05 novembre 2018

Atelier n°83

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Ce texte est ma participation à l'atelier d'écriture du blog Bric à Book. Il s'inspire d'une photo de Tyler Dozier.

Lanceur d'espoir



Une femme végétale se fond dans le feuillage, son corps épousant la forme d'une branche

Une vigne vierge tapisse la façade d'une vieille maison et se pare de pourpre à l'automne

Un pissenlit aux pétales ébouriffés par le vent s'épanouit au milieu du bitume

Un mandala géant sur la plage de Trestraou émerveille les promeneurs avant de disparaître, effacé par la marée

Un jardin ouvrier renaît quartier de Charonnes et la rougeur des tomates répond aux couleurs éclatantes d'un mur couvert de graff

Des herbes folles au Cimetière du Père-Lachaise, poussant entre les pierres, graines de vie au milieu des morts

Le coquelicot, étendard pacifiste d'un mouvement citoyen, lanceur d'alerte mais aussi d'espoir



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22 octobre 2018

Miss Jane de Brad Watson

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La dernière page d'un roman lue, je commence déjà à ébaucher mentalement mon avis. Pour Miss Jane, il était extrêmement nuancé, mais démarrait par un point positif : la couverture. Visuellement accrocheuse, elle traduit avec audace et pudeur la personnalité du personnage principal, de même que son handicap.

Jane Chilsom vient au monde en 1915 dans une ferme du Mississippi. Elle n'est pas désirée, fruit d'une relation entre son père fortement alcoolisé et sa mère, rendue presque inconsciente par le laudanum. L'un et l'autre d'ailleurs se sentiront responsables du handicap de leur fille, tant ils peineront à se souvenir des circonstances de sa conception. L'appareil génital de l'enfant ne s'est pas entièrement développé in utéro,ce que le docteur Thompson remarque dès sa naissance. Cette "différence" se traduit dans ses premières années par une incontinence qui l'oblige à rester à la maison. Un court passage à l'école, plutôt réussi, lui fera vraiment prendre conscience de sa singularité et l'amènera à préférer l'environnement sécurisant de la ferme familiale. Devenue adolescente se posera la question du désir.Elle est belle,distante et les garçons, pourtant au courant par la rumeur de son handicap,commencent à lui tourner autour.

Nous allons suivre Miss Jane de sa naissance à sa mort, le récit de son existence étant entrecoupé par des courriers adressés par le docteur Thompson à d'éminents spécialistes dans l'espoir que la chirurgie réparatrice progresse.
Le roman s'intitule Miss Jane et l'auteur décrit minutieusement les petits bonheurs émaillant son quotidien. Les travaux à la ferme, les promenades au sein d'une nature changeant au fil des saisons, l'éveil des sens, tout semble consigné avec une volonté terrible de nous "prouver" que cette jeune femme aura su trouver sa place dans la société et vivre assez sereinement sa différence. D'elle, j'ai surtout retenu une sagesse presque exagérée. Tant de pondération dans l'attitude finit par être difficilement crédible.

Je me suis surtout attachée aux autres personnages, le couple Chilsom, deux taiseux camouflant leur souffrance, Grace, la soeur aînée de Jane et sa soif de liberté, le Docteur Thompson et son curieux élevages de paons, les métayers de la ferme. Leur vie, en particulier durant la crise de 29, m'a beaucoup intéressée. Je les ai trouvés bien plus réalistes que Jane, avec leurs failles mises au jour.


