25 mars 2017

Quart de frère Quart de soeur (tome 1) de Sophie Adriansen

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   Ce livre est un petit bijou dans un très bel écrin. Avant de vous parler de l'histoire, j'ai envie de m'attarder sur la couverture et la quatrième de couverture. Les deux personnages principaux y apparaissent sous le crayon de Maureen Poignonec. Le trait est moderne tout en gardant la tendresse et la rondeur de l'enfance. Les couleurs délicates, posées sur un blanc pur, le titre avec ses rayons de soleil et sa goutte d'eau donnent envie de rentrer dans l'univers de Viviane et Arthur, tous deux élèves de CM2. La quatrième de couverture nous en livre un peu plus sur leur famille respective. En quelques mots, en quelques traits, le décor est planté. Sophie Adriansen nous a concocté un série sur une famille d'aujourd'hui, qui tente le pari d'allier la blancheur des "métros" au caramel des Antilles.

   En cette rentrée de septembre, Arthur Pichet est serein. Il entend profiter de sa dernière année à l'école primaire avant la Sixième et les tracas de la pré-adolescence. Tout est quasi à l'identique : Tisane, le lapin de la classe, tient la forme, lui-même, élève le plus cool depuis le CP, pense que son rallye mathématique va encore une fois soulever d'enthousiasme son fan-club. Rien ne devrait bouleverser l'ordre des choses. Et c'est parfait pour notre garçonnet, qui ressemble déjà dans sa tête à un pépère en chaussons. La vie, par nature imprévisible, lui réserve une surprise de taille : l'arrivée d'une nouvelle. Et quelle nouvelle ! Viviane est un concentré de couleurs et de bonne humeur. Pour son premier jour d'école, elle arbore une robe couverte d'ananas jaunes et orange, des perroquets aux oreilles et 24 couettes attachées avec des élastiques colorés. Arthur frise le collapsus, tant d'exotisme lui paraît de mauvais goût. Le reste de la classe n'a pas l'air de son avis, bien content de cette "bouffée" d'ailleurs qui les entraîne vers une région de France à des milliers de kilomètres de leur ville. 

   L'auteure donne tour à tour la parole à Arthur et à Viviane. Dès le début du roman, ils se disputent pour le leadership de la classe. Viviane veut "chatouiller" ces métros frileux, se faire sa place dans la classe (et tant qu'à faire voler la première place à ce garçon qui n'a de cool que le titre). La guerre est vraiment déclarée quand elle réussit à imposer son idée de "journal des métiers"comme projet phare de l'année. Exit le rallye mathématique, les enfants réaliseront des interview de parents sur leurs activités professionnelles. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, l'affrontement feutré va tourner à la bataille rangée. Et Arthur et Viviane ne peuvent attendre aucun secours de leur parent respectif. La mère du premier semble trouver à son goût le père de la deuxième. Hors de question que leur "adulte" solo se retrouve une moitié d'orange...

   L'histoire semble couler de source, évoquant les problèmes des familles qui se recomposent avec simplicité et naturel. Les illustrations épousent le récit et nous offrent des moments suspendus, arrêté par la douceur et l'humour qui se dégagent du dessin. Vivement le tome 2 de cette saga qui nous montre que le soleil et la glace peuvent être complémentaires. Quart de frère quart de soeur est une vraie réussite !

Un GRAND merci aux éditions Slalom (et à l'opération Masse critique de Babélio)

Psst : Leur site est très sympathique et le catalogue offre plein d'autres petits bijoux

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20 mars 2017

Atelier n°67

 

Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Fred Hedin.

 

" Tu manges au self à midi ?"  J'ai répondu par la négative à ma collègue Sylvie.Depuis septembre, j'avais repris le goût des repas à la cantine, des discussions boulot et météo. Rien de transcendant, juste le plaisir d'échanger avec des adultes. Depuis septembre et mon retour au travail après sept années de congés, je me sentais revivre. C'est difficile à expliquer mais c'était pour moi comme un "shoot" de normalité. Mon job dans un bureau pouvait paraître routinier, même ennuyeux à certains. Moi, j'éprouvais une sorte d'ivresse le matin quand je me levais pour aller travailler.

