22 août 2016

On a enlevé le petit Jésus !

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  L'affaire est d'importance, le père Steiger et son sacristain Berk n'ont pas hésité à faire appel au service d'un détective privé. Depuis trois ans, le petit Jésus de la crèche paroissiale est enlevé peu après Noël. Les deux hommes veulent résoudre ce mystère, qui n'a rien de divin, et délèguent ce soin à notre personnage principal, un ancien gardien de square reconverti dans les enquêtes. A son tableau de chasse, un fait d'arme exceptionnel : avoir retrouvé la vieille tortue du jardin botanique de Chanville !

   Amateur de sensations fortes, ce roman n'est pas pour vous ! Maintenant, si vous aimez les sketches de Raymond Devos et les films de Buster Keaton, vous devriez prendre le plus grand plaisir à suivre l'avancée de cette enquête. Notre privé essaie de faire pour le mieux, muni de son carnet où il note consciencieusement le moindre renseignement. Il tenterait bien une filature (il connaît le modus operandi ) mais pour cela, il lui faudrait un suspect. Et point de suspect à l'horizon ! Fort bouché d'ailleurs l'horizon, dans tous les sens du terme. Notre héros, débarqué dans une ville de province enneigée, patauge. Son seul indice est une bouloche de laine bleue trouvée sur "la scène du crime". Les jours passent et l'auteur nous dévoile les minuscules avancées de notre "apprenti détective" : ses incursions au café du coin ou au salon de coiffure pour glaner des informations, la piste du gérant du Kebab (un grand taiseux que son silence rend suspect), la reconstitution de l'enlèvement. Chaque micro-détail de son quotidien devient important. Nous sommes tenus régulièrement au courant de l'état de son pied droit comprimé dans les bottines neuves achetées sur place. 

   Isolé dans cette ville inconnue, il téléphone chaque jour à sa femme pour lui dire que son retour est retardé. En effet, le coupable lui échappe toujours et le père Steiger ne l'a toujours pas payé, rendant sa situation difficile. Il n'a pas l'argent nécessaire pour régler sa note d'hôtel, ou le billet de train pour rentrer chez lui.

   Sa couverture de représentant en vin de messe et roulement à billes fait long feu, la crèche est défaite par les employés de la ville, qu'importe, il mènera sa mission jusqu'au bout ! Le personnage principal est touchant de naïveté. Il a l'art de se prendre les pieds dans le tapis et le quotidien dans ce qu'il a de plus banal devient quand il le raconte une véritable épopée.

   Cette "enquête", ou plutôt cette parodie "d'enquête" se lit le sourire aux lèvres. 

 

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20 août 2016

Une corne d'abondance...

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  A chacun sa corne d'abondance, la mienne, et il me semble celle de Michaël Uras, est pleine de mots, de mots doux ou âpres, de prose ou de poésie, de livres lus et relus sans jamais en épuiser la magie. A tant aimer les mots, l'on finit par avoir de l'encre qui coule dans les veines et la réalité sans cesse nous ramène à la fiction, la citation toujours au bout des lèvres.

   Je me suis reconnue dans Alexandre, bibliothérapeute de son état et personnage principal de ce roman. Il a choisi cet "étrange" et beau métier : soigner par les mots, et sa patientèle est très diverse . Pendant les quelques mois où nous partageons sa vie, trois hommes entament une thérapie, un jeune homme, défiguré après un accident et devenu muet, un quinquagénaire, businessman au bord du burn-out et un célébrissime joueur de foot, tenté de quitter la France.  

   Alexandre établit leur "fiche clinique" et leur conseille des livres pour les aider à surmonter les crises qu'ils traversent. Le thérapeute et ses patients se voient ensuite régulièrement pour parler de leur avancée dans les oeuvres "prescrites" et des incidences de cette lecture sur leur vie.