Une lecture en demi-teintes

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13 octobre 2018

Le retour d'Arsène Lupin de Frédéric Lenormand

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Les jours "sans" ont pour moi un seul dénominateur commun : la lecture comme refuge. Et Frédéric Lenormand représente pour moi le summum de l'auteur réconfortant. "Les Nouvelles enquêtes du juge Ti" et la série des "Voltaire mène l'enquête" ont égayé nombre de mes journées. Arsène Lupin est venu lui aussi à la rescousse de mon moral défaillant. Pendant quelques heures, j'ai oublié ce mois d'octobre où souffle en Bretagne un vent ressemblant au sirocco.
1908 à Paris, Arsène Lupin entreprend de guérir de sa fâcheuse tendance à la cambriole. Il s'est attaché les services d'Amédée Kloucke, psychanalyste de son état, dont le diagnostic a été sans appel. Son patient est "prisonnier d'une névrose cambrioleuse cyclothymique". le médecin préconise une thérapie qui n'a rien d'audacieux, mais qui va se révéler très contraignante pour Arsène Lupin : l'abstinence. Entendez par là une pause dans les vols. Pour éviter de sombrer dans la dépression et surtout pour passer le temps, Arsène Lupin se glisse alors dans la peau de Jim Barnett, seul et unique employé de l'agence Barnett et Cie. Théodore Béchoux, inspecteur de police, personnage sympathique malgré ( ou à cause) de sa médiocrité amène sur un plateau une affaire à notre faux détective : la magnifique perle noire de Madame Bovaroff a été dérobée et Georges Clémenceau, ministre de l'Intérieur met la pression sur ses troupes pour retrouver le bijou et redorer l'image de la police. Théodore Béchoux soupçonne Arsène Lupin d'avoir commis ce vol. Jim Barnett est bien placé pour savoir qu'il n'en est rien. 
Nous sommes au début d'une enquête rocambolesque, où l'énigme de la perle sera rapidement résolue pour laisser place à une autre affaire : la disparition chez Madame Bovaroff d'un autoportrait de Delacroix. Nous allons assister à la multiplication non pas de petits pains, mais de copies de ce tableau ainsi que de meurtres perpétrés à l'aide d'un pistolet de dame (facile à glisser dans un sac à main entre le poudrier et le rouge à lèvres). L'enquête va mener notre héros jusqu'au Bateau-Lavoir, lieu que tous les amateurs d'art connaissent. Il abritait à cette époque des peintres sans le sou, dont un certain Pablo Picasso, pas totalement étranger à notre affaire de copies de tableaux. Arsène Lupin fréquentera aussi un cabaret " le Chat qui miaule" et aura le plaisir d'assister à une danse "exotique" de Mata-Hari. 
Comme à son habitude, Frédéric Lenormand nous livre une fantaisie érudite, une histoire qui agit comme un baume pour le coeur et l'esprit. Je ne peux que vous inciter à vous glisser dans les pas du gentleman cambrioleur.



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07 octobre 2018

Anatomie d'un scandale de Sarah Vaughan (parution en janvier 2019)

