelier et une chronique de livre par semaine. Crotte de zébu ! Comme je suis un peu psychorigique, je me sens tenue par cet engagement mais cette photo ne m'inspire ... RIEN.

Ce paysage montagnard refuse de me livrer la moindre histoire. Ce n'est pas faute d'avoir examiné le cliché en détail. Je vais finir par connaître toutes les veinures du bois coupé, bien rangé devant la maison. J'attends désespérement que quelqu'un vienne me perturber, m'empêcher de participer à cet atelier. On est toujours trahie par les siens !. D'ordinaire, il suffit que je m'installe devant l'ordinateur pour être sollicitée.

"M'man ! T'as commencé mon costume de Kusco, l'empereur mégalo ?" (poussin n°2)

"M'man ! Ma robe en velours, la bleue, elle se lave à combien ?" (poussin n°1)

" Miaou, miaou, MIAOU !!!!" (Liloo alias Zonzon réclamant des croquettes)

" Chérie ! Pour ce soir, soupe potimarron/curry ou carottes/cumin ? " (Mister H., "aventurier culinaire")

" Ouaf, ouaf, OUAF !" (Titou me signalant qu'une mésange "vole" des graines de tournesol dans la mangeoire)

Aujourd'hui, j'aurais besoin d'eux et ils ne sont pas là ! Les poussins sont restés au chaud dans leur propre nid, ne rejoignant pas la maison-mère pour le week-end. L'homme corrige des copies, studieux et silencieux. Quant aux animaux, ils pioncent comme des bienheureux. Tous des INGRATS ! Tu quoque mi fili !

Revenons à notre photo. Finies les lamentation, de l'action ! Allons-y pour un texte qui envoie du bois (Elle est facile, je sais mais au point où j'en suis.)

 

" Pierre avait le sentiment d'avoir pris la bonne décision. Adieu son job de webmaster, ses amis Facebook, Linkedin et Twitter. Il avait acheté ce chalet en Roumanie, sur un coup de tête, et comptait devenir "ermite sous couette" (clin d'oeil à Manue)."

Voili ! Voilou ! Mon texte est rédigé. Bon d'accord il ne fait que deux lignes mais quelles lignes ! En guise de conclusion, P****n de bullet journal !

 

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05 janvier 2017

"Charles Wang en voulait à mort à l'Amérique"

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"Charles Wang en voulait à mort à l'Amérique". Première phrase du roman et début d'un road-movie tragi-comique à bord d'une antique Mercedes bleu layette. Son empire de cosmétiques, tous ses biens dont sa maison à Bel Air en Californie, vont lui être arrachés par les "vautours" qui se repaissent, selon lui, de la crise financière de 2008. Le patriarche a tout perdu et ne rêve plus que d'un retour sur les terres de ses ancêtres. Il n'a jamais connu l'époque où les Wang étaient une famille très influente en Chine. Il a passé son enfance à Taïwan avant de partir pour l'Amérique et d'y bâtir une fortune. Il n'empêche qu'il conserve comme un bien précieux les actes de propriété du domaine de ses aïeuls ainsi que le sceau de son grand-père. L'Amérique lui reprend tout, qu'importe ! La Chine lui permettra de redevenir le "Roi".

En attendant, notre homme doit presser sa femme Barbra de choisir des vêtements dans son immense dressing avant de filer à l'anglaise à bord de la voiture qu'il avait donnée à Ama, sa nourrice. Tous ses véhicules ayant été saisis, c'est avec ce "fringant" équipage qu'il veut quitter Bel Air pour rejoindre la petite ville d'Helios, près de New-York. Là-bas, réside dans une ferme rénovée, sa fille aînée, artiste contemporaine, que les polémiques liées à sa dernière exposition, ont contraint à vendre son appartement à Manhattan pour se mettre au vert quelque temps. Durant ce périple, Charles Wang doit récupérer sa deuxième fille Gracie dans un collège privé et Andrew son fils qui, lui, est à l'université. Quand il aura mis tous les Wang à l'abri sous le toit de Saina, il s'envolera pour la Chine, afin de faire valoir ses droits.

