03 novembre 2017

Mrs Creasy a disparu de Joanna Cannon

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   Ce roman, ma dernière lecture du mois d'octobre aura été un vrai plaisir. Tout est souvent affaire de timing. J'aspirais à me poser et cette histoire, s'étirant le long d'un été caniculaire correspondait à mon besoin de ralentir le rythme. Les descriptions y sont nombreuses, parfois assez anodines. J'y ai vu matière à une lecture tranquille. J'ai pris le temps de savourer certains paragraphes comme on peut s'attarder à contempler un tableau. 

   Eté 1976 dans une paisible bourgade anglaise, l'avenue où vivent Grace et Tilly, deux fillettes d'une dizaine d'années sombre dans la torpeur. Les vacances des demoiselles risquent d'être particulièrement ennuyeuses. La disparition de Mrs Creasy, aussi soudaine que mystérieuse, les transforme en enquêtrices aux méthodes assez peu conventionnelles. Elles partent d'une phrase du pasteur sur Dieu qui veille sur toutes ses brebis. Donc, Lui, dans son ominiscience, sait où se trouve la disparue. Grace et Tillie entreprennent alors de trouver Dieu afin qu'il leur indique, d'une manière ou d'une autre, la localisation de Mrs Creasy. ( une sorte de GPS à l'ancienne !) D'une logique imparable, ce plan se met en place au niveau de leur avenue En effet, il est difficile sans moyen de transport de mener des investigations dans des zones lointaines. Elles décident d'explorer, méthodiquement, maison après maison, leur rue afin de dénicher Dieu. C'est l'occasion pour l'auteur de nous présenter les habitants, aussi bien leur logis que les interactions entre voisins. Très vite, le lecteur se rend compte que la disparition de Mrs Creasy s'apparente peut-être à une fuite. Il semblerait qu'elle ait réussi, en se liant d'amitié avec nombre de personnes à mettre au jour un secret gênant pour la petite communauté. Neuf ans plus tôt, un bébé aurait été kidnappé et les soupçons se sont portés sur le résident  du numéro 11, bouc émissaire facile. Blanchi par la justice, ses voisins, forts de leur conviction intime, auraient commis l'irréparable. 

  Joanna Cannon nous dépeint de façon minutieuse cette micro-société, chaque maison abritant des "familles" plus ou moins classiques. "L'enquête " lui permet surtout de creuser sous la surface, d'aller au-delà des apparences. Les adultes, dans leur ensemble, n'en sortent pas grandis. Leur vie, faite de rêves avortés, de petites mesquineries, de drames soigneusement étouffés, supporte difficilement d'être mise en pleine lumière. Certains de leurs traits de caractère prêtent à sourire, certaines situations sont même franchement drôles. Il n'empêche qu'on pressent une fin où la vérité éclatera, révélant l'ambivalence de tout être humain et la force des préjugés.

Une lecture plaisante, une écriture au scalpel teintée d'ironie

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31 octobre 2017

moi après mois

Octobre

 

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Se souvenir de cette atmosphère de fin du monde, de ce ciel gris jaune et de ce vent tiède / Constater que chacun continue à vaquer à ses occupations sans se préoccuper vraiment de l'événement / Apprendre plus tard l'explication scientifique du phénomène et conserver, enfouie, l'impression que la Terre nous alerte / Pour la énième fois, ruer dans les brancards, mais tenter de le faire de manière constructive / Comprendre qu'un sourire peut être mal interprété / Continuer à sourire pas par bravade, simplement pour rester moi / Recevoir la première thé box et transformer le thé de l'après-midi en un rituel réconfortant / Tricoter l'étole pour B. et me réfugier dans le bleu de la laine / Accepter avec amusement la demande de ma "troisième fille" : un nouveau béret ! / Retrouver les amies autour d'un café / Ne pas avoir assez de temps pour raconter les deux derniers mois écoulés / Découvrir une nouvelle mini-série, adaptée du recueil de nouvelles "Olive Kitteridge" écrit par Elizabeth Strout / Admirer la mise en images d'une femme difficile à aimer,terriblement humaine pourtant /

 