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Le roman de Sarah Vaughan aborde un thème que le mouvement #MeToo cherche à rendre moins tabou : les relations sexuelles non consenties ou pour parler plus clair le viol. L'auteure traite ce sujet à la fois de manière sensible, au travers du ressenti des protagonistes des deux viols évoqués, mais aussi de manière judiciaire en nous faisant suivre le procès très médiatique d'un homme politique, extrêmement proche du pouvoir.
L'action se déroule à deux époques : les années 1990 à Oxford et l'année 2016-2017 à Londres et gravite autour d'un personnage ambigu, James Whitehouse, sous-secrétaire d'état et surtout meilleur ami du Premier Ministre en exercice. Sarah Vaughan ne permettra au lecteur que de rares incursions dans les pensées de cet homme, issu d'un très bon milieu et doté d'un physique plus qu'avantageux. Jusqu'à la fin du livre, de nombreuses parts d'ombre subsisteront sur ce qui le meut. 
Il est accusé de viol par sa jeune assistante, Olivia Lytton, avec laquelle il entretenait une liaison depuis quelques mois. Ce qui lui est reproché, c'est un rapport non consenti dans un ascenseur alors même que James Whitehouse lui avait signifié que tout était fini entre eux une semaine auparavant. Une plaine déposée par la jeune femme va déclencher une tempête médiatique et un procès tout sauf serein.
Entrent en scène deux femmes que tout semble opposer : Kate Woodcroft, avocate pénaliste, conseillère de la Reine, qui va défendre Olivia Lytton et Sophie Whitehouse, l'épouse du prévenu. Deux femmes pour un seul homme, l'une acharnée à convaincre le jury de la réalité de ce viol, l'autre persuadée que son mari est la victime d'une maîtresse blessée par la rupture.
La construction du roman est assez classique et très rapidement, nous sommes amenés à comprendre que Kate et Sophie ne sont pas complètement étrangères l'une à l'autre, que vingt ans auparavant, elles se sont côtoyées à l'université. A cette époque, James était le petit ami de Sophie.
Pourquoi Kate Woodcroft, modèle de rigueur, à la morale irréprochable, met-elle en jeu sa réputation, voire son métier, en plaidant alors qu'elle ne devrait pas le faire, en raison de ses "attaches" avec le prévenu ? 
Pourquoi Sophie, que le conseiller en communication du Premier Ministre exhorte à rester auprès de son mari, s'enfuit dans le Devon, chercher refuge auprès de sa mère ?
Les deux femmes se dévoilent peu à peu, les masques tombent, les certitudes vacillent, les fêlures apparaissent. Issues de deux milieux sociaux radicalement différents, elles se rejoignent dans la souffrance. Bien au contraire, James Whitehouse et son ami, le Premier Ministre, se mettent à arborer le masque de la vertu et de l'innocence pour mieux cacher leurs turpitudes.
Sur une trame un peu convenue, Sarah Vaughan écrit un texte intéressant sur le consentement féminin. Un texte intéressant, mais pessimiste. Notre société n'apparaît pas comme capable d'entendre la parole féminine, la loi du plus fort semblant toujours prévaloir. 
Je recommande ce page-turner judiciaire, où la sensibilité féminine fait vibrer le cœur du lecteur.


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30 septembre 2018

Concours pour le Paradis de Clélia Renucci

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Depuis deux ans et un changement d'activité, le temps est devenu pour moi une denrée rare. Je ne me laisse plus griser par la corne d'abondance des SP et les demande avec parcimonie. Pour les #mlr2018, je pensais avoir réduit au strict minimum le risque de recevoir un livre que je ne saurais pas apprécier. Je ne chronique plus beaucoup, et je souhaite que ces quelques articles fassent partager à d'autres lecteurs mon enthousiasme pour un livre. Cette introduction un peu longue annonce une suite prévisible, je n'ai pas aimé " Concours pour le Paradis". Il m'est même arrivé le pire pour une lectrice : l'ennui.

Etonnée par ma lecture plus que laborieuse de ce roman, j'ai jeté un petit coup d'oeil sur Babélio et les avis sont presque unanimement élogieux. Qu'écrire alors si ce n'est mon simple ressenti. Je suis passionnée par l'art pictural et ai eu la chance de visiter le Palais de Doges à Venise. Je ne peux donc pas arguer que les descriptions du processus créatif, des querelles de peintres, du fonctionnement des ateliers ou les nombreuse références à Venise m'aient noyée sous les termes techniques. Je n'ai pas souffert d'acqua alta "linguistique". 

Le structure du livre est intéressante, elle épouse les différentes étapes de la création de l'immense fresque  " Le Paradis" qui trône dans la salle du Grand Conseil au Palais des Doges. Du concours organisé entre les peintres où tous les coups sont permis ( mention spéciale à Véronèse), des aléas politiques et techniques, tout est scrupuleusement retranscrit. On dirait presque de Clélia Renucci craint qu'un éminent spécialiste du Tintoret (celui qui signa la toile sans pour autant l'avoir exécutée) ne pointe du doigt une erreur ou un manquement au déroulement des faits.

Au fil de ma lecture, j'ai vainement cherché le souffle romanesque, ce petit quelque chose qui nous emporte et nous fait battre le coeur au même rythme que celui des personnages. Combien de fois me suis-je surprise à éprouver de l'amitié, de  la tendresse, voire de l'amour pour un personnage d'encre et de papier ? Dans " Concours pour le Paradis", je n'ai jamais ressenti ce sentiment. Les personnages fort nombreux, dont certains peintres célèbres, m'ont laissée de marbre. Je les voyais comme des chromos du XIXème siècle, bien loin de la Venise renaissante que Clélia Renucci cherche à nous dépeindre.