La "transhumance" ne se fait pas sans de multiples péripéties. Le portrait de chacun des personnages s'affine au fil des kilomètres. Si Gracie, adolescente de 16 ans, nous apparaît, dans un premier temps comme une blogueuse mode écercelée, elle gagnera en route en humanité ce qu'elle perdra en nombrilisme mais aussi en innocence. Barbra, épousée en secondes noces ne sera plus seulement celle qui a occupé, sans scrupule, la place encore tiède de la première femme de Charles. Elle saura s'accomoder de la situation et découvrir qu'elle aime Charles, même désargenté. Quant à Andrew, il se frottera enfin à la réalité après des années en faculté à lézarder sans se préoccuper vraiment d'autre chose que de perdre sa virginité et de devenir un humoriste célèbre.

Dans la vieille voiture, qui se déglingue de plus en plus au cous de voyage, une proximité forcée oblige les membres de la famille à réfléchir sur les liens qui les unissent et sur la valeur (toute relative) de l'argent. A Helios, Saina doit aussi se confronter à elle-même :  choisir entre deux hommes et deux modes de vie.

Le roman de Jade Wang est foisonnant, bavard peut-être à certains moments mais extrêmement plaisant. Il nous parle  souvent sur un ton humoristique d'intégration, de réussite, d'attachement à son pays. Le style épouse et pare chacun des personnages, le définissant parfaitement par son langage. Les époux Wang, par exemple, ont un rapport très particulier à la langue anglaise et se servent sans cesse du mandarin pour communiquer entre eux. De nombreux dialogues, de nombreuses scènes sont à savourer. L'auteure excelle à brosser des "tableaux" où elle épingle les travers de la famille Wang mais aussi ceux d'une société américaine qui a donné aux traders un pouvoir illimité.

Je vous recommande chaudement ma première lecture de 2017.

Merci aux éditions Belfond et à Babélio

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03 janvier 2017

Je lis donc je suis

Je n'ai pas tout à fait respecté les règles du tag. Je n'ai pas lu tous les titres utilisés pour ce "portrait chinois" et certains ne sont pas parus durant l'année 2016. Noukette, à qui j'ai emprunté l'idée, me pardonnera, ces petites entorses... J'ai pris beaucoup de plaisir à fureter pour dénicher les titres qui me convenaient. 

 

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Décris-toi : Debout !

Comment te sens-tu ? Danser au bord de l'abîme

Décris où tu vis actuellement : Petit pays

Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ? Beaux rivages

Ton moyen de transport préféré : Les oiseaux de bois

Ton/ta meilleur(e) ami(e) est : L'amie prodigieuse

Toi et tes amis vous êtes : The girls

Comment est le temps ? L'instant présent

Quel est ton moment préféré de la journée ? Face à la mer

Qu'est la vie pour toi ? comme une respiration

Ta peur : Toutes ces grandes questions sans réponse

Quel est le conseil que tu as à donner ? Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une

La pensée du jour : Continuer

Comment aimerais-tu mourir ? Au revoir là-haut

Les conditions actuelles de ton âme : S'émerveiller

Ton rêve ? Réparer les vivants

 

Qui prend la suite ?

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02 janvier 2017

Atelier n°62

Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo d'Anselme.

Aspirer de grandes goulées d'air imprégné d'humus et d'humidité. Se reposer les yeux en regardant le champ qui borde le parking de l'hôpital. "Quelle idée d'avoir construit un CHU en pleine cambrousse " lui répète souvent son compagnon. Elle ne lui répond même plus. Comprendrait-il son besoin de communier avec les éléments ?D'apaiser au milieu de nulle part son âme chiffonnée par sa longue garde ? Aujourd'hui,une brume légère nappe le paysage familier. Pour Jeanne, infirmière de nuit en soins intensifs, accueillir les premières heures du jour est toujours un moment précieux. Retrouver le dehors après douze heures de confinement. Renouer avec le silence en laissant dans le bâtiment les cris de souffrance ou d'angoisse, les bip d'alerte et les roues des brancards patinant sur le lino des couloirs.

Parfois une trille l'attend quand elle franchit la porte "Sortie du Personnel" et s'avance sur l'asphalte. Un oiseau, sans le savoir, lui offre quelques notes. Sur son visage nu se posent des gouttelettes de rosée. Elle marche tranquillement jusqu'à sa voiture, son gobelet de café à la main. Installée derrière le volant, Jeanne ne démarre pas tout de suite. Elle s'enveloppe dans son plaid et boit son café à minuscules gorgées. Elle savoure cet instant où personne ne la sollicite. Un instant de pause, seule au sein de la nature qui s'éveille. L'instant où la vie renaît et lui permet d'accepter que des coeurs, cette nuit encore, se sont arrêtés.

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