20 septembre 2017

Un astronaute en Bohème de Jaroslav Kalfar

Source: Externe

" Printemps 2018. Du sommet de la colline de Petrin, par une chaude après-midi d'avril, la nation tchèque assista au décollage de la navette JanHus1 depuis un champ de pommes de terre nationalisé."

Le ton de ce livre est donné : les pieds enfoncés dans le réel, la tête dans les étoiles. En ce jour que le gouvernement souhaite glorieux, destiné à prouver aux pays plus puissants que la Bohème joue aussi dans la cour des Grands, Jakub Prochazka est propulsé dans l'espace. Il a pour mission d'atteindre un nuage de poussière cosmique, un phénomène nommé Chopra, d'en rapporter des échantillons pour analyse, et au passage, de rappeler que son pays est à la pointe de la technologie. Sur Terre, l'appareil d'Etat a tôt fait de transformer ce trentenaire, spécialiste de l'espace, en un héros au visage et au passé bien lisses, un Thomas Pesquet dialoguant depuis sa navette avec des personnes lambdas et sommé de toujours montrer, malgré les difficultés, un optimisme béat.

Le lecteur est immédiatement plongé dans la conscience de Jakub, vit avec lui cette extraordinaire odyssée et ses à-côtés peu glorieux. Dès les premiers instants par exemple, l'astronaute est taraudé par la soif, ayant refusé de boire avant le décollage pour que la pureté de sa mission ne soit pas entachée par l'urine relâchée dans sa tenue à absorption maximale. Le voyage vers Chopra s'annonce très long et les jours s'étirent lentement. L'astronaute pense à sa femme Lenka, se demande comment elle va gérer leur séparation momentanée. Leur mariage a été l'union de deux solitudes et chacun constitue presque "tout" pour l'autre. A-t-il bien agi en acceptant cette offre aussi excitante que dangereuse ? S'il a dit oui, c'est peut-être moins pour l'intérêt scientifique de la mission que pour racheter par un acte héroïque le passé de son père. Celui-ci appartenait à la police de l'Etat communiste et a torturé plus d'un homme suspecté de sédition par le régime. 

Les semaines passent et Jakub se plonge de plus en plus dans ses souvenirs : sa relation avec ses grands-parents et le quotidien dans leur ferme, l'accident mortel qui a permis à son père d'échapper à un procès après la chute du Mur, mais l'a rendu orphelin, cet ancien détenu qui fait intrusion chez ses grands-parents pour leur annoncer qu'ils vont tous payer pour les horreurs commises par le père de Jakub. L'astronaute s'enfonce dans son passé et ne peut plus se raccrocher au présent, Lenka a quitté leur domicile et ne veut plus communiquer avec lui. Dans cet état, loin de chasser de son esprit, l'étrange créature ressemblant à une araignée qui s'est introduite dans le vaisseau, il noue avec elle des relations d'abord teintées de méfiance, ensuite franchement amicales. Jaroslav Kalfar nous offre un portrait d'extra-terrrestre à la fois original et loufoque. Son addiction au Nutella n'est pas la moindre de ses particularités. 

La navette arrive près du nuage de poussières et tout se dérègle, la mission vire à la catastrophe. L'astronaute est contraint de s'éjecter dans l'espace et de devenir un cadavre momifié en orbite. Et si cet épisode marquait non pas la fin de l'histoire, mais uniquement un tournant de celle-ci...

Ce roman est multiple et foisonnant, mélange de réalisme où affleure la nostalgie et d'épopée spatiale. Il fourmille de détails, de descriptions tantôt triviales, tantôt poétiques. L'humour est souvent présent, tempéré par une réflexion sur l'influence de notre hérédité sur les choix de vie que nous faisons.

Un excellent roman

Lu en numérique via Netgalley

Posté par Albertine22 à 00:00 - Commentaires [2] - Permalien [#]


16 septembre 2017

Le chemin du diable de Jean-Pierre Ohl

Source: Externe

Pour pleinement apprécier ce récit, il a fallu que" j'ajuste ma focale" de lecteur. M'ayant été proposé comme un roman policier, j'avais déjà en tête une "grille de lecture". Il est vrai que la quatrième de couverture évoque un squelette mis au jour en drainant un étang. Il pourrait s'agir de lady Beresford, disparue vingt ans plus tôt à Darlington dans le Nord de l'Angleterre. Son corps, un poignard fiché dans la cage thoracique, n'aurait jamais été découvert si au printemps 1824 ne se construisait la première ligne de chemin de fer. Cet étang, situé sur le tracé, doit disparaître pour que le chantier puisse se poursuivre. Ce cadavre est bien embarrassant, il réveille de vieilles histoires, révèle de sombres secrets et freine aussi la "marche" du progrès. 

