01 décembre 2019

L'encyclo à malices NATURE de Hélène & Robert Pince

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Reçue lors de la dernière opération Masse Critique Jeunesse, cette encyclopédie trouvera sa place dans la classe de l'une de mes filles, professeur des écoles. Dans sa bibliothèque, c'est un livre qui peut plaire à tous les élèves. Sept grands chapitres nous présentent différents univers comme les montagnes et vallées, les villes et jardins ou encore les mers et rivages. Chaque page accueille une série d'encadrés indépendant les uns des autres. L'enfant, petit ou grand lecteur, y trouvera des informations sur la faune et la flore, des recettes de cuisine, des expériences scientifiques à réaliser pour mieux comprendre certains phénomènes naturels, des idées aussi de bricolage comme de réaliser des animaux avec des glands et des allumettes ou un crabe sauteur avec un bouchon et une plume de mouette.
Ces encadrés sont toujours pertinents : instructifs, mais en phase avec les centres d'intérêt des plus jeunes. Un dico des crottes et un autre des empreintes permettent de reconnaître les animaux de manière "ludique". De courts textes sur les marmottes et leur embonpoint hivernal ou sur la belette naine ne pesant que 30 grammes sont susceptibles de passionner un public avide de ce genre de renseignements.
Les illustrations ont beaucoup de charme, un côté un peu vintage que j'ai beaucoup apprécié. Les tutos des expériences ou des recettes sont à la fois simples et bien détaillés. Toutefois, la plupart nécessitent l'aide d'un adulte, enseignant, parent ou grand-parent.
Cette encyclopédie pourrait d'ailleurs constituer un très joli cadeau pour des grands-parents soucieux de partager avec leurs petits enfants la confection de confiture de mûres, la réalisation d'un tableau en sable coloré ou d'un sifflet d'écorce, si précieux en randonnée.
Ce livre nous rappelle l'importance de vivre en harmonie avec notre milieu naturel. Et pour cela, rien de tel que de le connaître !

 

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12 novembre 2019

Nos promesses sont éternelles de Camilles Challes

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Lu en quelques heures, ce roman de Camilles Challes raconte le "pétage de plomb" de Justine, une femme très révélatrice de notre société comptemporaine. Notre héroïne se persuade que la fête surprise organisée par son mari pour ses quarante ans et le blender offert à cette occasion sont les éléments déclencheurs de sa crise existencielle. Elle ne se reconnaît pas dans cette "wonderwoman", le blender dans une main pour être la mère parfaite des post Instagram #family et l'iphone dans l'autre pour gérer à distance ses rendez-vous professionnels et coller cette fois-ci avec des posts #workinggirl. Coincée dans son rôle de mère idéale sur laquelle tout le monde compte, épuisée par son rôle d'employée modèle acceptant avec le sourire des dossiers de plus en plus lourds et des deadlines quasi-intenables, en plein doute sur sa relation avec Maxime, son deuxième mari, Justine se dit que son "moi" d'il y a vingt ans, cette élève de Terminale qui pensait que tout était possible, qu'aucun chemin n'était tracé d'avance ne serait pas fière de ce qu'elle est devenue.

Sur les conseils de son amie Claire, une célibattante, elle prend une semaine de RTT et se lance sur les traces de sa bande de copains de Terminale. Ont-ils mieux réussi qu'elle à composer avec l'âge adulte ? Ont-ils réalisé tous les projets qui leur tenaient à coeur à 18 ans ? Justine espère que ce retour dans les années 90 lui permettra de trouver des réponses à son mal-être et de se recentrer sur l'essentiel. Commence alors un road-trip contemporain, piloté à distance par Claire, qui constitue des dossiers sur tous les amis que Justine veut retrouver, lui arrange des rendez-vous avec ceux-ci et va jusqu'à lui réserver tous ses billets de train. On est assez loin de Jack Kerouac :-).

Le lecteur suit avec plaisir Justine dans ses tribulations, il renoue lui aussi avec sa jeunesse, ce temps d'avant les réseaux sociaux. Son exploration ne ramène pas seulement notre personnage principal au temps du lycée, mais bien avant, quand son univers se limitait à ses parents, sa soeur et leur petite vie tranquille dans un quartier résidentiel d'une ville moyenne. Le charme de ce livre est aussi de nous remettre en tête la bande son de l'époque, de nous faire sentir à nouveau le goût chimique du Tang et de nous permettre de revivre les amours adolescentes oscillant entre inquiétude, maladresse et serment de s'aimer toujours ( ou du moins jusqu'aux vacances prochaines).