C'est fini. La maîtresse de Lucas m'a laissé un sms sur mon portable. Elle veut me voir à la sortie de l'école. Dans le bâtiment vidé par la pause de midi, j'écoute le silence. Quand nous retrouverons, Lucas et moi, nos tête-à-tête à la maison, le silence n'existera plus, remplacé par son étrange langage. Soupirs et cris, gémissements et rires que je m'efforcerai toujours de décoder.

Qu'a-t-il fait ? Bousculer un autre élève, pousser des hurlements, recracher son repas à la tête de son AVS. Je n'aurais pas dû me laisser aller à l'espoir. Lucas n'a pas sa place à l'école, j'ai tort de m'acharner. Pourtant ces derniers mois, tout semblait rouler. La maîtresse de Moyenne Section avait accepté mon grand de presque six ans et demi. Elle était même parvenue à établir un contact avec mon enfant culbuto. A la moindre contrariété, il se balance d'avant en arrière et chantonne pour se rassurer. Son AVS, Simone, une solide quinquagénaire, le surveillait comme le lait sur le feu. Et moi de dire à Pierre : "Tu vois qu'elle marche la méthode ABA  !" Lui souhaitait que Lucas intègre un centre spécialisé. Il est persuadé que notre fils y ferait des progrès. Je n'arrive pas à me faire à l'idée que mon bébé ne rentrerait que le week-end à la maison.

Il est 12h45. La maîtresse doit être disponible. Je ne peux pas attendre ce soir pour savoir. Je veux me préparer à l'avance, répéter les mots déjà tellement ressassés : "Merci. Je sais que vous avez fait votre possible. Je comprends que vous ne puissiez pas garder Lucas." Je ferai ma bravache, je ne pleurerai que cachée dans le fond de notre jardin.

Bonjour,
Votre sms m'inquiète. Auriez-vous la gentillesse de me préciser le motif de notre rdv ?
Cordialement
La maman de Lucas

Le message est envoyé. J'espère avoir une réponse avant le retour des collègues. Je vois apparaître le mot MMS sur mon Smartphone. Une photo apparaît peu à peu : une maison pimpante sous un beau ciel bleu. Sous le dessin, Mme Rémond a écrit : Lucas, comme les autres enfants, a dessiné l'école ce matin. Je crois qu'il veut nous faire comprendre que notre maternelle lui plaît bien. A ce soir.

Je serre le téléphone contre mon coeur. Il bat comme un fou pour mon étrange et merveilleux garçon. 

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16 mars 2017

" Là où tu iras, j'irai" de Marie Vareille

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  " Fruitinette" de Marie Vareille


   Je précise d'emblée que mon article n'est pas sponsorisé par Lutti et que le vile rumeur, selon laquelle, ils m'ont promis mon poids en bonbons n'est que pure calomnie. Je viens de terminer le roman de Marie Vareille et je n'hésite pas à le comparer à une fruitinette de chez Lutti. Je suis certaine que vous connaissez ce bonbon aux fruits.Son enrobage sucré cache un coeur mou aux saveurs nettement plus acidulées. De la même manière, "Là où tu iras, j'irai" est une comédie qui file bon train mais aborde aussi des thèmes comme le mal-être adolescent ou l'éclatement des familles après un deuil.
 