La recherche de l'assassin ne va pas constituer, loin s'en faut, le fil conducteur de la narration. Jean-Pierre Ohl nous décrit surtout l'Angleterre au temps de la révolution industrielle, à une époque charnière où le progrès est vu d'un mauvais oeil par les hobereaux de province, par les plus pauvres qui n'en ressentent aucunement les bienfaits, mais séduit certains capitaines d'industrie peu scrupuleux. Cette peinture, extrêmement détaillée, rappelle les romans d'Anthony Trollope. Je n'ai pas saisi toutes les allusions historiques, faute de connaissances suffisantes.

J'ai préféré aux références historiques le point de vue des multiples personnages sur cette année 1824. L'histoire se déroule à Londres et à Darlington. Dans la capitale, nous suivons Charles Dickens, âgé de douze ans, dont la famille est en prison pour dettes et qui gagne quelques sous dans une fabrique de cirage. Nous entrons aussi dans l'intimité de Leonard Vholes, par le biais de son journal intime. Le lien que cet individu assez inquiétant entretient avec les Beresford se précise tout au long du roman. A Darlington, Edward Bailey, trentenaire plus connu pour sa propension à faire la fête que pour ses talents de notaire, est nommé juge de paix, en charge d'élucider l'affaire du squelette de l'étang. Il forme un duo très plaisant avec Snegg, son clerc de notaire. Rien n'est fait pour leur faciliter la tâche tant les intérêts en jeu sont multiples. Coincés entre les tenants du progrès et ceux qui sont persuadés que le chemin de fer est celui du diable, ils avancent vaille que vaille à la recherche de la vérité. L'affaire intéresse aussi les ouvriers et nous permet d'en découvrir quelques-uns.

Je me suis perdue dans ce roman d'une grande richesse, ne parvenant plus à certains moments à identifier les nombreux personnages, égarée entre toutes les pistes narratives : enquête policière, hommage au roman gothique, peinture à la Trollope. Cette abondance a fini par me submerger, et pourtant l'ensemble est très bien écrit et parfaitement construit.

 

Une lecture en demi-teinte

Posté par Albertine22 à 00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

12 septembre 2017

Un bon écrivain est un écrivain mort

Source: Externe

   J'avais renoncé à acheter ce livre, en raison d'avis plutôt mitigés sur la blogosphère. Un ami me l'a prêté et il a eu bien raison. J'ai toujours aimé les pastiches et Guillaume Chérel nous régale ici de sa version des "dix petits nègres" d'Agatha Christie. Le début du roman est particulièrement savoureux. Dix auteurs très connus, qui monopolisent l'attention de tous les médias à chaque rentrée littéraire (et ce que leur "production" de l'année soit excellente ou médiocre) sont en partance pour un monastère situé dans Les Alpes-Maritimes. Ils sont invités par un mystérieux mécène, qui a transformé le lieu en résidence pour écrivains. Eux n'y séjourneront que le temps d'un week-end, avec pour seule obligation de participer à une rencontre littéraire, animée par un certain Augustin Trapenard. Chacun d'eux a reçu une invitation personnalisée de Monsieur "Un Cognito", les flattant dans le sens du poil pour les inciter à accepter sa proposition. Le deuxième chapitre donne tout de suite le ton. Nous sommes dans le train avec Frédéric Belvédère. Le tortillard  permet de découvrir des paysages grandioses. Encore faudrait-il que l'écrivain lâche sa flasque de whisky et sa lecture distraite de Nice-Matin pour ouvrir les yeux sur son environnement. Michel Chérel a l'amour vache, le portrait qu'il esquisse du célèbre "dandy" parisien est très drôle, mais caustique. "Il avait compris très jeune que dans cette société du spectacle fondée sur l'apparence et le divertissement, faire rire, avoir de l'esprit pouvait aisément passer pour de l'intelligence".