La plume de Camilles Challes est aussi joliment affûtée sur notre société du paraître et des modes qui disparaissent avant même de s'installer. Certains passages, en particulier sur les réseaux sociaux, sont particulièrement bien vus.

Ma seule réserve concerne les "personnages", sans doute fruits de l'imagination de Justine, qui la guident sur cette route à rebours. Sans doute sont-ils là pour nous avertir que Justine a rendez-vous, au bout du chemin, avec le fantôme d'un être aimé ? Personnellement, je les ai trouvés superflus et même caricaturaux, surtout la diseuse de bonne aventure.

Merci à Camilles Challes pour cette plongée dans les années lycée, celles où les papillons sortent de leur chrysalyde et s'envolent pour les plus solides vers un futur qu'ils imaginent merveilleux. Merci aussi de situer la fin du chemin de Justine en Finistère, à la fin de la terre, sur la plage de la Palue. Rien de pouvait faire plus plaisir à la Bretonne que je suis.

Merci à Slavka, attachée de presse des éditions City, pour l'envoi de ce SP.

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03 novembre 2019

Une autobiographie d'Agatha Christie

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La lecture de cette autobiographie aura été un véritable bonheur, me permettant de découvrir une étonnante personnalité au caractère bien différent de celui que j'avais prêté à "la reine du crime". Enfant rêveuse, d'une grande timidité, elle souffrira toute sa vie quand il lui faudra sacrifier aux mondanités ou, comble de l'horreur, s'exprimer en public. Pour raconter sa vie, elle choisira donc assez naturellement de l'écrire, prévenant tout de suite le lecteur que son ouvrage, hormis l'aspect chronologique, ne sera pas forcément un modèle d'autobiographie. Elle y travaille de temps en temps, trouvant plaisir à se remémorer des épisodes marquants de sa vie. Comme il ne s'agit pas d'une commande, et qu'elle l'écrit à un moment de son existence où elle n'a plus besoin de publier pour subvenir à ses besoins, la rédaction s'étale sur des dizaines d'années et n'obéit pas à un schéma strict. Les souvenirs nous parviennent comme ils affleurent à sa conscience, et certains, particulièrement marquants, reviennent plusieurs fois dans son récit.
Un biographe se penchant sur le destin incroyable de cette femme contextualiserait à coup sûr tous les événements, avec force détails historiques. Agatha Christie se libère de ces contingences, ne balisant sa vie que de quelques dates clés et la scindant ensuite en grandes parties (qu'elle nomme chapitres) pour aller de ses premiers souvenirs d'enfant à ses soixante-quinze ans. Née en 1890 dans un milieu aisé, petite dernière choyée, son éducation se fera au gré des toquades de sa mère et des ennuis d'argent dus à de mauvais placements paternels. Elle apprend à lire toute seule, acquiert quelques notions de mathématique auprès de son père et complétera ensuite sa "formation" dans des écoles privées en France et en Angleterre. Ce parcours "scolaire" peut choquer de nos jours. A l'époque, c'était la "norme" dans leur milieu, une jeune fille devait en savoir juste assez pour "harponner" un prétendant. Très attachée à ses parents, elle ne les voit pourtant que peu. Son univers se limite à la nursery et au jardin, et son quotidien est assuré par une série de nounous qui la marqueront plus ou moins. Ses frère et sœur étant en pension, elle meuble sa solitude en s'inventant des mondes, le premier a pour habitant des "Chatons", les suivants des enfants auxquels il arrive de nombreuses aventures. Sa propension à la rêverie et sa capacité à se suffire à elle même laissent déjà deviner avec quelle facilité elle se glissera dans la peau d'un écrivain.
Agatha Christie porte sur ses premières années un regard amusé, nous dévoilant les us et coutumes d'une époque victorienne jetant ses derniers feux. Paz de critique au vitriol de son milieu, simplement une description détaillée de ses journées. Elle se tiendra à cette relative neutralité pour toutes les périodes de son existence. Agatha Christie n'a pas l'âme d'une suffragette et si elle agit de façon non conformiste, ce n'est jamais avec la volonté de changer le sort des femmes ou de faire évoluer la société. Autre caractéristique de son récit une pudeur que d'aucuns qualifieront de britannique, qui l'incite à ne mettre en avant que le meilleur, éludant ou rappelant seulement par quelques mots les moments les plus durs de son existence.
Agatha Christie le répète souvent, l'écriture n'occupera pas une place centrale dans sa vie. Cette "activité" pour laquelle elle a des facilités lui apparaît au début comme un passe-temps, puis après comme un moyen très simple de se procurer de l'argent par exemple pour acheter une voiture ou une nouvelle maison. Jusqu'au bout, le titre d'écrivain lui paraîtra usurpé. Elle n'a pas le sentiment d'être légitime et continuera longtemps à se présenter comme une femme au foyer. L'écriture de ses romans n'est que la prolongation des histoires qu'elle inventait avec ses Chatons. Elle aime "entrer en rêverie", imaginer des personnages et une intrigue qui plairont à ses lecteurs. La naissance d'Hercule Poirot est un véritable régal à lire, que je vous invite à découvrir.
Les voyages, en revanche, seront au cœur de son existence. Elle découvrira par exemple Bagdad dans les années trente au cours d'un périple qu'elle entreprendra seule, ce dépaysement devant lui permettre d'oublier le chagrin de son divorce. Elle, si "empotée" lors des soirées, affrontera les aléas du voyage avec un flegme sidérant. C'est ce qui séduira séduire Max Mallowan, jeune archéologue de quatorze ans son cadet. Leur mariage, contrairement aux prédictions de certains grincheux sera des plus heureux, Agatha l'accompagnant et l'assistant lors de ses nombreuses missions au Moyen-Orient.
Cette autobiographie, dense et parfois brouillonne, nous donne à voir une rêveuse paradoxalement douée pour l'action, une femme dotée d'un formidable appétit de vivre et d'une indéfectible espérance dans le devenir de l'homme. Quand on compare la situation de la Syrie ou de l'Irak au moment où elle y séjourne avec celle d'aujourd'hui, il est difficile de partager son optimisme sur la nature humaine.
Quand j'ai refermé ce livre, le sourire aux lèvres, j'ai imaginé une dernière fois Agatha Christie à Honolulu dans les années 20, sur sa planche de surf et attendant avec impatience la "bonne" vague. Une image bien loin de la vieille dame anglaise aux tailleurs de tweed et à la permanente frisottée.

                                                          Une lecture coup de cœur !

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30 octobre 2019

La Fabrique de Poupées d'Elisabeth Mc Neal

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La lecture de "La fabrique des poupées" a suivi de très près ma visite de l'exposition " Cabinets de curiosités" aux Fonds Hélène et Michel Leclerc à Landerneau. Après avoir vu des animaux empaillés, je les ai retrouvés dans la boutique de Silas Reed, un des personnages clés du roman d'Elizabeth McNeal. Taxidermiste de son état, il excelle dans sa pratique et ses "créatures" gardent tellement l'apparence de la vie qu'elles séduisent un groupe de peintres, les préraphaélites, dont Louis Frost qui lui achète une colombe qui lui servira de modèle pour un tableau. Ce " Louis Frost", purement fictif, nous permet de découvrir l'émergence de cette tendance picturale car ses compagnons d'aventure, dont le célèbre Millais et son tableau représentant l'Ophélie de Shakespeare, ont eux bien existé.
En parallèle, dans une boutique de poupées, deux soeurs jumelles de 21 ans, triment du matin au soir pour peindre et habiller les jouets destinés aux fillettes de bonne famille. Rose, défigurée par la variole, n'est plus depuis sa maladie la plus jolie des deux. Iris, et sa déformation de la clavicule n'est plus perçue, elle, comme "l'handicapée" de la famille, mais comme une jeune femme à la beauté éthérée et aux cheveux d'un roux flamboyant. Leur couple fusionnel durant l'enfance ne tient plus que par leur sort commun : perdre leur jeunesse à exercer un métier routinier et partager le repas du dimanche avec des parents prompts à récupérer le salaire de leurs filles.
Iris est prête à s'envoler, à quitter ce magasin qu'elle considère comme une prison. Rose, quant à elle, considère l'endroit comme un refuge où dissimuler sa peau grêlée et son oeil mort.
Alby, garçonnet à la Gavroche, va être le lien entre ces différents univers. Il chasse des animaux pour Silas et coud des vêtements de poupées pour la patronne des jumelles. Sans le vouloir, il va mettre en relation Iris à la fois avec Silas et Louis Frost. Traquée par l'un, accueillie par l'autre, la beauté d'Iris les subjugue pour des raisons différentes et le roman prend alors deux chemins distincts, ce qui m'a déroutée : un récit assez classique à la Dickens et un thriller façon Hannibal Lecter. Ce mélange des genres fait du roman un objet hybride, intéressant, mais qui m'a mise mal à l'aise. Je ne lis pas de thrillers, je ne supporte pas la violence "scénarisée", pas plus que je ne la supporte dans la vraie vie. Mon avis est donc mitigé sur ce roman. J'ai apprécié la description du groupe des préraphaélites et l'émancipation d'Iris grâce à la peinture, le Londres de 1850 et la préparation de l'Exposition Universelle. En revanche, l'aspect thriller a failli me faire abandonner ma lecture.

 

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20 octobre 2019

L'Italienne qui ne voulait pas fêter Noël de Jérémie Lefebvre

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L'Italienne qui ne voulait pas fêter Noël est une fantaisie littéraire, une "barbe à papa" lettrée, très vite lue et appréciée. L'image de la barbe à papa, régressive à souhait, m'est venue à l'esprit car l'héroïne, Francesca, étudiante palermitaine, en Erasmus à la Sorbonne m'a rappelé la jeune femme que j'ai été dans les années 90, plongée dans les lettres et le monde des idées jusqu'au cou, et ne voyant plus la réalité qu'à travers le prisme de grilles analytiques dont je ne remettais pas en doute la pertinence.

Francesca noue rapidement une relation avec un de ses professeurs, Serguei, amant d'une nuit et puis ensuite ami, car tout en la caressant tendrement le lendemain de cette unique nuit, il lui révèle son homosexualité et l'existence de son conjoint depuis dix ans, Matthieu, un analyste financier dont il moque l'esprit terre à terre , tout en le jugeant très réconfortant. Avec Francesca, il s'offre une parenthèse sexuelle et intellectuelle. De son côté, la jeune femme, avec la naïveté de son âge, se persuade qu'il peut tomber amoureux d'elle, surtout si elle se montre son égale, voire sa maîtresse dans le domaine de la pensée. Leur première joute intellectuelle concerne la notion d'appartenance : est-elle dangereuse ou nécessaire ? Notre Italienne prétend être affranchie de toute appartenance et n'être pas "déterminée" par ses racines. Pour le prouver, Noël approchant, Serguei, lui demande, tout en rentrant à Palerme pour cette fête, de refuser d'y participer. Voilà qui ne devrait poser aucun problème à Francesca, elle qui a décrit à son enseignant une famille dysfonctionnelle, bien loin de la réalité.
Commencent alors les aventures de Francesca dans sa ville natale, jouant la rebelle ( alors même que dans sa chambre se trouvent encore ses peluches et ses petits coussins brodés). Cette posture intellectuelle est accueillie avec stupéfaction par ses parents, son frère, sa sœur et sa meilleure amie. Chacun à sa manière va ourdir un plan pour ramener Francesca sur le droit chemin, ou plutôt à la table du réveillon et au pied du sapin à déballer les cadeaux. Jérémie Lefebvre multiplie les péripéties, nous montre souvent la même scène, déformée par l'imagination débridée de Francesca ou sa volonté de la faire rentrer dans un schéma littéraire ou philosophique. Elle se prend les pieds dans les idées, comme d'autres dans les tapis et certains passages m'ont beaucoup fait rire.

L'auteur joue avec les clichés, aussi bien ceux sur l'Italie que sur la France. Il se délecte à caricaturer le monde universitaire, qui formate des étudiants, les rendant prompts aux jugements et au dénigrement. Il dresse un tableau au vitriol de la classe politique italienne et le lecteur rit jaune, car certaines pratiques n'existent malheureusement pas qu'en Italie.
Pour revenir à ma barbe à papa, j'attendais la fin avec une certaine impatience, non pas que je trouvais le temps long, mais je me demandais comment Jérémie Lefebvre allait mettre fin à cet "exercice" littéraire. Quand le plaisir du lecteur tient davantage au ton, à l'humour, aux digressions qu'à une histoire au contenu dense, il est compliqué de trouver une conclusion satisfaisante. On a bien la réponse à la question initiale, à savoir si Francesca à passer ou pas le réveillon en famille, mais personnellement, je suis restée sur ma faim. L'auteur nous laisse en compagnie du sourire énigmatique ( façon Joconde) de la jeune femme revenue en France. Et ensuite, serais-je tentée de dire ? C'est un peu comme cela quand on termine une barbe à papa. Au début, elle paraît gigantesque et puis le sucre soufflé fond dans la bouche et ne reste qu'un triste bâtonnet et des mains poisseuses.