   Isabelle, trente-deux ans, est caissière au Mac-Do en attendant de décrocher le rôle qui la révèlera au grand public. A 16 ans, un film l'a mise dans la lumière et depuis elle court après un succès qui, comme le bonheur de Christophe Maé, est difficile à (re)trouver.En couple avec Quentin, modèle d'équilibre et de patience, elle continue à ne pas reboucher les tubes de dentifrice, à faire les fêtes et surtout à ne pas se préoccuper du lendemain. Ils partagent la même couette depuis quelques années sans que rien ne les lie, si ce n'est le plaisir d'être ensemble. Seulement voilà, Quentin l'invite au restaurant et dégaine un écrin en velours bleu marine. Panique à bord ! Isabelle, qui vient tout juste d'adopter Woody Allen, un chihuahua au "physique ingrat" ne se sent pas prête pour une existence rangée : mariage, maison et "lardons".

   C'est à ce tournant de son existence que surgit Adriana, une ado en pleine révolte contre sa famille. Elle est la fille du célèbre réalisateur,Jan Kozlowski , celui-là même qui a refusé, 15 ans auparavant, à Isabelle le film susceptible de lancer sa carrière. Adriana lui propose un projet "machiavélique" : remplacer leur nounou pendant les vacances d'été et en profiter pour séduire leur père, prêt à se fiancer avec une certaine Colombe. La jeune fille semble refuser que quiconque prenne la place de sa mère, dont le suicide a brisé leur famille. Sa soeur Zoé est devenue une "geek" rondouillarde et son frère Nicolas s'est muré dans le silence. Isabelle ressemble beaucoup à sa mère décédée, son père ne pourra que se laisser charmer.

   Notre héroïne accepte ce "deal" moralement douteux pour renflouer son compte en banque dans la zone rouge et se venger du réalisateur. Direction l'Italie, plus précisément Milan, où l'attendent bien évidemment de nombreuses surprises. 

   Le roman de Marie Vareille compte ce qu'il faut de copains "à la vie, à la mort", de Spritz au bord de la piscine, de Vespa orange et de jolie robe rouge. Il nous parle aussi, au détour d'une phrase ou d'un paragraphe, de résilience et d'acceptation de l'autre avec ses blessures et ses différences.

                                                                 Là où tu iras, j'irai, Marie Vareille, Editions Mazarine

Lu en numérique via Netgalley

 

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13 mars 2017

Atelier n°66

Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. il s'inspire d'une photo de Emma jane Browne.

  Pardonnez-moi, Seigneur, pour mes péchés. Depuis plus d'un mois, je fais un détour tous les soirs par la pâtisserie "Le palais sucré" avant de rentrer à l'appartement. Je me faufile subrepticement jusqu'à notre chambre pour dissimuler, dans mon tiroir à sous-vêtements, macarons vanille et financiers pistache. La cachette est tellement improbable que je doute que Mélanie, mon épouse, la découvre un jour. Je suis un homme à bout...

   Gourmandise et mensonge, je suis devenu un pécheur, Seigneur ! Il en va de ma survie. J'ai cinquante-trois ans et Mélanie me gronde à table comme si j'étais encore un enfant : " Gérard, tu me finis ton taboulé aux graines germées sinon tu n'auras pas de dessert. Ce serait dommage de te priver de la délicieuse crème au soja que j'ai préparée." Les repas sont devenus un enfer, le mot n'est pas trop fort, croyez-moi ! Mélanie a rejoint il y a cinq semaines une secte diabolique qui camoufle ses noirs desseins sous un nom en apparence anodin : "Mangez bien, mangez sain". Les fidèles se réunissent le mardi et le jeudi et échangent des recettes, des adresses d'officines bio et des conseils pour convertir leur proches. Mon épouse, fidèle parmi les fidèles, voue un culte au tofu : pain au tofu, lasagnes au tofu, MOUSSE AU CHOCOLAT au tofu... 

   Je souffre à chaque bouchée, m'efforçant d'être aussi brave que Socrate buvant sa cigüe. Seulement, pendant que Mélanie suit le journal de 20h, je me glisse jusqu'à notre chambre, m'approvisionne en petits gâteaux et m'enferme dans les toilettes pour les manger. J'ai conscience du ridicule de la situation. Je devrais être plus ferme et hausser le ton : " Le tofu, j'en ai ras le c*l !" mais je suis lâche. J'attends avec impatience le week-end. Julien et Aurore, nos deux grands enfants, quittent leur studio à la résidence universitaire et regagnent la maison. D'habitude ils pouvaient profiter de la machine à laver et de plats roboratifs et reconstituants.  Maintenant,eux aussi sont soumis au régime healthy ! Ils reviennent toujours pour les lessives et, grâce leur soit rendue, ils n'oublient pas leur vieux père lors de leurs expéditions au Mac Do.