   Les autres participants ne sont pas davantage épargnés, Amélie Latombe et son chapeau, Christine Lego et sa hargne, Jean de Moissons et son érudition sentant la naphtaline. L'auteur a choisi dix écrivains, qui saturent l'espace médiatique. S'il leur taille à tous des croupières, l'on perçoit cependant qu'il éprouve une certaine affection pour certains d'entre eux. La "vacherie" se mêle de tendresse pour Michel Ouzbek ou Delphine Végane par exemple.

   Arrivés à destination, notre "pléiade" n'est pas accueillie par leur hôte, retenu par ses affaires. Le monastère, qui tient plus du château gothique que de l'hôtel de luxe, devient le théâtre d'un huis-clos, tournant au jeu de massacre. Une voix, comme venue d'outre-tombe, les accuse du pire des crimes :
" Vous, tous ensemble comme un seul, et même ceux d'entre vous qui possédaient un certain talent au début, je vous accuse d'avoir bénéficié d'une chance insolente et de réseaux d'aide incroyables pour vous hisser au firmament du monde littéraire pour finalement n'y briller que par votre vacuité, votre arrogance et votre prétention".

   Le week-end, effectivement, va voir nos écrivains disparaître les uns après les autres, généralement piégés par là où ils ont pêché. Rien de sanglant, ni de morbide. Le "Néant" semble les engloutir pour les punir de la place exagérée qu'ils ont tenu de leur vivant dans le monde des Lettres. Au moment de la rentrée littéraire, leur absence va être remarquée, mais le vide vite comblé. Je ne vous en dirai pas plus, c'est sans doute le passage que j'ai trouvé le plus drôle, mais aussi le plus inquiétant.

   Le roman de Guillaume Chérel est un peu inégal. Il démarre très fort puis s'essoufle, à mon avis, lors du week-end au monastère. J'ai cependant beaucoup apprécié les réflexions sur la création littéraire, sur le statut de l'écrivain, sur le "fonctionnement" parfois aberrant du monde de l'édition. Derrière le rire, l'on devine une critique assez désabusée du "grand cirque" qu'est devenue notre société.

 

Source: Externe

 

 

 

 

Posté par Albertine22 à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

08 septembre 2017

Avant tout, se poser les bonnes questions de Ginevra Lamberti

Source: Externe

Le roman de Ginevra Lamberti me permet de mettre en avant une deuxième fois les éditions du Serpent à plumes. Après "Leçons de grec" et Séoul écrasée par la canicule, nous voilà transportée dans une Venise comtemporaine, bien loin de l'image des cartes postales. Ces deux récits, extrêmement différents ont cependant des points communs : une écriture singulière, une narration complexe qui amènent le lecteur à " s'accrocher", à "cogiter", à se poser des questions. (Les bonnes ? Je l'ignore, mais se creuser les méninges est toujours intéressant.)

L'auteure et le personnage principal se ressemblent énormément, il est évident que le livre a un caractère autobiographique. Certaines situations sont peut-être poussées à l'extrême pour dénoncer une société dont le fonctionnement tourne à l'absurde. Gaia, une jeune trentenaire, a toujours un pied à l'université. Etudiante en langues rares, elle retarde le moment de mettre la dernière main à sa thèse. Il faut reconnaître que le monde du travail ne l'attend pas à bras ouverts. Ginevra Lamberti nous décrit des jobs précaires, des  jobs "galère" avec un humour féroce. L'univers des call center, par exemple, laisse le lecteur pantois, partagé entre le rire et la consternation. Le rôle "d'ouvreuse" dans un restaurant atteint lui aussi des sommets dans "L'absurdie". Comment se construire, grandir, s'émanciper de ses parents quand l'Italie n'offre à ses jeunes adultes aucune perspective d'avenir ?

Gaia évoque très souvent ses "géniteurs", le terme semblant mettre à distance son père et sa mère. Quand elle se remémore son enfance, certains passages sont assez flous, comme les séjours de son père dansce qui semble être un hôpital psychistrique. Le personnage navigue entre l'un et l'autre, puisque son géniteur est séparé de sa génitrice. Le père est un "personnage" débordant de vie, toujours en mouvement, toujours une blague aux lèvres, même dans les pires moments, toujours borderline. La mère est plus posée, tentant de gagner chaque jour de quoi échapper à la précarité. Cette omniprésence des parents montre bien la difficulté de s'émanciper quand on n'a pas d'emploi et donc pas d"argent pour être vraient indépendant.