Je ne peux que saluer l'immense travail documentaire de l'auteure et lui souhaiter de nombreux lecteurs heureux. Il faut toujours qu'il y ait une exception à la règle.

 

 

 

 

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23 août 2018

Les enfants de ma mère de Jérôme Chantreau

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"Avant que naisse la forêt", le premier roman de Jérôme Chantreau m'avait happée. Ma chronique est ici. Son invitation à se fondre dans le végétal, ses mots précis, poétiques, savants mais toujours à bon escient m'avaient conquise. J'attendais donc beaucoup, sans doute trop, de ce deuxième roman. La photo en couverture est magnifique, saisissant comme au vol la beauté de la jeunesse, quand flirter avec l'abîme semble naturelle et que la drogue n'a pas encore effacé cette grâce fugace que donne l'adolescence. L'auteur nous ramène dans les années 1980 et débute par un acte fondateur pour Françoise, une mère de famille bourgeoise, élevée au couvent des oiseaux. Elle se rend seule aux urnes le 10 mai 1981 et commet un acte, qui lui paraît alors d'une audace inouie : voter pour François Mitterrand. Que son mari la quitte le jour même, sans pourtant connaître sa "trahison" va correspondre dans son esprit à une logique. Une époque s'achève, celle de la femme au foyer pour qu'une autre commence, celle de l'artiste peintre bohème, en sommeil depuis quinze ans. L'appartement cossu, déserté par le mari, prend des allures de refuge pour adolescente fugueuse ou réfugié iranien, se mue en "bateau-lavoir" avec ses samedis où des bobos, qui se rêvent artistes, refont le monde en buvant le vin de leur hôtesse.

Le roman n'est pas centré sur ce personnage, que j'ai trouvé à la fois agaçant et pathétique. Cette femme dont l'écrivain nous rappelle sans cesse les limites intellectuelles, essaie d'échapper à ses origines bourgeoises. Ces tentatives pour faire partie de la bohême ou pour se transformer en militante au sein des manifestations contre la loi Devaquet ou plus tard du mouvement SOS Racisme tournent à l'échec. Son dessert emblématique, l'île flottante aux pralines, revient régulièrement nous rappeler qu'elle n'a pas totalement tourné la page des repas dominicaux d'une certaine France. Je n'ai pas trouvé la fin que lui offre l'écrivain cohérente avec la vision qu'il nous donne, tout au long du roman, de cette femme à l'esprit trop étriqué pour les grandes idées.

Le véritable héros est Laurent, le fils de Françoise, qui n'a que 10 ans lorsque son père sort de leur vie. Enfant sage et silencieux, le divorce de ses parents l'affecte moins que sa soeur Nathalie, de trois ans plus âgée. Et pourtant, la disparition de l'autorité paternelle aura des incidences notables sur sa vie. Sa mère, à quarante ans, enivrée par sa nouvelle liberté, délaisse, sans vraiment s'en rendre compte, ses deux enfants. Ils grandissent, cohabitant avec les amants de leur mère ou les marginaux qu'elle accueille. Laurent, déjà isolé parmi les enfants de son âge, voit sa singularité s'affirmer au contact des nouvelles relations de sa mère. A l'école primaire, sa solitude prend fin à l'arrivée de Victor, un enfant abîmé par la mort de son père. Le duo deviendra trio avec Andréa, né rebelle. Nous les suivons de l'enfance à l'adolescence dans le Paris des années 1990. Les années lycée sont sombres, l'underground les attire, le monde adulte les révulse. Leur rage trouve un écho dans les musiques qu'ils écoutent et dans le groupe qu'il fonde. Cette partie de l'histoire, la descente aux enfers de Laurent et Victor m'a impressionnée. L'amitié, poussée jusqu'à son paroxysme, la mise en danger permanente pour mieux se sentir exister, la drogue qui exalte les sens et inexorablement emprisonne. J'ai lu certaines pages quasi en apnée. Le virage vers l'âge adulte m'a moins convaincue. Le récit perd en tension dramatique et les années sida sont balayées en quelques pages. 