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Ne rien lire, ou si peu / Hésiter avant de sauter le pas, me lancer ou non dans l'écriture d'un troisième roman / S'interroger sur la disponibilité nécessaire / Ecrire, c'est s'abstraire du quotidien, être au chevet des personnages naissants / Ne pas détenir de baguette magique pour créer des bulles temporelles est un vrai frein / Avoir B. et G.C à la maison pendant une semaine, anticiper leur arrivée et se réapprovisionner en gâteaux apéro et en chocolat / Attendre avec impatience d'aller au cinéma pour la sortie de "Au revoir là-haut" / S'inquiéter pour notre chien qui vieillit, lui dont la présence est une évidence / Réserver un voyage pour Rome en famille / Ces quatre jours en mars seront une pause salutaire dans une année très chargée pour tous / Apprécier de plus en plus le hammam / Vingt minutes d'un temps suspendu, apaisé / Choisir un collier pour les vingt ans de G.C et se demander où est passé mon bébé / Déclarer ouverte la saison des gâteaux au chocolat et du pain d'épice, malgré une météo presque estivale.

 

pors cors

 

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19 octobre 2017

La salle de bal de Anna Hope

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Entrer dans la couverture et revêtir cette robe soleil à la jupe qui tourne. Sentir sous mes pieds nus le velouté du bois usé par des milliers de pas de danse. Danser et exister. Cette image est une merveille de simplicité, de féminité, de liberté. Elle nous permet, avant même de faire sa connaissance de découvrir un peu Ella Fay, jeune femme enfermée à l'asile de Sharston dans le Yorshire en 1911. Aliénée, Ella ? Le geste qui l'a conduite dans cet endroit est pourtant minime : avoir brisé une vitre de la filaterie où elle travaillait depuis l'enfance. Elle avait obéi à un besoin irrépressible d'air et d'horizon. Cet acte dicté plus par l'instinct que par une rebellion volontaire la fait basculer pourtant du monde des gens sensés à celui des aliénés. Etre déclarée folle à cette époque s'effectue avec une déroutante facilité.

A Sharston, Ella va rencontrer deux hommes, les deux autres voix du roman : John, un Irlandais "catalogué" malade chronique et Charles, médecin "raté" qui se raccroche à la théorie de l'eugénisme et de l'homme supérieur pour occulter sa propre médiocrité. Avant de sombrer dans une folie, pour le coup bien plus réelle que celle de John ou d'Ella, avant de rêver de stériliser tous les mâles susceptibles de l'attirer ( Il n'assume absolument pas une évidente homosexualité), Charles a créé un rituel à l'asile, le bal du vendredi. Violoncelliste, il est persuadé que la musique peut avoir un effet bénéfique sur les patients. Ce bal, tous attendent avec beaucoup d'impatience,mais tous les malades n'y sont pas conviés. C'est là que John et Ella vont apprendre à se connaître, à s'accorder, à s'aimer. 

Je suis persuadée qu'Anna Hope a été peintre dans une autre vie, tant ses descriptions de la campagne anglaise, ses portraits des personnages principaux et des patients de Sharston sont éblouissants de justesse. Ils forment un écrin où l'histoire va s'épanouir, une histoire d'amour entre deux êtres semblables aux hirondelles, oiseaux qui reviennent tout au long du roman. John et Ella portent en eux une envie d'ailleurs, d'horizons dégagés, de bonheur et de sensualité. Leur relation amoureuse ne peut que rendre fou de rage Charles, frustré devant cette évi-danse. Sa vengeance sera terrible.

La salle de bal est un merveilleux roman, empreint d'humanité et de poésie. Il montre sans fard les dérives de la société de l'époque (Churchill n'en sort pas grandi),.mais à ce sombre tableau, Anna Hope oppose la puissance de l'amour et la beauté de la nature.  

 Une pépite !

" Les oiseaux apparurent. D'abord juste deux, dans le gris sombre du matin, le brusque éclair blanc sur leur jabot papillotant et disparaissant avant même qu'on soit sûr de ce que c'était, puis le ciel en fut rempli.

A leur vue, le ventre de John se serra.

" Comment ils les appellent, alors ?" demanda-t-il à Dan : il ne connaissait que le nom que leur donnait son père, le mot irlandais, fainleog.

" Des hirondelles, mio Capitane, répondit Dan tandis que l'une d'elles fondait en piqué au-dessus de leurs têtes. "Un bona présage."

 

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16 octobre 2017

Atelier n°75

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Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Sandra Woua.