   Seigneur, j'implore votre secours ! Ne pourriez-vous pas suggérer à Mélanie  une nouvelle croisade ? Je me convertirais volontiers à la marche nordique, au yoga ayurvédique, voire même à la méditation bouddhique. Tout, j'accepterais tout, pourvu qu'il n'y ait plus jamais de tofu !

 

* Aucun morceau de tofu n'a été maltraité durant l'écriture de ce texte

  

 

 

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09 mars 2017

La révolution en chaussons

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   A ma grande surprise,l'auteur de ce roman est né en 1985. Le style délicieusement suranné, émaillé d'expressions pittoresques, m'avait fait imaginer un "Louis-Henri de La Rochefoucauld" en vieil homme portant beau, une sorte de clone de Jean D'Ormesson. Notre écrivain serait-il comme son anti-héros, François de Rupignac, un homme âgé avant l'heure, amateur de petites laines, de feux de cheminée et de tisane à la camomille ? Je pense plutôt qu'il est doué d'un sens de l'observation extrêmement affûté, doublé d'une colossale mémoire.

   L'écrivain nous invite, faubourg Saint-Germain, où de nombreux aristocrates, pour la plupart décatis, exècrent l'époque contemporaine en des termes d'une verdeur croquignolette, regrettant leur splendeur passée. Ils font figure d'anachronismes vivants. François de Rupignac est le dernier d'une très noble lignée et ne souhaite en aucun cas prouver sa bravoure sur les champs de bataille. Il prèfère la "révolution en tweed". La création du club des vieux garçons sera le fer de lance de celle-ci. Outre l'organisation de soirées où les "hurluberlus", contempteurs de notre époque productiviste, se saoulent au champagne, François et son ami Pierre mettent sur pied des expéditions punitives contre les "gendelettres" et les politiciens dont les écrits sont d'un vide abyssal. 

   Pour moi, le passage le plus drôle de ce roman est le châtiment bien mérité de Pierre-Alain Précieux, "éternelle figure du gendelettre bouffi de lui-même qui hante le milieu littéraire faute d'être habité par la littérature". François et Pierre entreprennent de dégonfler cette prétentieuse baudruche de façon potache mais efficace.

   Les années passent et François vieillit. Il devrait être heureux d'aborder les rivages de la trentaine, lui qui rêvait de foyer-logement plutôt que de carrière à la City. Les années passent et il se dit qu'il est peut-être passé à côté de sa vie, dilapidant  ses heures comme son argent. Son comportement "fin de race" (l'expression, ici, n'est pas péjorative) n'est-elle pas une impasse ? L'auteur, dans sa grande mansuétude, va opportunément placer sur sa route une jeune fille "avec un accent belge à décoller les moules de leur coquille".

   Louis-Henri de La Rochefoucauld fait revivre, le temps d'un roman, un monde sur le déclin. Son personnage, attachant et horripilant ( "attachiant" pour tout dire ) est l'héritier de traditions, d'un art de vivre qui n'ont quasiment plus cours. L'humour est son arme pour dynamiter une époque où il ne trouve pas sa place. L'amour sera peut-être plus efficace...

Une lecture plaisante malgré quelques longueurs

Lu en numérique via Netgalley

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21 février 2017

Un roman primesautier !