Pour la rédaction de ce deuxième roman, Jérôme Chantreau a adapté un style beaucoup moins flamboyant. Il est sur une ligne de crête entre le réalisme ( les années Mitterand sont décrites avec justesse) et un lyrisme parfois grandiloquent. Au détour d'un paragraphe, une phrase fait  souvent mouche. J'ai tout de même eu le sentiment de ne pas savoir trop sur quel pied danser pendant toute la lecture.

Une lecture en demi-teinte pour mon seul roman de la rentrée littéraire

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31 juillet 2018

Moi après mois : juillet

 

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Travailler, le regard happé par le ciel bleu encadré par la fenêtre / S'interroger sur la prochaine rentrée et sur un avenir qui n'est plus tracé / Se détacher, lâcher prise, partir ? Prendre des repères, tisser des liens, s'ancrer ? / Apprivoiser l'inconnu, un beau défi / La réussite de mes deux grandes filles : une maîtresse en baskets et une future journaliste radio / Elles tracent leur route, chacune à leur manière / Mes deux soleils / La sortie de mon deuxième roman et le pincement au coeur à l'idée qu'il ne trouvera pas ses lecteurs / Reconnaître mon peu de goût pour les dédicaces et le service "après-vente" / Accueillir avec joie les quelques retours de lecture et le regard porté sur Jeanne, mon héroïne /  L'écriture, exercice astreignant mais qui donne parfois le sentiment de toucher la grâce / L'écriture, moment de solitude où bruissent seulement les voix des personnages / L'écriture, cette échappée / Un troisième roman ? Des bribes d'histoires en tête, une motivation à marée basse pour m'installer devant l'écran de l'ordinateur / 13 juillet : les vacances ! Plus de fatigue que d'euphorie / Ecouter mon corps qui aspire au repos, tenter de mettre aussi sur pause un cerveau en constante ébullition  / Créer un joli chemin de table : fleurs en tissus et fleurs fraîches dans des coupelles / Clin d'oeil à ma miss aux robes fleuries /  Regarder grandir ma funambule, mon équilibriste aux genoux souvent couronnés, ma miss aux semelles de vent / Une virée parisienne en pleine canicule / Des expositions / Kupka au Grand Palais / "Peintures des lointains" au musée du quai Branly / Des jardins, de l'insolite, du décalé et surtout de l'amitié / Cocktail de fruits, eau parfumée au citron et au gingembre, eau plate ou gazeuse / Chapeau très anglais, crême solaire indice cinquante et lunettes de soleil, parfaite panoplie de touriste / La cuisine libanaise : une vraie révélation / Merci ma C. / Un incendie dans un transformateur et une gare Montparnasse à l'arrêt / Une solution de dépannage qui ouvre les yeux sur un autre monde / Gare routière, porte de Bagnolet, bus Isilines et trajet étonnant pour regagner la Bretagne / Les bidonvilles en périphérie, les téléphones qui sonnent dans le car et les conversations dans toutes les langues / Des voyageurs pour une fois mélangés, les naufragés de Montparnasse et les habitués du low cost / L'imprévu ouvre les consciences / S'inquiéter pour la planète et son réchauffement, s'agacer de la focalisation des médias sur "l'affaire A.B" / Rire de tout et surtout de nos ennuis avec des amis / Les retrouver comme si le dernier repas partagé remontait à hier / Une nuit d'insomnie, réfléchir à l'année écoulée  et penser à la chanson de Reggiani : Je veux des histoires, des voyages...J'ai tant de gens à voir, tant d'images..Des enfants,des femmes, des grands hommes, Des petits hommes, des marrants, des tristes, Des très intelligents et des cons, C'est drôle, les cons ça repose, C'est comme le feuillage au milieu des roses. / Lire toujours énormément mais sans rédiger de chroniques / Faire une exception pour le deuxième roman de Jérôme Chantreau : " Les enfants de ma mère" / Attendre le bon moment pour le lire et en parler / Tourner le dos au véto le temps de digérer la nouvelle : résurgence du cancer / Décider de profiter de chaque instant avec Titou, notre amour de chien, le compagnon de mes heures sombres / Avoir en tête la chanson de Stromae : Quand c'est? Quand c'est? Que tu cesses tes avances. Quand c'est? Quand c'est? Que tu pars en vacances / Souhaiter très fort que le ciel redevienne bleu sur le Trégor pour le dernier jour de juillet / Rêver de se fondre dans la chaleur et les couleurs de l'été.