De temps en temps, quand ses deux filles devenues grandes, revenaient pour un week-end à la maison, elles se faisaient une soirée "Albums". Lucia les regardait, pelotonnées sur le même canapé, au chaud sous un plaid, feuilleter les photos-montages réalisés pendant toute leur enfance. Les exclamations fusaient, les mêmes anecdotes revenaient. Clara et Efflamine se souvenaient de leur excitation quand Lucia évoquait une séance photo. C'était l'occasion de rire, de se déguiser, de jouer à être une grenouille ou une princesse, de se rouler dans l'herbe ou de patauger dans la piscine gonflable installée dans le jardin. Leur père était toujours un peu en retrait lors de ces moments, spectateur de la magie qui s'opérait. Il savait que Lucia se servirait de ses clichés pour créer des oeuvres d'une poésie teintée d'étrangeté. 

Le montage préféré de Lucia s'appelait " Brouette et Courgette". Clara, âgée de cinq ans, s'était passionnée un été pour toutes les activités liées au potager. Elle suivait son grand-père comme son ombre. Elle ne se lassait jamais de ramasser les haricots, de manger les fraises, juste cueillies, encore gorgées de soleil, de constater jour après jour la croissance de leur courgette de compétition. Papy prétendait vouloir entrer dans le Livre des Records avec son légume géant et il avait chargé Clara de la mesurer chaque matin. Bien évidemment, l'ancien menuisier n'avait pas résisté au plaisir de fabriquer une mini-brouette pour sa petite-fille. Il avait même consenti à la peindre en rose, la fillette étant dans sa période " Le rose, c'est la vie". Plus encore que du montage , Lucia se souvenait de son enfant durant ce mois d'août déjà si lointain. Sa peau de la fillette avait viré doucement au caramel et elle vivait dans l'instant avec une incroyable intensité. Clara était toute entière dans ce qu'elle accomplissait, passionnée par une fleur, une plume, une sauterelle. Son rire était tonitruant. Il éclatait soudain et emportait tout sur son passage, faisant naître un sourire sur tous les visages. A la voir ainsi, petite sauvageonne éprise de liberté, les adultes se prenaient à rêver d'un éternel été.

Les filles avaient grandi et quitté le nid, emportant avec elles une certaine insouciance. Les entendre glousser, sur le canapé, éveillait chez Lucia la nostalgie de leur enfance. De celle-ci demeuraient les photos et l'écho d'un rire, qui clamait à la face du monde le bonheur à l'état pur.

 

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12 octobre 2017

Les huit montagnes de Pablo Cognetti

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Tout le monde connaît cet extrait d'une fable de La Fontaine : "La montagne qui accouche d'une souris". Moi, j'ai craint un instant que de ma lecture n'accouche que quelques phrases peu représentatives du livre de Pablo Cognetti. Déjà, je partais avec un handicap, je ne saisis pas la magie qu'opèrent les plus hauts sommets sur certaines personnes. Je ne comprends pas le plaisir que l'on peut éprouver à marcher sur des sentiers sinueux pour goûter à l'ivresse de l'altitude. Comme le disait si bien mon cousin, enfant, à ses parents : "Mais pourquoi grimper en haut de la montagne pour manger notre casse-croûte, alors qu'il est aussi bon en bas !"

Ceux qui ont aimé ce roman reconnaissent volontiers que sa lecture n'est pas aisée. Il avance au rythme d'un marcheur, ponctué de descriptions de paysages à la poésie brute. Pietro,le narrateur, qui ressemble beaucoup à l'auteur, nous raconte  son enfance : Milan, pendant toute l'année, et Grana dans le Val d'Aoste pour les vacances d'été. Pendant ces quelques semaines de liberté, il met ses pas dans ceux de son père et ils gravissent, l'un après l'autre, différents sommets. C'est à Grana qu'il rencontre Bruno, alors qu'ils ont onze ans tous les deux. Naît alors une amitié indéfectible entre le garçon de la ville et le sauvageon des montagnes.

Les années passent et Pietro s'éloigne de sa famille et du Val d'Aoste. Il devient reporter free-lance et parcourt le monde avec une attirance particulière pour le Népal. Montagnard aux semelles de vent, il voyage, fuyant peut-être inconsciemment les attaches. Pourtant, à la mort de son père, il a appris que celui-ci lui laissait en héritage une "barma", une maison rudimentaire en haute montagne, qu'il retapera avec Bruno. Il a un endroit où se poser quand la vie se fera cruelle. Autant Pietro se plaît à courir le monde, autant Bruno, lui, ne veut pas quitter le lieu qui l'a vu naître et entreprend de faire revivre la ferme familiale. Un voyageur, un bâtisseur et pourtant leur amitié perdure au delà de leurs différences.