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   Paul Vacca ressuscite Eugène Sue pour le plus grand plaisir du lecteur. Son admiration pour l'auteur des" Mystères de Paris" ne tourne pas au panégyrique mais prend la forme d'un récit qui allie drôlerie et érudition. Nous voilà plongé "in media res" : Eugène Sue, jeune dandy fortuné, déguisé en peintre en bâtiment, quitte les beaux quartiers de la capitale pour en explorer les bas-fonds. Minute papillon ! Nous n'en saurons pas plus pour l'instant. A la manière des feuilletonistes en vogue au XIXème siècle, Paul Vacca interrompt l'action par un frustrant " Mais n'anticipons pas !"

   L'écrivain nous ramène à "Dandyland" où le "Beau Sue", jeune homme primesautier, dilapide l'argent paternel en habits extravagants, repas fins et fêtes si possible galantes. Son père, un éminent professeur en médecine, se désespère devant la désinvolture de sa progéniture ! Marie-Joseph (Eugène sera son prénom de plume) vit au jour le jour et ne prend aucunement au sérieux ses études de médecine. Pour s'éviter d'assister aux cours, il va même jusqu'à se payer une doublure pour passer les examens à sa place. Vivre l'occupe suffisamment ! Les scrupules n'étouffent pas Eugène, qui en vient à écrire une pièce de théâtre pour souffler sa maîtresse à un riche député et se moquer de celui-ci sans même qu'il s'en rende compte. Double plaisir pour le sacripant ! Tout à fait par hasard, il rencontre peu après le succès de cet impromptu, un "dénicheur" de feuilletonistes. Le roman-feuilleton est en plein essor. Il augmente les tirages des journaux en maintenant le lecteur en haleine par le devenu cultissime "La suite à demain". Cette production au jour le jour convient à Eugène Sue, à son tempérament vif argent, à sa fantaisie qui trouve à s'exprimer à travers des intrigues tarabiscotées, de l'exotisme en veux-tu, en voilà, des bagarres viriles et des scènes un tantinet osées. Il a bien conscience de ne pas écrire l'oeuvre du siècle. Peu importe ! Il s'amuse et joue avec les mots avec la même insouciance qu'il mène son existence. 

   Paul Vacca nous met dans les pas de ce jeune chien fou, qui entreprend l'espace d'une soirée de devenir socialiste avant de se raviser et de partir à la conquête du faubourg Saint-Germain. Avoir de la suite dans les idées n'apparaît pas être la priorité du feuilletoniste. Une femme, Olympe de Castignan, va lui ouvrir les portes de cet univers très fermé. Mais comme un enfant trop gâté, il finira pas se lasser et partira à la découverte d'un autre Paris, celui des quartiers malfamés.

   Ce roman nous montre une ville constituée "d'îlots" qui s'ignorent complètement. Eugène Sue les visite, comme le ferait un voyageur en terre étrangère. C'est ainsi qu'il en vient à l'écriture des "Mystères de Paris", où il décrit ce que les lecteurs "raffinés" appelleront les égouts de la capitale. C'est dans cette "fange" qu'il trouvera son ange, Fleur-de-Marie !

   Au-delà de l'histoire en elle-même, riche en péripéties drolatiques, Paul Vacca joue avec les codes d'écriture des feuilletonistes. Il a l'adjectif généreux, le style parfois fleur bleue, les facéties langagières nombreuses. Il ponctue son récit d'allusions à notre époque et si le ton est toujours léger, le propos, lui, est parfois plus grave.

   J'ai adoré ce roman primesautier. Que l'auteur en soit dûment remercié !

   

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02 février 2017

Et si l'Amérique ne faisait plus rêver ...

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  Le titre de ma chronique pourrait le laisser supposer mais non ...  Donald Trump n'apparaît pas dans le roman de Paula McGrath. En revanche, de nombreux personnages se frottent à des époques différentes au rêve américain.Ils s'y frottent et s'y blessent. Certains évoqueront un récit décousu, une trame un peu lâche. Je le "confesse", le roman choral où les liens entre personnages sont subtils, voire sous-entendus, est mon péché mignon. J'aime être une lectrice active, à l'affût des indices, parfois ténus,qui font avancer l'histoire. La construction de ce livre m'a donc beaucoup plu.