 

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22 juin 2018

La joie du matin de Betty Smith

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Après la lecture de ce roman, je songe à créer pour le définir un mot-valise : " délisuet", mélange de délicieux et de désuet et à ajouter une nouvelle catégorie sur mon blog, celle des "pépites vintage". Je suis très clairement le coeur de cible de la collection VINTAGE des éditions Belfond. S'ils ont besoin d'une égérie, je me tiens à leur disposition ! Je ne suis pas une ménagère de plus de 50 ans, mais une lectrice passionnée dans sa cinquantième année #assumetonâge.


"La joie du matin", écrit en 1963, raconte la première année de mariage de deux poussins à peine sortis de l'oeuf : Carl et Annie. Les premières pages nous les montrent, patientant sur une banquette de l'hôtel de ville de Lopin, une petite ville du Midwest, proche de l'université où le jeune homme étudie le droit. Annie, toute juste majeure, a quitté Brooklyn pour rejoindre Carl, tout juste vingt ans, et l'épouser. Cette union, qui semble précipitée, ne cherche pas à réparer "une faute" visible dans neuf mois. Amoureux depuis longtemps, ils ont attendu les dix-huit ans d'Annie pour pouvoir vivre ensemble.

Ce mariage ne peut qu'être désapprouvé par les deux familles. Du côté de Carl, sa mère, qui l'a élevé comme un poulain destiné à la compétition, ne peut qu'être désolée du choix de son fils. Une riche héritière lui aurait mieux convenu qu'une demoiselle pauvre, issue d'un quartier à la mauvaise réputation. Du côté d' Annie, sa mère regrette le salaire que sa fille lui ramenait depuis quatre ans et lui reproche sa fuite, qui aurait chagriné son deuxième mari. Elle préfère dire qu'Annie manque à celui-ci plutôt que de reconnaître qu'il avait des vues sur cette "chair fraîche". Ils ne peuvent donc, ni l'un ni l'autre, attendre un quelconque soutien financier ou moral de leurs parents.

Ils vont durant cette année 1927 grandir ensemble, endosser des habits d'adultes un peu grands pour eux. Le petit couple Brown, souvent impécunieux, va jongler avec les cours de Carl à l'université, les petits boulots destinés à faire bouillir la marmite et tenter de faire leur nid, tout d'abord dans une chambre qu'ils louent et ensuite dans la maison minuscule du gardien du terrain des sports. Ils s'essaient aux rôles traditionnels, le mari au turbin, la femme à la popotte, mais très rapidement ils s'émancipent de ce modèle qui ne leur convient pas. Annie a quitté l'école à quatorze ans sans que ce départ ne signe la fin de son amour pour la lecture et l'écriture. Ce roman est celui de l'émancipation d'une jeune femme, émancipation acceptée, voire favorisée par son époux et un doyen d'université en avance sur leur temps. Tout commence par un changement vestimentaire. Annie délaisse ses vêtements d'épouse pour la "tenue" et la coupe de cheveux des étudiantes. Elle traîne ensuite dans les couloirs de la faculté, écoute à la porte un cours de littérature jusqu'au moment où elle peut officiellement y assister. Le lecteur assiste à sa transformation ainsi qu' à l'éclosion de son talent pour l'écriture. 

Le quotidien des deux "poussins" dans l'Amérique des années 20 est marqué par la pauvreté, sans pour autant que le roman tourne au réalisme à la Zola. Ils vivent avec peu, mais profitent de tous les petits bonheurs avec l'appétit de la jeunesse. Ils sont au matin de leur vie de couple et de jeunes parents. L'existence ne les a pas toujours épargnés, mais ne les a pas encore abîmés. Ils en sont au début, quand tout est encore possible et c'est extrêmement attendrissant.