Venise et ses alentours ne sont pas parés des atours pour les touristes. Le personnage principal nous oblige à regarder dans les coulisses et ce qu'on y voit n'est pas réjouissant : une ville polluée, des commerces tournés uniquement vers les touristes, au détriment des Vénitiens de souche, la beauté des lieux que l'habitude finit par occulter. Gaia erre de colocation en colocation. A son âge, ses parents auraient eu besoin de faire appel à des déménageurs pour changer de maison. Elle transporte ses maigres possessions dans des cagettes. 

Ginevra Lamberti nous dépeint une Italie désenchantée, où son personnage principal succombe fréquemment à des crises de panique. Comment de pas avoir peur dans un monde régi par des règles de plus en plus incompréhensibles.? Gaia avance, armée de son bouclier fait d'humour et d'autodérision. Parfois, il ne suffit pas à la protéger et ses blessures nous rappellent à quel point le monde du travail est devenu destructeur pour ceux qui commencent leur vie professionnelle.

Une plume à la fois astringente et sensible !

Posté par Albertine22 à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

05 septembre 2017

Presqu'île de Vincent Jolit

Source: Externe

   Le livre de Vincent Jolit est déroutant, plus d'ailleurs par sa forme que par le fond. Le narrateur se remet d'une opération délicate et douloureuse à l'oreille. Il a pris soin d'amener avec lui un exemplaire de "La Recherche" de Marcel Proust, mais comme à chaque hospitalisation, il n'en lira pas une ligne. Sa démarche cependant pour échapper à sa chambre, aux machines auxquelles il est relié, est toute proustienne. Il regarde le ciel par la fenêtre et se souvient. Le revoilà sur la presqu'île de son enfance, chez sa grand-mère adorée.

   Pour ne pas épuiser trop vite son "capital" souvenirs, il se remémore les lieux petit à petit, pièce après pièce. Il détaille, avec un souci qui peut sembler maniaque, cette maison un peu particulière. Restaurant panoramique, reconverti en boucherie, la distribution des pièces est assez curieuse. Le narrateur est parfois ramené à la réalité de façon brutale, à la merci d'un soin ou du réveil de la douleur. La narration est alors en suspens, la phrase s'arrête alors qu'elle n'est pas terminée. Quand notre personnage repart au "petit pays" de son enfance, il lui arrive de reprendre un épisode déjà évoqué. Ce n'est jamais réellement une répétition, la mémoire le restitue toujours avec d'infimes variantes. 

   Dès le début, l'on perçoit l'importance de la grand-mère. Le narrateur la fait revivre par touches pointillistes, puis lui accorde des passages beaucoup plus longs. Elle est, pour le garçonnet, comme le mimosa du jardin. Lui seul soupçonne, derrière ses tenues neutres et pratiques, que sa grand-mère est un soleil, le baignant de sa tendre chaleur. L'homme adulte, alité et souffrant, repense aux moments partagées avec elle. Beaucoup sont d'une grande simplicité et me rappellent ma propre enfance. Il a grandi et acquis de nombreuses connaissances. Son goût pour la littérature et la peinture se superpose aux images surgies du passé. Le mimosa du jardin de sa grand-mère devient indissociable de celui du tableau de Pierre Bonnard, "L'atelier au mimosa". D'ailleurs Pierre Bonnard et Marcel Proust semblent les deux figures tutélaires de ce singulier roman. Certains passages ressemblent à des esquisses de tableaux, d'autres ont la syntaxe et le vocabulaire riche et précis d'un écrivain érudit.

   Je ne suis pas certaine que ce livre trouvera forcément de nombreux lecteurs. Je me demande si d'ailleurs tel est l'objectif de Vincent Jolit. Son roman tient de l'expérience littéraire, mais vibre pourtant d'une poignante sincérité. Je conçois qu'il puisse déconcerter. Moi, j'ai beaucoup aimé. J'ai retrouvé en quelque sorte mon mode de fonctionnement : ce prisme de la culture qui, au coeur des actions les plus quotidiennes, me ramène souvent à un livre, un poème ou un tableau.