   Dans Génération, le personnage central me semble être l'Amérique, ardemment désirée et finalement décevante.
Dans les années 60, une jeune Irlandais retourne au pays le temps d'une " veillée américaine". Il partage l'exaltation et la tristesse de ceux qui quittent leur "île émeraude" pour cet "Ailleurs" supposé meilleur. C'est ainsi qu'il se retrouve, pendant quatre ans, près de Chicago, à descendre dans la mine chaque matin. Il économise pour expédier de l'argent en Irlande et pour acheter une ferme. Il ignore que sa petite-fille partira sur ses traces en 2027 et trouvera son nom dans la Liste des Mineurs au musée d'Elliot Lake.

   Sans transition apparente, nous découvrons Joe, un quarantenaire, agriculteur bio, fumeur de cannabis, sale comme un peigne mais dont la beauté brute peut plaire.Nous sommes en 2010,  à l'ère de Skype et du woofing. Il se cherche de la compagnie féminine par Internet et séduit à distance Aine, fraîchement divorcée, que son emploi de bureau ennuie. Joe et sa ferme dans l'Illinois la séduisent, ils incarnent le changement, l'espoir d'une vie plus palpitante. Aine, qui est la fille de notre mineur, va quitter l'Irlande pour tenter sa chance. Elle débarque avec Daisy, sa fillette de cinq ans pour six semaines. Le temps d'un été, elle veut vérifier qu'une autre existence est possible. Son rêve va -t-il résister à la réalité ? Aura-t-elle plus de chance que son père ?

Carlos, un ouvrier mexicain de la ferme de Joe, lui, sait depuis longtemps que l'Amérique donne peu et prend beaucoup. Elle lui a pris son neveu Antonio, lors d'un passage illégal de frontière. Elle lui a volé l'enfance de ses filles qu'il n'a pas vues grandir. Elle lui donne un maigre salaire et de trop nombreuses soirées en solitaire. Il ne vient pas de la verte Irlande mais n'en est pas moins un exilé.

Des exilés, le roman de Paula McGrath en compte beaucoup d'autres, comme Judy l'Allemande,ou Makiko, la Japonaise. Tous ne quittent pas leur pays pour les mêmes raisons.Mais ils ont au moins deux points communs : la désillusion et la nostalgie. Pour l'auteure, l'Amérique est un mirage, une belle image, une pépite qui ne serait qu'un vulgaire caillou recouvert de peinture jaune.

Livre reçu lors de l'opération Masse Critique de Babélio

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30 janvier 2017

Atelier n°65

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Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo d'Anselme.

 

Lou passe tous les jours devant l'arbre à voeux. Ce projet initié par la section Arts Plastiques du lycée, lui donne souvent le sourire avant d'aller en cours. Elle suit l'apparition de ces fruits de papier avec assiduité, attendrie par les gribouillis d'un enfant ou intriguée par un message dans une langue étrangère. Aujourd'hui, elle remarque tout de suite une feuille quadrillée, découpée en forme de bouteille. Son prénom écrit en très gros caractères, au feutre bleu, l'interpelle. Lou s'approche et lit :

Ma première bouteille à la mer, je prie pour qu'elle atteigne ton rivage.
LOU,
J'aimerais quand ton visage se tourne dans ma direction, qu'il ne me passe pas au travers. Je voudrais ne plus être transparent à tes yeux.

Instinctivement, elle jette un oeil aux alentours. Ce message ne peut venir que d'un garçon de sa classe. Il est peut-être là, tout près, à guetter sa réaction.

La journée s'écoule presque comme à l'ordinaire. La jeune fille n'écoute les professeurs que d'une oreille discrète et tente de deviner l'identité de son admirateur secret.

Le lendemain, elle hâte le pas pour arriver plus tôt au lycée. Une deuxième bouteille l'attend, balancée par un souffle d'air.

Ma deuxième bouteille à la mer, je prie pour qu'elle atteigne ton rivage.
LOU,
J'aimerais que ton épaule touche la mienne, un simple contact, moins voyant que deux mains enlacées.Je voudrais que tu t'appuies sur moi et que mon corps existe à tes yeux.

Ses joues deviennent écarlates. Qui se cache derrière ces messages ? Ils lui sont adressés mais tout le monde peut les lire. Bientôt, ses copines se mêleront de l'affaire et se moqueront de son amoureux transi. " Le mec, il connaît pas Facebook ou quoi ?" Elle n'enlève pas pour autant le message bercé par le vent.

Lou scrute attentivement ses camarades de classe. En TP de Physiques, elle casse un bec Bensen. Le professeur lui demande de manière ironique si c'est l'amour qui la rend aussi maladroite. Elle rougit et essaie de se concentrer.

Le lendemain, elle court presque pour arriver jusqu'à l'arbre à voeux.

Ma troisième et dernière bouteille à la mer, je prie pour qu'elle atteigne ton rivage.
LOU,
J'aimerais que ma popularité ne me rende pas invisible à tes yeux. Je suis premier de la classe et alors... Je suis beau gosse et alors... Je suis un des espoirs français en planche à voile et alors... Mon aura occulte ma personne.Je voudrais  juste être un garçon  à regarder, à toucher, à aimer.

Elle entend son nom murmuré dans son dos. Elle se retourne et regarde Louis. Sa main doucement se pose sur la joue du garçon.

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19 janvier 2017

La saison des primevères était passée...

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" La saison des primevères était passée."La première phrase du roman, information assez insignifiante pour les hommes, est le signe, pour la gent lapine ,que le printemps va bientôt transformer la nature en un splendide garde-manger. Vous allez vous surprendre très rapidement à ne plus penser en humain mais en lapin. Vous trouverez normal de farfaler à la fraîche, de guetter l'apparition des vilous et de vous endormir, béat, contre la fourrure bien chaude d'un de vos congénères au fond d'un terrier. Richard Adams réussit, le temps d'une épopée "lapinesque" (soit quelques mois) à nous faire vivre à hauteur de garenne.

Patrick Chamoiseau dans "Les neuf consciences du Malfini" nous montrait le monde au travers du regard d'un aigle. Le temps de la lecture, nous étions ce prédateur puissant, doué d'une intelligence très particulière. Dans "Watership Down", nous partageons le quotidien plus terre à terre (dans les deux sens du terme) d'un groupe de lapins qu'un grand danger va chasser de son habitat. Un projet immobilier menace leur domaine et Fyveer, un jeune lapin chétif et donc considéré avec mépris, le sent dans sa chair, dans son âme. Hazel, son frère, solidement bâti et amené à occuper une place de choix dans leur garenne, croit aux prémonitions de Fyveer. Ils vont tenter d'alerter leur maître, le Padi-Shâ, qui chasse d'un revers de patte, leurs inquiétudes. Les deux frères, convaincus de l'imminence du danger, vont rallier à eux quelques compagnons de route et tenter (ce qui est inconcevable pour leur race) l'aventure.

C'est le début d'une formidable histoire, d'un récit initiatique porté par un souffle épique et poétique. Les deux frérots lapinaux partent à la recherche d'une terre sûre où établir une nouvelle garenne. A leur côté se trouve Dandelion, le conteur qui leur narre des épisodes de la mythologie lapine, où le facétieux Shraavilshâ et son acolyte Primault se jouent des dangers et des dieux. Ils peuvent aussi compter sur le sanguin, le bourru au coeur tendre, Bigwig, ancien garde du maître. Il ne faut pas oublier le minuscule Pikkyn, fort uniquement de son indéfectible attachement à Hazel.Quelques autres membres dont le rusé Rufus complètent la bande .Ils vont parcourir des terres hostiles (quelques kilomètres autour de leur point de départ), communiquer avec d'autres espèces : un mulot et une mouette, se défaire de certains préjugés (Ces "messieurs" vont comprendre qu'ils sont tout aussi capables que les hases de creuser un terrier).

Cette expédition va aussi leur permettre de découvrir la vie de lapins domestiques, d'une garenne faussement sauvage, protégée par un paysan, qui de temps en temps, prélève un tribut ou bien d'une autre garenne, sous le joug d'un lapin devenu général, qui règne par la terreur et un système hiérarchique rigide.

Notre vaillante troupe progresse à petits bonds de lapins, prompte à s'arrêter en cas de bruits inquiétants, d'envie de grignoter une touffe d'herbe tendre ou de piquer un roupillon. Les prédateurs ne sont jamais loin et leur vigilance ne doit jamais se relâcher. Leur caractère les porte, cependant, à oublier très vite les désagréments pour jouir du moment présent. Ils vivent en harmonie avec une nature admirablement décrite. Certains jugeront peut-être que les descriptions du paysage, de la végétation,de la lumière à chaque instant du jour ralentissent le récit. Moi, je me suis délectée de ces "tableaux" d'une délicatesse infinie. Pour apprécier pleinement ce roman, il est important de prendre son temps, de savourer chaque page, de lire et relire chaque introduction de chapitres. L'auteur introduit toujours ceux-ci par une citation pertinente, érudite, qui nous rappelle, mine de rien que si le texte parle de lapin, l'humain n'est jamais bien loin.

J'ai rejoint la team "lapinoupower" de Keisha, Grominou, Pr.Platybus et Titine.
A qui le tour ?

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16 janvier 2017

Atelier n°64

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Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Vincent Héque, "fragment' d'une belle exposition.

Là où je suis tombée

Là où je suis tombée demeure ma silhouette éthérée. Nous répétions "Two cigarettes in the dark" de Pina Bausch dans un ancien entrepôt désaffecté. La compagnie ne manquait pourtant pas d'argent mais c'était "tendance", le côté "underground" plaisait au producteur. Moi, le lieu m'importait peu. Au fil des répétitions, mon corps se déliait, adoptait la gestuelle si particulière de la chorégraphe allemande. Je sentais que j'atteignais ce point où je deviens musicale. Soudain, il a fait irruption dans la pièce  immense et m'a tiré dessus. Au procès, il dira : "Elle se pavanait".

Là où je suis tombée demeure ma silhouette éthérée. Nous étions à table pour le repas du soir. J'étais fatiguée après ma journée au magasin. Rester sans cesse debout, le sourire accroché aux lèvres et tenter de décrocher une commission. Aller au devant des clientes et leur vanter notre nouvelle palette de fards à paupières ou notre lipstick corail. Il a repoussé son assiette, les pâtes étaient trop cuites. J'ai répondu et il m'a frappée. Ma tête a heurté le coin de l'évier.
Au procès, il dira : "Elle m'a mal parlé devant les enfants. Elle m'a fait perdre la face."

Là où je suis tombée demeure ma silhouette éthérée. Je rentrais à l'appartement en allongeant ma foulée. Je n'avais qu'une hâte, boire pour éliminer les toxines et prendre une douche bien chaude. J'aime courir en solitaire dans le soir qui tombe, dans les bruits qui s'apaisent. J'entends mon coeur qui bat à un rythme régulier et le sang qui pulse dans mes veines. Je prépare mon premier trail urbain. Il m'a coupée la route et fait des avances. Je l'ai repoussé et il a planté son couteau dans ma poitrine.
Au procès, il dira : "Dans la cité, y'a que les putes qui sortent à cette heure-là."

Là où nous sommes tombées demeurent nos sihouettes figées dans l'instant d'avant : danse, révolte ou mouvement. Si vous ouvrez votre âme, vous nous verrez. Sentinelles fragiles, nous sommes les courants d'air glacé dans le cou des hommes violents.

 

 

 

 

 

 

 

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