Une lecture très agréable 

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17 juin 2018

Et si tu n'existais pas de Benoît Vanstavel

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Le titre, qui remet immédiatement en tête la chanson de Joe Dassin et la couverture, façon Magritte semblent annoncer une jolie romance. Que nenni ! Benoît Vanstavel se livre à un exercice périlleux et parfaitement réussi : écrire une comédie de moeurs dénonçant nos travers modernes, et la faire partir faussement en vrille avec une évidente jubilation. Cette maestria m'oblige à lui pardonner ses moqueries à l'égard à Plougonvelin, petite commune du Finistère, où se déroule une partie de l'intrigue. Née à Quimper, je suis très susceptible sur le caractère dit de cochon  des Bretons, et sur la météo dite de l'apocalypse de mon département chéri.

Tristan, presque trentenaire, souffre d'une terrible tare : le célibat. Peu importe qu'il occupe un bon poste dans un institut de sondages et qu'il se satisfasse de courtes amourettes, sa "maladie" devient terriblement gênante quand ses copains commencent à se mettre en couple et passent même à l'étape suivante : le mariage. Simon, le meilleur ami de Tristan, va convoler avec Isabelle et celle-ci ne vit plus que pour ce jour "bénit" et l'élaboration de son plan de table. Ce serait tellement plus simple pour elle si le témoin de son futur mari se trouvait une chérie. Plus de nombre impair d'invités à gérer ! Las de cette pression permanente qui s'exerce sur lui ( Isabelle n'est que la goutte d'eau qui fait déborder le vase), notre héros décide sur un coup de tête de s'inventer une petite amie. Pénélope, son chat Igor et sa thèse sur le théâtre No prennent vie. Il se sait pas alors qu'il vient de créer un golem, dont l'existence aura des répercussions aussi drôles qu'inattendues.

Ne parvenant pas à avouer, au fil des mois, que Pénélope n'est que le fruit de son imagination, il est contraint d'utiliser mille et une ruses pour "enfumer" sa famille et ses amis, jusqu'à son ex, Emma, particulièrement retorse. Il n'a pas toujours pas réussi à "cracher le morceau" quand un héritage soudain bouleverse la donne. Sa grand-tante, Marie-Jeanne, succombe à une intoxication alimentaire et lui lègue non seulement sa modeste demeure à Plougonvelin, mais aussi une petite fortune. Il n'en faut pas plus pour que des centaines de Pénélope pensent retrouver en lui leur Ulysse. 

C'est à ce moment du récit que commence l'art subtil du " je fais partir mon récit en sucette, mais je gère !" Benoît Vanstavel garde la maîtrise de son histoire malgré de nombreux dérapages. Les habitants de Plougonvelin, de l'organiste forcené à la charcutière, tout droit sortie d'un film S-M, sous-titré en breton, participent avec entrain à la fuite aux antipodes d'un Tristan, acculé par des Pénélope attirées par son argent, plus que par ses biceps maigrelets. Notre anti-héros moderne, est entouré par une bande de Pieds Nickelés fort réjouissante. L'auteur nous fait partager leur course folle, et enchaîne les péripéties loufoquo-tragiques. L'ensemble est porté par une écriture d'une grande inventivité, mêlant érudition et " n'importequoisme".

Les fées de la "Vis comica" ont dû se pencher sur le berceau de cet auteur. Je subodore même que les dites fées sont probablement bretonnes, mais cette hypothèse n'engage que moi.