   Le personnage principal pratique "l'auto-médication", il lit pour combler un manque d'amour maternel, pour oublier que Mélanie, sa compagne, est partie, pour fuir une époque souvent débilitante. L'auteur nous offre des passages de ses lectures : petits bouts de poème, de théâtre, de roman, et mon coeur fond de reconnaître tant d'auteurs qui me sont familiers.

   Ce livre est du pur bonheur pour les amateurs de mots. C'est aussi un récit ancré dans notre époque, dont il décrit les travers avec beaucoup de drôlerie. Il sait aussi se faire "grave" quand il évoque les "bienpensants", qui s'arrogent le droit de juger et de punir ceux qui ne leur ressemblent pas. Le style de Michaël Uruas est moderne, sans pour autant céder à "la mode" du moment. Il a un sens de la formule et un timing qui font de ce roman un cocktail revigorant !

                                                               Lu en numérique via Netgalley   

 

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19 août 2016

L'été : le temps des pavés (part two)

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    Deux couvertures qui ont attiré mon attention, deux résumés lus rapidement, deux livres qui ont atterri tout en haut de ma PAL estivale. La préface du deuxième m'a permis de découvrir, coïncidence heureuse, que ces deux romans avaient de nombreux points communs. Peyton Place(1956), comme La vallée des poupées (1966) ont défrayé la chronique en leur temps. Il faut dire que Grace Metalius et Jacqueline Susann écornent l'image de l'Amérique parfaite, corsetée de vertu et drapée de rêve. Leurs livres vont connaître un énorme succès mais être éreintés par des critiques plus préoccupés de bienséance que de qualité littéraire. Ces deux fictions seront adaptées, Peyton Place sous la forme d'un soap édulcorant complètement le propos de l'auteure, La vallée des poupées sous la forme d'un film qui ne restera pas dans les annales du cinéma.

    A Peyton Place, petite bourgade de la Nouvelle-Angleterre, l'année 1940 s'annonce on ne peut plus ordinaire. Les "nantis" habitent les beaux quartiers et ne se préoccupent que très rarement des habitants de "la  zone". On reste dans l'entre-soi et tant que les apparences sont sauves, les squelettes peuvent s'accumuler dans les placards des belles demeures ou les recoins des cabanes faites de bric et de broc. Les adultes maîtrisent parfaitement les règles de ce jeu de dupe social. Il n'en est pas de même pour Allison Mackenzie et Selena Cross, deux amies de treize ans, l'une issue d'un milieu aisé, l'autre de la zone. Nous les voyons grandir, ouvrir les yeux sur ce qui les sépare, affronter des épreuves différentes. Elles permettent au lecteur d'aller au delà du vernis "mondain", de passer dans les coulisses du décor trop lisse de Peyton Place. Grace Metalius écrit avec un sens aigu du détail, restituant avec réalisme le quotidien de la ville et les caractères des personnages. Elle connaîtra une triste fin, morte à 39 ans d'une cirrhose du foie. Terrible "punition" pour s'être approchée au plus près de la vérité ?

   Jacqueline Susann nous entraîne dans un univers très différent. Anne Welles, l'une des héroïnes, vient elle aussi de Nouvelle-Angleterre mais elle s'empresse de la quitter pour New-York, qui cristallise tous ses rêves. Elle a 20 ans, possède une beauté glacée à la Grace Kelly, et veut VIVRE, sans trop savoir d'ailleurs ce qu'elle met derrière ce verbe. Elle sait en tout cas ce qu'elle ne veut pas : une vie rangée de femme au foyer. Son physique facilite son embauche comme secrétaire chez un avocat spécialisé dans le théâtre. Elle fait la connaissance, grâce à lui, du monde du spectacle et des stars montantes ou déclinantes. Elle se lie d'amitié avec deux autres jeunes femmes, Neely O'Hara, 17 ans, du talent et un fort tempérament et Jennifer North, d'une gentillesse et d'une humanité bouleversante que peu de personnes connaissent, s'arrêtant uniquement à sa plastique éblouissante. L'auteure retrace le parcours de ses trois personnages féminins sur une vingtaine d'années. Les strass et les paillettes du show business perdent de leur éclat et les jeunes femmes de leur innocence. Pour voir la vie en rose, elles auront besoin de l'aide de médicaments "miracles", surnommées les poupées, des gélules poisons pour leur faire accepter d'être les "poupées" d'une Amérique qui voue un culte à l'apparence. Le style, n'a pas l'aspect policé, élégant de Peyton Place. Jacqueline Susann écrit crûment, du moins pour l'époque, et un parfum de scandale accompagne la sortie de son roman.