 

Lu en numérique, via Netgalley

Posté par Albertine22 à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :


30 août 2017

moi après mois

Août

Source: Externe

 

Mettre dans un joli vase un bouquet de dahlias du jardin de C. Certaines fleurs sont d'un violet flirtant avec le noir / Tester une tarte oignons confits, chèvre, noix et se régaler / Attraper un monstrueux coup de soleil en jouant à la marchande à un vide-grenier, pile sur le décolleté, être tatouée d'un V écarlate / Découvrir le premier roman de Nathan Hill " Les fantômes du vieux pays" et s'émerveiller / La Collection du Monde Entier (Gallimard) a des couvertures somptueuses / Les contempler, c'est déjà entrer dans l'univers du livre / S'inviter dans "La salle de bal"  de Anna Hope / Voir la reprise du travail arriver à toute vitesse / Se faire la promesse de ne plus accepter de service de presse pendant un moment, le temps de prendre mes marques dans mon nouvel établissement / Craquer presque immédiatement pour deux romans policiers / Promis, juré, craché, ce sont les derniers... avant la prochaine fois / Une mini-série "Le mari de la ministre" sur Arte. J'ai adoré ! Commentaires de Mister H. de de Grand Chat : " C'est mou", "En fait, il se passe rien" / B. ou l'art de transformer son existence en épopée drolatique. Dernier épisode : B. et son cubi de vin rouge bio / Le potager de mon père, ce jardin de Cocagne / Au coeur du mois d'août, la barbarie frappe encore, révélant sa part d'ombre dans la lumière estivale  / Se rendre à une exposition mêlant peintures et broderies au château de Tronjoly : explosion de couleurs et de matières / Constater, fataliste, que Titou, le chien de la maison, est devenu mon pot de glu / Se questionner sur la notion d'échec / Préparer pour Bibiche et Grand Chat une crème mic mac et un gâteau de Savoie, dessert emblématique de mon enfance / Fêter avec bonheur l'anniversaire d'E. / Donner du temps au temps pour se réparer / Un ordi 27 pouces au boulot, expédier une photo de la "bête" à Mister H. et rire de son sms en retour : "la vache !" / Retrouver dans la notice du taille-haie une photo de moi, prise il y a 19 ans / Mister H. et son sens très particulier du rangement  / Déposer à la poste des colis contenant "Plage Sainte-Anne" et de petits patchworks d'inspiration bord de mer / Mes mots partent en voyage, merci les amies./ Mes grandes filles vont bientôt quitter le nid. / Se consoler en pensant qu'en février, nous serons tous les quatre à Rome / Développer une allergie sévère à l'expression "Développement personnel"/ Un nouveau poste, c'est aussi un nouveau mug : un oiseau stylisé sur fond bleu / C'est la fin des vacances pour la maisonnée, le début aussi d'une année riche de changements pour tous. / Terminer sur un air qui me trotte dans la tête, le baiser d'Alain Souchon chanté par Vanessa Paradis : "Le vent de Belgique -Transportait de la musique -Des flonflons à la française -Des fancy-fair à la fraise ".

 

 

Source: Externe

 

 

 

Posté par Albertine22 à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

28 août 2017

Leçons de grec de Han Kang

Source: Externe

   Je viens de tourner la dernière page de ce roman. Je regarde, une nouvelle fois, sa couverture, si belle et épurée et je me dis qu'avec Han Kang, je n'ai pas suivi de lecons de grec mais une leçon de lecture. Plus d'une fois, j'ai été tentée d'abandonner ce livre, face à un passage hermétique pour moi. A chaque fois, j'ai été rattrapée par une phrase, un paragraphe, un chapitre d'une absolue limpidité, confinant à la grâce.

   Un mois de juillet chaud et moite à Séoul. Le cours de grec ancien dispensé par l'un des principaux protagonistes n'est plus suivi que par quelques personnes. Le professeur porte des lunettes aux verres très épais. Aucun de ses étudiants ne connaît son secret.Il est atteint d'une maladie dégénérative et perd lentement, mais inexorablement la vue. Le diagnostic a été posé très tôt et depuis, cet homme vit avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Han Kang suggère plutôt qu'elle ne montre les incidences de cette cécité programmée sur les choix de vie qu'il a pu faire. Toute sa famille a quitté la Corée du Sud pour l'Allemagne alors qu'il était adolescent. Il a décidé d'y revenir, seul, alors que sa maladie, a énormément progressé. Ce retour au pays de sa naissance, ce bain linguistique dans sa langue d'origine semblent apaiser sa peur grandissante du moment où il va basculer dans l'obscurité.