Un vrai bonheur pour les zygomatiques ! Merci aux éditions "City" pour ce concentré d'humour

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12 juin 2018

L'invitation de Elizabeth Day

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En recevant ce livre, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le rapprochement entre la fête que Ben Fitzpatrick, éminent membre de la gentry britannique organise pour ses 40 ans et celle concoctée pour le mariage de Harry et Meghan. Elizabeth Day révèle tout au long de l'histoire le déroulement de cette soirée, qui va faire voler en éclats une amitié de plus de vingt ans. 
Mai 2015, Martin Gilmour et son épouse Lucy arrivent dans un petit hôtel miteux près du prieuré de Tipworth, où va se dérouler la party de Ben. Ils tentent de comprendre pour quelle raison ils n'ont pas été logés au prieuré, alors que Martin est supposé être le meilleur ami de celui-ci. Le surnom de Martin est d'ailleurs PO (petite ombre) car il est dans le sillage du rejeton Fitzpatrick depuis le collège. Ben et son épouse Séréna ont fait restaurer à grand frais ce prieuré, chassant au passage les moines qui y résidaient. Peu importe les moyens quand on a la richesse. Les invités sont triés sur le volet, il se murmure même que le Premier Ministre va faire une apparition et une armée de serveurs s'emploient à ce que les verres ne soient jamais vides. Tout est luxueux, pas forcément de bon goût, mais coûteux. Petit détail plébéien : des mini-hamburger sur l'emballage desquels figure le prénom du héros du jour. Pour rappel, après le mariage retransmis dans le monde entier de Harry et Meghan, s'est tenue au manoir de Frogmore, une party à laquelle n'ont assisté que 200 invités. Au menu, burgers et barbe à papa. Comme c'est charmant quand les riches s'amusent à faire simple ...

Cette soirée va déraper et tout l'art de l'auteure est de retarder le moment de nous dévoiler de quelle manière. Ce "dérapage" trouve son origine dans le passé des protagonistes, passé qui apparaît par bribes, sous la forme d'interrogatoire au commissariat, de journal intime ou de retours en arrière. Ben Fitzpatrick est au coeur du récit et pourtant nous ne pénètrerons jamais dans ses pensées. Il est la planète principale autour de laquelle gravitent des satellites.

Le premier d'entre eux est Martin Gilmour, orphelin de père, élevé par une mère distante, qui intégrera un établissement privé grâce à ses bons résultats et non en raison d'un don substantiel de sa famille à l'institution. Très rapidement, il comprend que sa survie dépend de sa capacité d'adaptation.Il va y jouer le garçon de bonne famille, même si personne n'est véritablement dupe. Sans que nous sachions vraiment pourquoi, le très populaire Ben Fitzpatrick va le prendre sous son aile. Martin éprouve pour lui bien plus que de l'amitié et s'imagine, avec une certaine naïveté, que cela ne se voit pas.Ce personnage incarne cette envie furieuse qui anime certains de sortir du rang, de leur classe sociale estimant qu'ils valent mieux que des fils à papa, nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Il n'est pas particulièrement sympathique, pathétique parfois dans sa stratégie pour faire partie d'une coterie qui ne sera jamais le sienne.

Le deuxième satellite est Lucy. Elle gravite dans les premiers temps de son mariage autour de Martin et fatalement aussi autour de Ben, qui n'est jamais bien loin. Nous la voyons ouvrir les yeux au fils des pages sur la place qu'elle occupe dans le coeur de son mari et sur la place que leur couple occupe dans l'existence des Fitzpatrick. Issue de la bourgeoisie, elle n'éprouve pas la même fascination que Martin pour les vieilles familles aristocratiques, leur entregent et leur argent facile. Le lecteur éprouve davantage d'affection pour ce personnage, qui mérite bien mieux que les attentions fort rares d'un mari distant.

Elizabeth Day décrit aussi les autres satellites, ceux qui profitent de la lumière de Ben Fitzpatrick et ceux qui s'y brûlent. Au tout début du roman se trouvent trois définitions du mot "party" : fête, parti politique ou groupe partagent les mêmes valeurs ou intérêts. Ce livre orchestre avec maestria les trois. Lors de la party d'anniversaire, le Premier Ministre s'invite et Martin et Lucy apprennent à leurs dépens qu'ils n'appartiendront jamais au club très privé des riches héritiers. 

Roman âpre, souvent grinçant,"L'invitation" dénonce avec force et subtilité l'inanité dans toutes nos sociétés de la belle devise " les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits".

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