   Les éditions 10/18 ont eu une excellente idée en remettant dans la lumière Peyton Place et La vallée des poupées, deux romans clés pour appréhender la condition féminine dans les années 50 et 70.

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16 août 2016

L'été : le temps des pavés (part one)

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  Je m'étais réservée ce roman pour les vacances, me fiant à mon intuition.L'été est la période rêvée pour donner du temps au temps et je voulais en profiter pour savourer cette lecture. Je n'ai pas été immédiatement conquise, il m'a fallu cinquante pages pour rentrer dans l'histoire et après, j'ai été happée. Le Trégor et son mois de juillet 2016 se sont effacés, j'ai vécu à Naples, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale pendant de longues soirées.

   Elena Ferrante nous dépeint une ville beaucoup plus âpre que celle découverte l'été dernier grâce au magnifique "Montedidio" de Erri De Luca. Chez ce dernier, "la misère n'est pas moins pénible au soleil" mais adoucie par l'humanité des personnages. Le quartier pauvre où grandissent Lenuccia Greco et Lina Cerullo  n'a rien d'un paradis. La violence est très présente, aussi bien dans la rue qu'au sein même des foyers. Elle n'est pas combattue mais presque institutionnalisée. Le quartier est sous la coupe d'une famille proche de la camorra, les femmes sont sous la coupe de leur mari. Ainsi va l'ordre des choses dans ce "microcosme" que les deux petites filles ne quittent quasiment jamais. Il faudra l'entrée au collège de Lenuccia pour que son père, portier à la mairie, lui offre un aperçu du reste de la ville. Il lui montre le chemin pour aller jusqu'à son futur établissement scolaire et au passage, lui permet de voir la mer. Les habitants du quartier sont casaniers, ils n'ignorent pas qu'en dehors de celui-ci, ils ne sont "rien", ou du moins pas grand-chose, des gens pauvres parlant le dialecte, repérables à leur allure et à leurs manières.

   La narratrice, Lenu, nous raconte son histoire, celle d'une émancipation peu commune à l'époque. Elève brillante à l'école primaire, elle va aller au collège puis au lycée et ensuite à l'université. Parcours incroyable pour une enfant issue de ce milieu et de ce quartier. Sa réussite, elle l'attribue pour une grande part à son "Amica geniale", son amie prodigieuse, Lina Cerulla, qu'elle seule appelle Lila. Comme dans la tragédie grecque, Lenu est blonde, jolie, toujours soucieuse du qu'en-dira-t-on alors que Lila, extraordinairement douée, est une petite brune malingre, parfois aussi mauvaise que la teigne. Difficile pour moi de ne pas les comparer à Ismène et Antigone dans la pièce de Jean Anouilh.

   Leur amitié naît d'un défi lancé par Lila à Lenu : monter jusqu'à l'appartement de Don Achille, considéré par les enfants comme "l'ogre" de l'immeuble. Elles sont persuadées qu'il leur a dérobé leurs poupées, simplement pour satisfaire sa soif de faire du mal. Lila s'avance courageusement dans l'escalier, suivie par une Lenu qui fait taire sa peur pour gagner le coeur de Lila. Cet épisode fondateur de leur relation nous montre que Lila sera celle qui ouvre la voie, Lenu toujours dans son sillage.

   Lenu n'a pas ce magnétisme qui fait de Lila une enfant puis une adolescente hors du commun. La narratrice est persuadée qu'elle est, en quelque sorte une "version amoindrie" de son amie, une copie moins intense qui se "nourrit" du feu qui brûle dans les veines de Lila. Lila est un soleil mais un soleil "noir", énigmatique, colérique, intense et destructeur. Sa capacité à détruire, elle l'exerce d'ailleurs le plus souvent sur elle-même. Ce personnage garde d'ailleurs toute une part de mystère car nous ne "l'approchons" qu'au travers du regard de la narratrice.

   Elena Ferrante nous décrit avec des phrases éblouissantes cette extraordinaire relation, ces deux existences nouées, inextricablement liées. Ce qui les unit va au-delà de l'amitié : Lenu et Lila, Janus aux deux visages ? Lenu et Lila, la lumière et l'ombre ? Lenu et Lila : la force tranquille ou le feu ardent ?

   J'ai enchaîné presque aussitôt par "Le nouveau nom ", suite de  "L'amie prodigieuse" et deuxième tome d'une saga qui en compte quatre. Les fillettes sont devenues de jeunes femmes et elles tombent amoureuses du même garçon.Tout débute un été brûlant à Ischia, où les deux amies séjournent...

 

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04 juillet 2016

Pause estivale

mémoires d'elles.jpg

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03 juillet 2016

La butineuse de l'asphalte...

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  J'attendais le livre de Julie Estève avec autant d'impatience que d'appréhension. Le titre, énigmatique au premier abord, est tout simplement le nom d'un papillon, qui butine de préférence au crépuscule. Le roman n'a pourtant rien d'un traité sur les lépidoptères, Lola est le "Moro-sphinx". A la nuit tombée, elle quitte ses vêtements ordinaires et se pare de couleurs criardes pour partir butiner, non pas des fleurs mais des hommes. Dans un style à la fois cru et d'une poésie presque brutale, l'auteure nous décrit ses errances nocturnes, l'alcool qui coule à flot et ses rencontres d'un soir où le sexe est rapide, mécanique, frénétique. Lola, après chaque étreinte furtive, coupe un bout d'ongle à la proie butinée, bout d'ongle qui ira rejoindre les autres dans un bocal qui se remplit, se remplit, se remplit.

   Petit à petit, cette "folie" fait sens dans l'esprit du lecteur. Lola agit ainsi pour éloigner un temps ses chagrins, les pertes immenses de l'enfance et de l'adolescence. Je me suis sentie "happée" par ce livre, par cette quête désespérée d'un apaisement toujours illusoire. L'écriture est remarquable, de tension, de nervosité, d'intensité. 

Lola, butineuse de l'asphalte, est un papillon inoubliable

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02 juillet 2016

Figue et raisin

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    Je ne suis pas rentrée facilement dans ce roman. Les conversations entre les différentes parties du corps d'A. m'ont fait sourire mais j'ai craint d'être très vite lassée par le procédé. La part belle est faite aux jambes Marguerite et Mirabelle mais les répliques d'anthologie appartiennent sans conteste à Babette, le postérieur. Le début du roman nous montre les difficultés de Camille, le cerveau d'A. pour coordonner les membres de celle-ci. Le ton est assez léger avant que Marguerite, la jambe gauche ne soit gravement brûlée.

   Ellipse temporelle, nous retrouvons A., trentenaire qui jongle entre un métier prenant, deux jeunes enfants et un mari qu'elle ne voit plus vraiment. Elle mène sa vie à un train d'enfer jusqu'au moment où son corps la lâche. Et là, d'entendre les voix des jambes qui flageolent, des mains qui tremblent, du cerveau qui ne maîtrise plus rien prend un tout autre sens. On sent, bien plus que dans le roman "Brillante", le pouvoir destructeur du travail quand il devient envahissant. Agathe ne comprend pas pourquoi son corps ne lui obéit plus. Elle est d'abord dans le déni avant d'entamer une réflexion sur son mode de vie.

   Autant j'ai eu le coeur serré, j'ai ressenti de l'empathie pour le personnage au bord du gouffre, autant j'ai complètement décroché quand elle reprend, en quelque sorte, le contrôle de ses membres et de son existence. J'ai trouvé ses errances dans la ville, ses plongées dans la lecture du roman "Le Maître et Marguerite" de Boulgakov, assez peu "naturelles". Les réflexions sur le rôle et la place de la femme dans la société deviennent récurrentes, on est plus proche de l'écriture d'un essai que d'un roman.

   Au final, Jupe et pantalon a été pour moi une lecture figue et raison. J'ai aimé certains passages mais je n'ai pas adhéré à l'ensemble.

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01 juillet 2016

Ombre et lumière...

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   J'appréhendais le moment d'ouvrir "De nos frères blessés". Je suis toujours réticence face aux récits qui redonnent vie à des personnes qui ont réellement existé. Je m'interroge toujours sur la manière dont l'auteur se glisse dans la peau, ici de Fernand Iveton, et nous donne à ressentir ce que ce dernier a ressenti. Comment retranscrire le vécu de cet homme, décapité à trente ans à Alger en 1956 ? Décapité pour avoir voulu que l'Algérie soit indépendante, décapité pour avoir posé une bombe dans un local désaffecté de son usine (pour éveiller les consciences mais ne pas avoir de sang sur les mains), sacrifié par René Coty à la Raison d'Etat, livré en pâture pour calmer la "meute".

   J'ignore si Joseph Andras est parvenu à épouser les pensées les plus profondes de ce jeune homme épris d'idéal, mais son livre est beau et bouleversant. La construction du roman où l'ombre et la lumière se succèdent est particulièrement prenante. Le lecteur plonge avec Fernand Iveton dans les "ombres" qui ont suivi son arrestation : tortures, procès expédié, articles de journaux calomnieux et cette grâce qui se fait attendre... Ces trois mois sont entrecoupés par des zones de lumières : les retours en arrière sur sa rencontre avec son épouse Hélène, sur son enfance dans un quartier animé d'Alger, les conversations avec ses camarades de cellule, la lecture des Misérables.

   "Le Carré des Allemands" de Jacques Richard n'était par exemple que noirceur. Joseph Andras entremêle le sombre et l'éclatant, la violence la plus abjecte et la douceur extrême. Cet entrelacs nous mène jusqu'à la fin du livre et alors les larmes coulent, le coeur pris en étau par le sacrifice d'un homme, par les tenants du pouvoir.

   Ce premier roman est aussi l'occasion pour les lecteurs de découvrir un style, une écriture assez prosaïque mais qui vous cueille au détour d'un paragraphe par une phrase à la poésie farouche.


Un coup de coeur

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30 juin 2016

A la poursuite de petits perroquets verts...

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   Le deuxième roman en lice pour le Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points a pour cadre la Nouvelle-Orléans, dévastée après l'ouragan Katrina. Presque deux ans ont passé et la ville porte toujours les stigmates de la fureur des éléments. Maisons ébranlées ou réduites à un tas de planches et de gravats, coupures d'électricité, institutions désemparées. La détective, Claire Dewitt, accepte une enquête dans cette ville où elle pensait ne plus jamais remettre les pieds. Elle intervient à la demande du neveu d'un célèbre procureur, Vic Willings. Ce dernier s'est volatilisé pendant les jours qui ont suivi le passage de l'ouragan et son parent et unique héritier aimerait connaître les circonstances de cette mystérieuse disparition. 

   Sara Gran campe une enquêtrice, dont la "Bible" est le livre Détection de Silette, un détective français. Régulièrement, elle consulte le "maître" et le récit est émaillé de passages du livre, assez abscons, la plupart du temps. Pour retrouver la trace du procureur, Claire Dewitt est à la recherche "d'indices" et ses nombreux rêves, sous substances diverses, la mettent sur la bonne voie. Rajoutez de temps à autres, un tirage de cinq pièces de Yi-jing et vous aurez une petite idée de la manière peu académique qu'à la jeune femme d'envisager son métier, ou plutôt sa vocation.

  Disons-le tout net, d'ordinaire, je ne suis pas adepte de ce type de personnage "borderline". J'ai pourtant bien aimé cette Claire, barrée certes mais loin d'être bête. Son enquête l'amène à côtoyer de jeunes adultes, pour certains encore des enfants, qui n'ont comme famille que le gang de leur quartier. Elle a a sans doute plus d'accointances avec cette jeunesse sans repère qu'avec le milieu très chic où évoluait le disparu. Son retour à la Nouvelle-Orléans ravive aussi la douleur de la perte de Constance, la femme qui lui a "enseigné" le boulot de privé, façon Silette. Claire a quitté la ville après l'assassinat de celle-ci et cette enquête l'oblige à se retourner sur son passé, à renouer avec le fantôme de Constance, la femme qui lui a tout appris sur sa ville, ses rites et ses rythmes.

   Suivant ses méthodes contraires à "l'orthodoxie", Claire finira pas éclaircir le mystère, aidée par de petits perroquets verts...

   Un polar dépaysant 

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29 juin 2016

L'été d'une presque-plus petite fille...

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   J'ai beaucoup aimé l'écriture d'Aurore Bègue. Elle réussit à rendre terriblement juste  le récit d'Alice, treize ans, dans cet entre-deux compliqué entre la petite fille et femme. Je suis plus réticente sur la construction du roman qui m'a rappelé le prologue de l'Antigone de Jean Anouilh.

   Première page, Alice, devenue adulte, se recueille sur une tombe. Elle se remémore l'été de ses treize ans, passé au bord de la Mer méditerranée, l'été qui d'emblée, nous est annoncé comme meurtrier.

   Juillet 1992, le temps des vacances pour la famille d'Alice. Elle a retrouvé la chambre bleue qu'elle occupe toujours dans leur résidence secondaire. Marie, sa soeur, presque seize ans, dort dans la chambre rouge. Les deux filles sont proches mais les trois ans qui les séparent semblent soudain un gouffre. L'une sort à peine de l'enfance, l'autre entre résolument dans l'affirmation de sa féminité et le désir de plaire. Leur relation est faite de complicité , de tendresse mais aussi de jalousie, d'envie, d'incompréhension. Elles font front commun contre les sautes d'humeur de leur mère, dépressive, voire bi-polaire mais Marie n'apprécie pas que cette dernière lui "colle" systématiquement la "petite" dans les pattes pour avoir la paix.

   Cet été s'annonce un peu différent des autres. Paul, un collègue de leur père, a loué une maison dans le même village. Le père se réjouit de cette présence masculine, lui, qui fait parfois figure d'intrus dans le gynécée familial. Il ne se doute pas qu'il a introduit le loup dans la bergerie. Ce parfait salaud, vu au travers des yeux énamourés d'Alice, apparaît comme un homme, pas un papa mais un "objet" de désir. Elle n'aura de cesse de vouloir l'approcher, ses sens s'éveillent et la rendent téméraire. Bien loin de la décourager, Paul flirte avec elle. De temps en temps, l'auteure laisse affleurer au détour d'une phrase son aspect carnassier. La petite est conquise, pourquoi pas la grande... Les parents d'Alice partent un week-end à Venise et confie leurs filles à celui qui n'a de berger que l'apparence.

   Je n'ai pas toujours été convaincue par l'histoire, en particulier la maladie de la mère, très spectaculaire et semble-t-il pas soignée. Sa mise  soudaine sous "camisole chimique" et ce voyage impromptu pour lui changer les idées m'ont paru artificiels. La dramaturgie et la montée de la tension au fil du récit ne me semblent pas indispensables. J'ai été séduite en revanche par la description de la relation entre les deux soeurs. Tous les petits détails, les petits rituels qui illustrent leur lien m'ont touchée au coeur. 

 Une lecture en demi-teintes

   

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