   Une de ses étudiantes l'intrigue, une femme entre deux âges, de noir vêtue, qui ne parle jamais. Elle ne répond à aucune question, il en conclut qu'elle est muette. Cet autre personnage souffre d'un handicap plus complexe. Les mots se refusent à sortir de sa bouche. Ils sont là, quelque part, mais "la chose" est revenue. Cette "chose" apparue à l'adolescence est un blocage au niveau de la parole, un mutisme inexpliqué, la privant de toute vie sociale, lui ôtant ce qu'elle a de plus cher et de plus douloureux, sa passion pour le langage. Très jeune, elle a été fascinée par les mots, par leur extraordinaire richesse. Fascinée et effrayée. Pour elle, un mot de travers est une blessure. Ce rapport ambivalent à sa langue l'a amenée à ce cours de grec ancien. Elle espère que l'apprentissage de celui-ci, extrêmement ardu, va lui permettre de s'extirper de sa gangue de silence.

   Cet homme et cette femme sont comme deux papillons de nuit tournant autour d'une source de lumière. Ils sont attirés par celle-ci alors même qu'elle a le pouvoir de les détruire. Pour l'homme, cette source porte un nom : Joachim Grundel. Il a fui l'Allemagne pour échapper au désir ardent de celui-ci. Pour la femme, cette source est peut-être sa trop grande aspiration à une langue débarrassée de toute scorie. Durant ces quelques semaines en suspens, dans cette grande ville, écrasée par la chaleur, le presque aveugle et la fausse muette, deux corps exprimant par leurs symptômes des personnalités complexes, vont se chercher à tâtons et se trouver.

   Le style de l'auteure est particulier, parfois réaliste, épinglant  sans concession ses contemporains, parfois d'une poésie épurée. Ce sont ces instants de lecture, ces fulgurances, que je retiendrai surtout de ce roman. La fin est un véritable bijou.

 

Une lecture âpre, sombre, parsemée d'éclats de lumière

 

Merci aux éditions du Serpent à plumes pour cette découverte

Posté par Albertine22 à 00:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags :

23 août 2017

Leur séparation de Sophie Lemp

Source: Externe

   Une fois la dernière page arrivée, trop vite à mon goût, je n'étais pas certaine de mon ressenti. Ce récit autobiographique, raconté avec simplicité, peut apparaître au premier abord terriblement banal. L'auteure a dix ans en 1989, quand ses parents se séparent. L'entité "papa-maman" vole en éclat et elle mesure son impuissance à recoller les morceaux. Cette séparation est "la leur", mais cette famille désunie, avec elle comme seul trait d'union, demeure à vie "la sienne". Sophie Lemp laisse son enfance revenir des limbes de sa mémoire : les Noël et les vacances, les grands-parents encore présents, l'appartement de la rue Monge où chaque pièce a été le témoin de ses dix premières années. Elle réalise avec le recul que son existence a connu un avant et un après. Un avant où ses parents étaient indispensables, toujours présents pour elle sans exiger de retour. Comme tout enfant, elle ne les voit que comme papa et maman,sans se soucier vraiment de savoir quelle est leur personnalité, s'ils ont heureux ou pas, s'ils traversent des périodes de doute ou si des envies de prendre la tangente leur donne le vertige. Cette séparation va la contraindre à les considérer différemment, comme deux individus distincts qu'il lui faut découvrir.

   Sa mère reste dans l'appartement familier, son père emménage un peu plus loin, dans un logement agréable, mais où les lieux, les objets sont trop neufs pour avoir une histoire. La fillette va apprendre à naviguer entre ces deux endroits, à partager le quotidien de ses parents solos, à compartimenter sa vie. Elle tente d'établir des passerelles entre ces deux univers. Ce serait tellement plus facile pour elle, cela semble impossible pour eux. Devenue adulte, ce sentiment ne la quitte pas. Elle voudrait que ses parents, dans certaines circonstances, par égard pour elle et leurs petits-enfants, se rapprochent brièvement. Elle se heurte toujours à la même impossibilité, ils ne veulent ni ne peuvent retrouver la complicité qui les a unis.