Le roman de Pablo Cognetti m'a parfois ennuyée, parfois passionnée. Je suis restée très en dehors des passages sur la beauté des paysages alpins. J'ai beaucoup aimé les personnages et leur cheminement intérieur. Plus que Pietro, c'est le tenace et taciturne Bruno qui m'a parfois émue aux larmes.

Une lecture intéressante

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09 octobre 2017

Atelier n°74

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Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Kot.

 

Au matin, estomper sous le fond de teint les traces de la nuit. Se construire, touche par touche, un visage. Appliquer soigneusement de l'ombre à paupières pour affronter la lumière. 

Choisir sa tenue : des couleurs sobres, des coupes classiques. Offrir aux regards une apparence lisse. Quand il fait jour, disparaître.

Marcher dans la rue pour rejoindre le métro dans la ruelle sombre débouchant sur l'artère principale. Ne pas lever les yeux vers le ciel. Jouer à Icare lui a déjà coûté son dernier emploi. Une femme, elle l'avait oublié, ne flamboie pas. 

Rire aux plaisanteries du patron, mais ne pas tenter à son tour un trait d'esprit. Ne pas exposer au jour ses idées, ses réflexions. Se contenter de tâches d'exécution.

Chaque soir, prendre la résolution de briller comme un soleil au matin. Se lever le lendemain et cacher l'éclat de sa peau sous le fond de teint.

 

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01 octobre 2017

moi après mois

Septembre

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Des jours filant à toute allure / Un nouveau poste, une nouvelle équipe / Des gâteaux à la pause du matin, merci Nathalie / "Commander" des légumes, des oeufs, du lait et "être livrée" sur son lieu de travail, merci  encore Nathalie / S'entendre à merveille avec sa tutrice / Tricoter une étole avec un motif dentelle pour Grand Chat / Se dire que Bibiche voudra aussi la sienne / Avoir raison ! Prendre le temps de choisir la laine avec elle, un bleu qui rappelle la couleur de la mer en hiver / Lire, mais très peu / Culpabiliser en contemplant les SP qui attendent sur la table de chevet / Consacrer trois week-end à corriger mon deuxième roman / Suivre les conseils avisés de Julie / Se replonger dans l'histoire, renouer avec les personnages et leur donner plus de chair, plus de vie / Terminer "l'ossature" du troisième / S'inquiéter de la marche de monde/ Avoir des frissons dans le dos en lisant la presse / Regarder avec Bibiche la série La servante écarlate, tirée du roman de Margaret Atwood et espérer que les dystopies ne soient pas les réalités de demain / Participer à une formation, prendre des notes comme au bon vieux temps de la fac / S'apercevoir qu'un des animateurs propose de mettre sur nos clés USB l'intégralité du stage / Se sentir dans la peau d'un vieux dinausaure / Ecrire, c'est so années 80 ! / Ne plus supporter l'adjectif "Bienveillant" mis à toutes les sauces / Eduquer, ce n'est pas seulement être bienveillant / Donner des cadres, rappeler les règles, c'est aussi aider les enfants à grandir / Etre accueillie comme une reine tous les soirs par Titou, mon Cavalier King Charles / Calmer ses grognements de cochon (et oui, il fait son cochon quand il est content) et lui frotter le dos jusqu'à m'user la paume de la main / Skyper avec Grand Chat le dimanche / Apprendre qu'elle a décroché un stage dans notre ville / Bye-bye Nancy pour six semaines en hiver / Bonjour Lannion comme stagiaire au Télégramme / Se lancer dans la quête de la toile enduite PARFAITE pour me coudre un sac de piscine aux vacances d'automne / Se réconcilier avec l'eau au Forum de Trégastel / Lâcher prise dans le hammam ou le jacuzzi / Rire devant un bonnet de bain invraisemblable, un assemblage de fleurs fluo, porté sans complexe par une mamie / S'interroger sur l'endroit où elle a déniché cet "objet" et le découvrir dans la boutique du Forum / Se projeter dans vingt ans et se promettre de se l'offrir, pour le fun/ S'indigner du fait que Bibiche et Grand Chat soient "harcelées" quotidiennement, même dans des lieux, où a-priori, elles devraient être protégées / S'étonner qu'une enseigne phare de Brest "couvre" un de ses employés / L'ouverture de parapluie, au propre comme au figuré / Mettre fin avec eux à une collaboration de presque dix ans / Sans vouloir jouer la chienne de garde, constater que les droits des femmes régressent / Terminer ce mois par une note optimiste : octobre, c'est l'ouverture de la saison des crumbles !