Malgré ce bémol, je n'ai pas boudé mon plaisir ! Cette Italienne qui ne voulait pas fêter Noël se savoure comme un film de Woody Allen. Bavard, érudit, drôle, il ne manque pas d'atouts.

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25 juillet 2019

Son espionne royale mène l'enquête de Rhys Bowen

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L'adjectif qui m'est venu immédiatement à l'esprit pour évoquer ce roman est sémillant. Quel régal de se plonger dans une fiction où l'auteure entremêle son histoire à L'Histoire sans aucune pesanteur descriptive, où les personnages sont croqués avec une ironie réjouissante, moqués sans être ridiculisés, où la fantaisie acquiert des titres de noblesse. Avant même de terminer la lecture de ce tome 1, je savais que je me précipiterai sur le suivant.
Nous sommes en avril 1932 en compagnie de Victoria Georgina Charlotte Eugénie, fille du duc de Glen et Rannoch, qui se trouve avoir la langue aussi bien pendue que son nom de famille est à rallonge.Toute juste majeure, elle vient de fêter son vingt et unième anniversaire, son destin semble scellé. Demeurer auprès de son frère dans leur château en Ecosse et finir neurasthénique ou , selon le souhait de la Reine elle-même, épouser Siegfried, prince roumain, de la Maison Hohenzollern-Sigmaringen, aussi ennuyeux qu'un bonnet de nuit.
Une troisième option, totalement inattendue, va se présenter à elle. La Reine Mary la charge d'espionner une intrigante Américaine, Wallis Simpson, qui semble vouloir mettre le grappin sur le prince de Galles. L'Histoire nous prouvera que la Reine avait raison de se méfier ...
Cette mission l'amène à quitter l'Ecosse pour loger temporairement à Londres. Elle débarque, seule, à Rannoch House, sa belle-soeur ayant refusé par souci d'économie qu'une bonne l'accompagne. Georgie va dès le départ vivre de "palpitantes" aventures. Se préparer à manger alors qu'elle entre pour la première fois dans une cuisine, se déshabiller sans l'aide d'une servante ou comble de l'exploit, aller chercher du charbon à la cave. 
Sans un sou en poche, les aristocrates fauchés sont légions, elle va devoir faire preuve de débrouillardise pour manger chaque jour à sa faim, mener l'enquête diligentée par la Reine et en plus, élucider un crime. Un horrible maître-chanteur prétend détenir la preuve que feu le père de Georgie a perdu le domaine de Rannoch au jeu. Notre héroïne a à peine le temps de demander des précisions sur cette affaire à " Binky", son frère, que l'odieux personnage est retrouvé mort dans une baignoire de Rannoch House. J'ai suivi avec bonheur les péripéties de Georgie et put ainsi explorer les us et coutumes de la noblesse anglaise. Si l'auteure ne se montre pas toujours tendre avec les " sangs bleus", le ton reste enjoué. Faire sourire pour dénoncer certains usages me semble une méthode très "fair-play".
Le récit de Rhys Bowen est un petit bijou d'humour britannique. L'héroïne est une jeune femme extrêmement attachante, qui au fil de l'histoire, s'émancipe dans de nombreux domaines.

Vivement la suite !

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14 juillet 2019

La Grande Escapade de Jean-Philippe Blondel

 

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"Bienvenue à bord de notre machine à remonter le temps affrétée par la compagnie Marcel Pagnol et René Goscinny. Notre commandant de bord, Jean-Philippe Blondel, vous souhaite un agréable voyage et me charge de vous dire que notre arrivée est prévue en juin 1975 dans un groupe scolaire, pas très loin de Paris. La météo y est de saison, petite brise et quelques cumulus de beau temps."

Je viens d'achever " La Grande Escapade" et je suis triste comme l'on peut l'être quand on doit quitter un lieu que l'on aime. J'aurais tellement aimé rester cette année-là et être la petite de la bande d'enfants du groupe scolaire. En 1975, les instituteurs, qui ne s'appelaient pas encore professeurs des écoles, étaient fonctionnaires logés et il leur arrivait de vivre en "caserne" comme les gendarmes. Leurs appartements se situaient au- dessus des classes et une fois les élèves partis, les bâtiments devenaient le terrain de jeu des rejetons des maîtres et des maîtresses. J'aurais adoré être le boulet de sept ans, toléré par les grands de peur qu'il aille cafter aux parents les activités secrètes de la bande, comme jouer au loup en courant sur la corniche du groupe scolaire, histoire de flirter avec le danger.

Philippe Goubert ouvre le roman de manière spectaculaire. Sa maladresse légendaire lui a valu de s'emmêler les pinceaux et de chuter de la corniche. Heureusement, il s'est rattrapé et est à présent suspendu à douze mètres du sol. Les pompiers vont-ils arriver avant que ses mains rendues douloureuses par l'effort ne lâchent le rebord de la corniche ? Tout l'art de l'auteur réside dans la manière dont il nous narre cet épisode. Il nous fait partager les pensées du garçonnet de dix ans, fils de la directrice de l'école maternelle, gaucher contrarié et futur écrivain. Il ne cède pas à la panique, protégé par cette croyance enfantine que la mort est une affaire bien trop sérieuse pour concerner les plus jeunes. Il s'imagine que son aventure fera l'objet d'une parution dans la Bibliothèque Verte et sera adaptée en série télévisée diffusée le samedi après-midi.

Au fil du roman, en utilisant habilement le style indirect libre, Jean-Philippe Blondel nous permet de pénétrer la conscience des habitants de cette petite communauté, où les adultes et leur progéniture mènent des existences bien distinctes. En 1975, les enfants vivent leur vie pendant les grandes vacances et les mère n'exigent d'eux qu'une seule chose : d'être rentrés à 18h30 pour la débarbouillette et le repas du soir. Les deux "clans" possèdent meneur, outsider, "pin-up" et "mouchard". Les intrigues ne sont pas si différentes que l'on est dix ou quarante ans. La jalousie, le goût du pouvoir, le manque de tolérance face à la différence sont des sentiments que l'on éprouve à tout âge.
Ce mois de juin 1975 , sans compter les acrobaties de Philippe Goubert, est amené à demeurer dans les annales. Mai 68 a laissé des traces. Le groupe scolaire s'ouvre à la mixité, au grand dam des instituteurs "Vieille France" et voit l'arrivée de Charles Florimont, un dangereux activiste, adepte de la philosophie Freinet, considéré non pas comme l’œil de Moscou mais de l'Inspecteur dont il aurait les faveurs. Gérard Lorrain, directeur de l'école primaire, régnant par la terreur sur les CE2, le considère comme un rival dans son pré carré. L'affaire se corse quand on découvre que le sieur Florimont et la pulpeuse Michèle Goubert se sont déjà rencontrés douze ans auparavant et qu'entre eux couve le feu d'une passion jamais éteinte.Voilà de quoi noircir les carnets de Geneviève Coudrier, maîtresse des CM1, certainement concierge dans une autre vie.

Quel bonheur que la lecture de ce roman ! J'ai retrouvé l'atmosphère de mon enfance, les relations encore très codifiées entre mari et femme, les étés à faire des cabanes et à lire Pif et Rahan, les journées qui s'étirent et ont comme un parfum d'éternité. L'auteur avec un art d'autant plus consommé qu'il est discret nous raconte une tranche de vie à la façon d'un Pagnol ou d'un Goscinny. Les portraits sont tellement justes, poussés presque jusqu'à la caricature pour l'effet comique sans verser dans celle-ci. Les petites vies de ce groupe scolaire sont racontées avec une infinie tendresse et une nostalgie lucide. Les âmes sont mises à nu, mais le ton reste presque toujours de lui de la comédie. La Grande Escapade est l'épisode le plus drôle de l'histoire. Feydeau n'aurait pas renié ce "voyage" extraordinaire, accompli par quatre enseignants du groupe scolaire.

Merci encore à Jean-Philippe Blondel pour cette madeleine de Proust, trop vite dévorée ! Elle a comme un goût de "Revenez-y". Je la verrai bien accompagnée d'un fond de culotte, un verre de Suze Cassis ! (Une blague très en vogue dans les années 70 :-) !)

Parution le 15 août 2019
     

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15 juin 2019

Fanny Cloutier ou l'année où j'ai failli rater ma vie

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Merci aux éditions Kennes pour ce journal intime que j'aurai beaucoup de plaisir à offrir au collège de ma ville. Il aura certainement un grand succès auprès des adolescents. Ce livre est avant tout un bel objet, au détails particulièrement soigné. La couverture rose girly et ses fleurs mises en relief par embossage, le ruban marque-page et le personnage qui apparaît dans la fenêtre centrale sont une véritable invitation à ouvrir ce journal. Fanny Cloutier, l'héroïne, a quatorze ans, presque quinze, précision importante à cet âge, au début de l'histoire. Elle nous dit d'emblée que ce qu'elle sait le mieux faire dans la vie, c'est dessiner et subir les décisions excentriques de son père. 
Ce goût pour le dessin permet à l'auteure, Stéphanie La Pointe, de nous offrir une mise en page et des jeux sur le graphisme tout à fait exceptionnels. Les dessins traduisent les émotions de la jeune fille, de même que les formats des lettres, les couleurs ou les matériaux utilisés. Ce journal comprend des feuilles transparentes, des feuilles soigneusement pliées en quatre où l'on trouve la meilleure recette de sauce spaghetti ou un pacte signé entre Fanny et son père. Stéphanie La Pointe joue sur les codes du journal intime et nous en livre une version plus soignée que dans le réel, profondément touchante.
Le lecteur va partager la vie de l'héroïne pendant quelques mois, de septembre à décembre. le père de Fanny, réparateur de machines à coudre industrielles pour payer les factures, a un don pour comprendre le mécanisme des choses. Ce don lui a permis de découvrir que les méduses Turritopsis stoppent le vieillissement. Les Japonais lui font un pont d'or pour développer cette découverte et il doit partir quelques mois à Kyoto. Fanny prend très mal cette décision qui va l'obliger à quitter Montréal pour Sainte-Lorette où habite sa tante, la soeur de sa mère. Elle prend cet "exil" à la campagne d'autant plus mal qu'elle ignorait l'existence de cette tante. le décès accidentel de sa mère quand Fanny avait trois ans est un sujet tabou. L'adolescente pensait qu'ils n'avaient pas de famille, où du moins qu'elle se réduisait à elle, son père et Albert, son furet. L'auteure se régale à évoquer le quotidien de la jeune fille dans son nouveau domicile. Loin de ses repères habituels, elle doit "se réinventer". de nouveaux parents ( la famille de sa tante), de nouveaux amis, de nouveaux ennemis, de nouveaux amours l'attendent à Sainte-Lorette. J'ai trouvé le récit de toutes ses nouvelles fois parfois un peu convenus, mais le savoureux parler québécois relève l'ensemble. Durant ces quelques mois, Fanny va mûrir, découvrir sa mère au travers des témoignages de ceux qui l'ont connue et connaître les circonstances de sa mort. Cette connaissance lui apportera la force pour avancer et affronter les aventures que son excentrique de père lui réserve pour le futur.
Un excellent moment de lecture ! Un journal intime qui mérite d'être mis entre toutes les mains !

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01 mai 2019

Geneviève de Gaulle, les yeux ouverts de Bernadette Pecassou-Camebrac

  

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Cette biographie m'a beaucoup émue et questionnée. Je connaissais Geneviève de Gaulle comme Présidente de ATD Quart Monde, mais j'ignorais tout de ce qui avait forgé sa volonté jamais démentie de venir en aide aux plus pauvres.

   La nièce du général De Gaulle naît au sein d'une famille aimante et unie. Première fille de Xavier et Germaine De Gaulle., son enfance est marquée par deux drames, le décès de sa mère puis celui de sa jeune sœur. Issue d'un milieu bourgeois, élevée dans l'amour de Dieu, elle semble destinée à devenir une sage épouse et mère de famille. Son apparence de jeune fille modèle, qu'elle conservera jusqu'à la fin de ses jours, ne laisse pas immédiatement deviner son sens exceptionnel des valeurs. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle entre en Résistance, prenant tous les risques au nom de la liberté. Arrêtée par La Gestapo, elle est emprisonnée à Fresne puis transférée au camp de concentration de Ravensbrück en Allemagne.C'est le seul camp réservé aux femmes, érigé en 1938 par Himmler.Ce dernier essaiera d'utiliser Geneviève comme monnaie d'échange pour négocier avec le général de Gaulle et essuiera un refus. La jeune femme sera libérée en même temps que les autres en 1945. Ravensbrück la changera à jamais.

   Dans ce camp, elle va nouer des amitiés qui dureront jusqu'à sa mort. Elle va faire l'expérience d'un univers d'une telle violence et d'une telle inhumanité qu'il aurait pu la faire sombrer, si elle n'avait connu en même temps une fraternité ignorant les milieux sociaux et les appartenances politiques. Cette fraternité deviendra son arme contre tous les maux: l'indifférence que les rescapés des camps subiront quand ils reviendront ou le mépris pour les pauvres qui vivent en périphérie des villes dans des bidonvilles. Au nom de cette fraternité et de l'espérance, qui est le désespoir surmonté selon Bernanos, elle sera de tous les combats, d'abord pour les droits des femmes rescapées, ensuite pour celui des plus démunis.

   Toute sa vie, cependant, elle ne se sentira pas légitime dans ce rôle de représentante des pauvres. Elle confiera souvent à sa fille son sentiment d'être une "usurpatrice". Ses combats occuperont son existence, empiétant sur sa vie d'épouse et de mère. Elle sera parfois tiraillée entre sa lutte contre la pauvreté et son envie de profiter des siens et de jouir d'un peu de tranquillité. Elle cherchera souvent le réconfort auprès de Dieu avec lequel elle s'est réconciliée. De lui, elle avait dit qu'il était resté en dehors des camps avant de nuancer son propos.
Il ne fait aucun doute que Geneviève de Gaulle a été une femme exceptionnelle et sa panthéonisation en 2015 est la reconnaissance d'un parcours que chacun de nous doit saluer. Ce qui m'a dérangée dans le travail de Bernadette Pecassou-Camebrac, c'est le côté "image pieuse" qu'elle donne de Geneviève de Gaulle. Il est vrai qu'un dossier de canonisation comme Sainte de l'église catholique a été ouvert pour elle, et arrêté ensuite faute de postulateur.

   L'auteure de cette biographie d'une grande richesse nous offre un portrait sans aspérité de Geneviève de Gaulle, à croire qu'elle n'a jamais éprouvé que les plus nobles sentiments. Trop de perfection désincarne cette femme que j'aurais tout autant aimé si elle m'était apparue plus humaine, avec ses failles, ses défauts petits ou grands, ses moments de doute ou de maladresse. Hormis ce bémol, je vous encourage à lire cette biographie qui évoque une réalité toujours tristement d'actualité, le sort réservé aux exclus de notre société.

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24 février 2019

Transcription de Kate Atkinson

Source: Externe

La couverture est belle et assez mystérieuse. Vous découvrirez un flamant rose dans le roman de Kate Atkinson, mais sous une forme assez inattendue... J'attendais beaucoup de ce nouveau roman d'une auteure que j'aime beaucoup. L'histoire d'une jeune oiselle Juliette Amstrong, recrutée par le MI5 en 1940 ne pouvait que me séduire sur le papier. Dans la réalité, j'ai peiné à terminer cette lecture, tout en reconnaissant que le roman est intéressant et extrêmement (peut-être trop) documenté.sur les années 40 au sein du MI5 et les années 50 à la BBC. Je n'ai en revanche pas saisi l'intérêt de débuter et de clôturer l'histoire par une Juliette de retour à Londres dans les années 80.
L'héroïne, jeune Londonienne de 18 ans occupe tout d'abord un poste "administratif" au sein du service de renseignement britannique.. Elle fait partie d'un groupe qui occupe l'appartement voisin du lieu de rendez-vous de membres de la Cinquième Colonne. Leurs conversations sont enregistrées et Juliette est chargée de les retranscrire avec sa machine à écrire. Peu à peu, elle monte en grade et devient agent double, chargée d'infiltrer les milieux des sympathisants de l'Allemagne Nazie. Elle change d’identité et de personnage au gré des missions. Sa naïveté en fait une Candide ( pour ne pas dire parfois une Bécassine) dans le monde de l'espionnage et du contre-espionnage. A cette occasion, j'ai retrouvé l'humour british de Kate Atkinson.
Une ellipse temporelle nous transporte dans les années 50, à la BBC. Juliette y travaille au service des émissions pour enfants. L'auteure nous entraîne avec un plaisir évident dans les coulisses de cette radio mythique. La guerre semble alors rattraper Juliette. En effet un corbeau menace de se venger pour des événements survenus alors qu'elle transcrivait les propos haineux de citoyens en apparence lambda. Elle mène son enquête pour découvrir l'identité de celui-ci et nous prenons connaissance de certains épisodes troubles de son passé d'espionne. 
Kate Atkinson cite à la fin du roman toutes ses sources. Elles sont impressionnantes. Ses connaissances du MI5 et de la BBC sont à l'évidence très pointues. Il me semble, mais ce n'est qu'un jugement personnel, qu'à vouloir trop nous faire partager tous les détails sur ses deux "institutions", elle n'est alourdi et ralenti son récit. Une lecture en demi-teintes. alors que le sujet était extrêmement prometteur.


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