   Les souvenirs affluent, jaillissent du carnet de sa grand-mère maternelle. Les photos lui montrent que ses parents se sont aimés, que leur vie à trois a existé, que le bonheur, alors, n'était pas feint. Sophie Lemp explore ce passé, cette décennie dont elle ne parvient pas à faire son deuil. Ses parents ont refait leur vie chacun de leur côté, sans pour autant la délaisser. Ils ont recréé des familles, comme si celle d'avant, la leur, n'avait jamais existé. L'auteure a choisi de ne pas leur donner la parole, de nous confier uniquement son sentiment sur cet événement qui a bouleversé sa vie. Cette séparation reste une blessure jamais cicatricée. Ce livre parle d'une blessure encore ouverte, avec pudeur et sans pathos. Il n'en est que plus émouvant.


Lu en numérique via Netgalley

Posté par Albertine22 à 00:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

20 août 2017

Hôtel du Grand Cerf de Franz Bartelt

"Elle respira la nuit, en renversant sa tête en arrière. Les étoiles lui tombèrent dans les yeux. Elle en fut comme éblouie."

Source: Externe

 

 

Quel bonheur de découvrir Franz Bartelt ! Sur les conseils fort avisés d'un libraire, je me suis lancée dans la lecture de ce roman policier. Roman policier ? L'appelation est ici réductrice tant pour la narration qui se joue des codes du genre que pour le style, parfois "brut de pomme", parfois d'une merveilleuse sensibilité.

L'hôtel du Grand Cerf se trouve à Reugny, au coeur des Ardennes. La bierre y coule à flots, mais la parole est plus rare. Les langues ne se délient pas facilement, surtout devant les étrangers au village. Les secrets y macèrent, certains depuis la Seconde Guerre Mondiale. Tout va pour le mieux dans ce panier de crabes. Seulement, le douanier du coin, Jeff Rousselet, dont le passe-temps est de consigner sur des sous-bocks de bière les petites et les grandes infamies des habitants, est retrouvé, la tête explosée d'un coup de fusil. Quel crabe a-t-il pris peur ? Serait-ce Richard Lépine, directeur du Centre de Motivation, une sorte de Koh-Lanta pour cadres supérieurs, supposé en faire des mâles alpha. Son passé est trouble et sa volonté de racheter le village morceau par morceau assez étonnante. Il s'agit du suspect le plus évident, mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Nombreux sont les habitants qui ont quelque chose à se reprocher, Léontine Londroit est en haut de la liste. A 86 ans, coincée dans son fauteuil roulant, elle n'en continue pas moins à diriger l'hôtel du Grand Cerf. Depuis la mezzanine, elle observe les agissements de sa fille et de sa petite-fille, compte les pintes et surtout écoute d'une oreille attentive les informations qui échappent aux gueules saoules. Son établissement a connu une heure de gloire tragique dans les années 1960. Une star du cinéma, Rosa Gulinger, a été découverte, noyée dans la baignoire de la chambre qu'elle occupait au Grand Cerf. Reugny était le lieu de tournage de son dernier film. La police locale a très (trop) vite conclu à un accident, lié au penchant pour la bouteille de la vedette.

Deux morts à deux époques différentes amènent dans ce lieu reculé Nicolas Tèque et Vertigo Kulbertus. Le premier, journaliste à la petite semaine, se renseigne sur Rosa Gulinger pour le tournage d'un documentaire. Le deuxième, inspecteur à quatorze jours de la retraite, est chargé d'élucider le crime du douanier. Chacun à leur manière, ils vont oeuvrer pour que la vérité éclate. Ils doivent unir leurs forces car les crimes s'enchaînent à une vitesse alarmante. A la nonchalance de Nicolas répond la tonitruance de Vertigo. Le personnage de l'inspecteur, dont la spectaculaire obésité, ferait presque oublier l'intelligence acérée, est haut en couleur, un mélange de provocation et de sentimentalisme exacerbé.

L'enquête suit son cours, tissant des liens entre le passé et le présent, les fantômes sortant peu à peu des placards. Le lecteur, lui, se régale. Il s'exclaffe à la lecture des dialogues savoureux et cède à l'émotion quand Franz Bartelt évoque la nature, en de petits tableaux d'une incroyable poésie.


Un roman que j'ai adoré

Posté par Albertine22 à 00:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

16 août 2017

Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill

Source: Externe

Le roman de Nathan Hill est une somme, le résultat d'une addition improbable mais réussie. L'ensemble débute est une féroce critique des médias contemporains. Au Etats-Unis, en 2011, le Gouverneur Packer, candidat à la présidentielle, est victime d'un "attentat". Du moins est-ce ainsi que les journaux télévisés qualifient le fait qu'une femme âgée ait jeté des poignées de gravillons sur le politicien alors qu'il traversait un parc. Faute d'informations fiables, la machine médiatique s'emballe, des "experts" s'expriment ad nauseam, des schémas expliquent de façon scientifique la trajectoire des projectiles, le passé de la vieille dame est fébrilement recherché et très rapidement, de raccourci en raccourci, elle devient CALAMITY PACKER, UNE HIPPIE EXTREMISTE,PROSTITUEE ET ENSEIGNANTE.