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30 septembre 2017

Brunetti forever ...

 

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Fan de la première heure, je ne peux résister chaque année à la parution du dernier roman de Donna Leon. Je fais partie de ceux qui ont suivi la série adaptée des livres, arpenté les rues de Venise sur les traces du commissaire Brunetti et de son acolyte Vianello.. Force est de reconnaître que l' intrigue est moins fouillée que dans les tout premiers romans, que certains passages tirent un peu à la ligne. Je n'en ai pas moins aimé ce dernier opus.


   Le commissaire est confronté à un "cold case". la comtesse Demetriana Lando-Continui, une amie de sa belle-mère, lui demande de résoudre un "crime" vieux de quinze ans. Sa petite-fille, adolescente, se serait jetée dans le canal en pleine nuit et aurait été sauvée par un ivrogne, incapable de se souvenir au matin de ce qui s'est passé. La jeune fille, plongée longtemps dans le coma, a subi des dommages cérébraux irréversibles, faisant de l'actuelle trentenaire une éternelle enfant. A l'époque, l'affaire a été classée : un suicide lié au mal-être de l'adolescence. Sa grand-mère, au crépuscule de sa vie, veut que Brunetti découvre la vérité. Elle pressent que sa petite-fille a été poussée. Notre héros va, comme à chaque fois, ruser avec Patta le vice-questeur pour l'inciter à rouvrir ce dossier. Il pourra compter aussi sur l'aide de la "secrétaire" de Patta, la sublime Elettra, divinité tutélaire du commissariat, capable de trouver par des chemins informatiques peu orthodoxes de précieux renseignements.


   Donna Leon nous offre, une nouvelle fois, une tranche de vie de Brunetti. Son quotidien nous est maintenant familier : son goût pour les auteurs de l'Antiquité, ses inquiétudes sur le devenir de Venise ou le futur de ses enfants, son appétit devant les plats que prépare Paola, son épouse passionnée de littérature. Le fil rouge est bien sûr l'enquête autour de la noyade de Manuela, mais l'auteur s'autorise de nombreuses digressions. A Venise, quoi de plus naturel que de s'égarer ? On finit toujours par arriver à destination.

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20 septembre 2017

Un astronaute en Bohème de Jaroslav Kalfar

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" Printemps 2018. Du sommet de la colline de Petrin, par une chaude après-midi d'avril, la nation tchèque assista au décollage de la navette JanHus1 depuis un champ de pommes de terre nationalisé."

Le ton de ce livre est donné : les pieds enfoncés dans le réel, la tête dans les étoiles. En ce jour que le gouvernement souhaite glorieux, destiné à prouver aux pays plus puissants que la Bohème joue aussi dans la cour des Grands, Jakub Prochazka est propulsé dans l'espace. Il a pour mission d'atteindre un nuage de poussière cosmique, un phénomène nommé Chopra, d'en rapporter des échantillons pour analyse, et au passage, de rappeler que son pays est à la pointe de la technologie. Sur Terre, l'appareil d'Etat a tôt fait de transformer ce trentenaire, spécialiste de l'espace, en un héros au visage et au passé bien lisses, un Thomas Pesquet dialoguant depuis sa navette avec des personnes lambdas et sommé de toujours montrer, malgré les difficultés, un optimisme béat.

Le lecteur est immédiatement plongé dans la conscience de Jakub, vit avec lui cette extraordinaire odyssée et ses à-côtés peu glorieux. Dès les premiers instants par exemple, l'astronaute est taraudé par la soif, ayant refusé de boire avant le décollage pour que la pureté de sa mission ne soit pas entachée par l'urine relâchée dans sa tenue à absorption maximale. Le voyage vers Chopra s'annonce très long et les jours s'étirent lentement. L'astronaute pense à sa femme Lenka, se demande comment elle va gérer leur séparation momentanée. Leur mariage a été l'union de deux solitudes et chacun constitue presque "tout" pour l'autre. A-t-il bien agi en acceptant cette offre aussi excitante que dangereuse ? S'il a dit oui, c'est peut-être moins pour l'intérêt scientifique de la mission que pour racheter par un acte héroïque le passé de son père. Celui-ci appartenait à la police de l'Etat communiste et a torturé plus d'un homme suspecté de sédition par le régime. 

Les semaines passent et Jakub se plonge de plus en plus dans ses souvenirs : sa relation avec ses grands-parents et le quotidien dans leur ferme, l'accident mortel qui a permis à son père d'échapper à un procès après la chute du Mur, mais l'a rendu orphelin, cet ancien détenu qui fait intrusion chez ses grands-parents pour leur annoncer qu'ils vont tous payer pour les horreurs commises par le père de Jakub. L'astronaute s'enfonce dans son passé et ne peut plus se raccrocher au présent, Lenka a quitté leur domicile et ne veut plus communiquer avec lui. Dans cet état, loin de chasser de son esprit, l'étrange créature ressemblant à une araignée qui s'est introduite dans le vaisseau, il noue avec elle des relations d'abord teintées de méfiance, ensuite franchement amicales. Jaroslav Kalfar nous offre un portrait d'extra-terrrestre à la fois original et loufoque. Son addiction au Nutella n'est pas la moindre de ses particularités. 

La navette arrive près du nuage de poussières et tout se dérègle, la mission vire à la catastrophe. L'astronaute est contraint de s'éjecter dans l'espace et de devenir un cadavre momifié en orbite. Et si cet épisode marquait non pas la fin de l'histoire, mais uniquement un tournant de celle-ci...

Ce roman est multiple et foisonnant, mélange de réalisme où affleure la nostalgie et d'épopée spatiale. Il fourmille de détails, de descriptions tantôt triviales, tantôt poétiques. L'humour est souvent présent, tempéré par une réflexion sur l'influence de notre hérédité sur les choix de vie que nous faisons.

Un excellent roman

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16 septembre 2017

Le chemin du diable de Jean-Pierre Ohl

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Pour pleinement apprécier ce récit, il a fallu que" j'ajuste ma focale" de lecteur. M'ayant été proposé comme un roman policier, j'avais déjà en tête une "grille de lecture". Il est vrai que la quatrième de couverture évoque un squelette mis au jour en drainant un étang. Il pourrait s'agir de lady Beresford, disparue vingt ans plus tôt à Darlington dans le Nord de l'Angleterre. Son corps, un poignard fiché dans la cage thoracique, n'aurait jamais été découvert si au printemps 1824 ne se construisait la première ligne de chemin de fer. Cet étang, situé sur le tracé, doit disparaître pour que le chantier puisse se poursuivre. Ce cadavre est bien embarrassant, il réveille de vieilles histoires, révèle de sombres secrets et freine aussi la "marche" du progrès. 

La recherche de l'assassin ne va pas constituer, loin s'en faut, le fil conducteur de la narration. Jean-Pierre Ohl nous décrit surtout l'Angleterre au temps de la révolution industrielle, à une époque charnière où le progrès est vu d'un mauvais oeil par les hobereaux de province, par les plus pauvres qui n'en ressentent aucunement les bienfaits, mais séduit certains capitaines d'industrie peu scrupuleux. Cette peinture, extrêmement détaillée, rappelle les romans d'Anthony Trollope. Je n'ai pas saisi toutes les allusions historiques, faute de connaissances suffisantes.

J'ai préféré aux références historiques le point de vue des multiples personnages sur cette année 1824. L'histoire se déroule à Londres et à Darlington. Dans la capitale, nous suivons Charles Dickens, âgé de douze ans, dont la famille est en prison pour dettes et qui gagne quelques sous dans une fabrique de cirage. Nous entrons aussi dans l'intimité de Leonard Vholes, par le biais de son journal intime. Le lien que cet individu assez inquiétant entretient avec les Beresford se précise tout au long du roman. A Darlington, Edward Bailey, trentenaire plus connu pour sa propension à faire la fête que pour ses talents de notaire, est nommé juge de paix, en charge d'élucider l'affaire du squelette de l'étang. Il forme un duo très plaisant avec Snegg, son clerc de notaire. Rien n'est fait pour leur faciliter la tâche tant les intérêts en jeu sont multiples. Coincés entre les tenants du progrès et ceux qui sont persuadés que le chemin de fer est celui du diable, ils avancent vaille que vaille à la recherche de la vérité. L'affaire intéresse aussi les ouvriers et nous permet d'en découvrir quelques-uns.

Je me suis perdue dans ce roman d'une grande richesse, ne parvenant plus à certains moments à identifier les nombreux personnages, égarée entre toutes les pistes narratives : enquête policière, hommage au roman gothique, peinture à la Trollope. Cette abondance a fini par me submerger, et pourtant l'ensemble est très bien écrit et parfaitement construit.

 

Une lecture en demi-teinte

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