Ce portrait à charge est une caricature grossière pour faire le buzz,nourrir d'un brouet faisandé un public toujours plus avide de sensationnalisme et de réponses immédiates et simplistes. Faye Andresen-Anderson est jetée en pâture aux Américains, sans que son fils Samuel soit au courant de la situation. Sa mère a quitté le domicile conjugal,  lorsqu'il avait 11 ans, l'abandonnant ainsi que son père Henri. Elle est partie sur la pointe des pieds, en catimini, sans fournir la moindre explication. Depuis, le garçonnet est devenu une trentenaire assez solitaire, professeur de littérature à l'université et membre d'une guilde sur le jeu en ligne Elfscape.Il juge son métier tel qu'il doit le pratiquer débilitant, essaie depuis dix ans d'écrire un roman et éprouve le sentiment de passer à côté de son existence.

Un appel de l'avocat de sa mère va le sortir de la routine dans laquelle il s'est enlisé. Simon Rogers veut qu'il rédige une lettre en faveur de Faye. Comment accorder une faveur à celle qui a fui, la seule à savoir calmer ses innombrables chagrins d'enfant, ses crises de pleurs de catégories 1 à 4, sa sensibilité d'écorché vif ? Plutôt crever ! Ce non catégorique va être bouleversé par une donne inattendue. Samuel a perçu, dix ans auparavant, une très forte somme pour un roman jamais écrit. Guy Periwinkle, son éditeur, le menace de poursuites en justice s'il ne lui fournit pas le travail demandé. Pourquoi alors ne pas rédiger une biographie assassine de sa mère ? Solder en quelque sorte ses comptes, avec la maison d'édition et surtout avec Faye. Comme un saumon qui remonte la rivière, il va explorer le passé de sa mère et cette démarche l'amènera encore plus loin, sur les traces de son grand-père,qui a quitté sa Norvège natale durant la Seconde Guerre Mondiale. Et si les gravillons balancés à la face du Gouverneur Packer trouvaient leur explication dans cet exil, dans les fantômes qui l'ont suivi aux Etats-Unis ? 

Nathan Hill nous raconte la vie des trois générations d'Andersen, la façon dont Frank ( avant Fridtjof) a influencé le cours de l'existence de Faye , qui à son tour, a imprimé sa marque sur celle de Samuel. Ce roman nous parle des liens entre parents et enfants, des chemins que l'on emprunte dans la vie en fonction des drames, des carences affectives, des malentendus survenus durant l'enfance. L'auteur ne néglige pas non plus le rôle déterminant de l'époque dans laquelle les personnages ont grandi avec pour chacun une date déterminante : 1940,1968, 2001.

Si la famille Andersen est au coeur du livre, les personnages qui gravitent autour d'elle sont aussi très intéressants. Représentatifs de notre époque, deux d'entre eux, incarnent, tout en restant crédibles, des dérives actuelles: Pwnage, l'accro au jeu en ligne ou Laura Pottsdam, étudiante et tricheuse invétérée. Cette dernière, sans avoir le QI d'Einstein, a compris toutes les failles du système et les exploite sans aucune vergogne, élevée par une mère pour laquelle la fin justifie tous les moyens. Ces portraits,extrêmement caustiques, ne sont les seuls à accrocher le lecteur. Nathan Hill fait exister un myriade d'individus, trouvent toujours les mots justes, les détails pour les rendre vivants.

Critique acerbe des Etats-Unis, roman initiatique, fresque historique, ce roman-somme cache encore un atout majeur. Non content de dresser le tableau d'une certaine Amérique, Nathan Hill parvient encore à donner une autre dimension à son histoire. Derrière les faits, les interactions entre les protagonistes, le lecteur devine la présence de très anciennes divinités nordiques. En coulisses, entre les lignes, elles tirent peut-être les ficelles et le roman se pare d'irrationnel.

Une merveille


Posté par Albertine22 à 06:42 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags :