24 février 2019

Transcription de Kate Atkinson

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La couverture est belle et assez mystérieuse. Vous découvrirez un flamant rose dans le roman de Kate Atkinson, mais sous une forme assez inattendue... J'attendais beaucoup de ce nouveau roman d'une auteure que j'aime beaucoup. L'histoire d'une jeune oiselle Juliette Amstrong, recrutée par le MI5 en 1940 ne pouvait que me séduire sur le papier. Dans la réalité, j'ai peiné à terminer cette lecture, tout en reconnaissant que le roman est intéressant et extrêmement (peut-être trop) documenté.sur les années 40 au sein du MI5 et les années 50 à la BBC. Je n'ai en revanche pas saisi l'intérêt de débuter et de clôturer l'histoire par une Juliette de retour à Londres dans les années 80.
L'héroïne, jeune Londonienne de 18 ans occupe tout d'abord un poste "administratif" au sein du service de renseignement britannique.. Elle fait partie d'un groupe qui occupe l'appartement voisin du lieu de rendez-vous de membres de la Cinquième Colonne. Leurs conversations sont enregistrées et Juliette est chargée de les retranscrire avec sa machine à écrire. Peu à peu, elle monte en grade et devient agent double, chargée d'infiltrer les milieux des sympathisants de l'Allemagne Nazie. Elle change d’identité et de personnage au gré des missions. Sa naïveté en fait une Candide ( pour ne pas dire parfois une Bécassine) dans le monde de l'espionnage et du contre-espionnage. A cette occasion, j'ai retrouvé l'humour british de Kate Atkinson.
Une ellipse temporelle nous transporte dans les années 50, à la BBC. Juliette y travaille au service des émissions pour enfants. L'auteure nous entraîne avec un plaisir évident dans les coulisses de cette radio mythique. La guerre semble alors rattraper Juliette. En effet un corbeau menace de se venger pour des événements survenus alors qu'elle transcrivait les propos haineux de citoyens en apparence lambda. Elle mène son enquête pour découvrir l'identité de celui-ci et nous prenons connaissance de certains épisodes troubles de son passé d'espionne. 
Kate Atkinson cite à la fin du roman toutes ses sources. Elles sont impressionnantes. Ses connaissances du MI5 et de la BBC sont à l'évidence très pointues. Il me semble, mais ce n'est qu'un jugement personnel, qu'à vouloir trop nous faire partager tous les détails sur ses deux "institutions", elle n'est alourdi et ralenti son récit. Une lecture en demi-teintes. alors que le sujet était extrêmement prometteur.


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04 février 2019

Sa majesté des fèves de Eve Borelli

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" Sa majesté des fèves " est un très agréable feel good entre le road trip et le conte de fée. Les deux personnages principaux, Cristalline et Lucien Bigorneau sont frère et soeur. Il n'est pas possible d'imaginer pourtant physiques plus dissemblables. Cristalline dont le prénom évoque la fragilité est une force de la nature, une tornade blonde, athlète de haut niveau, spécialiste du lancer de disque. Lucien est maigrelet, plutôt froussard et exerce le délicat métier de févier. Ces fèves artisanales, d'une grande beauté, ne font pas le poids devant les mochetés en plastique, fabriquées à la chaîne et reprenant les tendances du moment. Il a mis la clé sous la porte, Lolitta sa petite amie l'a quitté et il disparaît peu à peu sous la crasse et les emballages de pizzas. Cristalline vient à son secours, comme elle le fait depuis l'enfance et l'entraîne dans un voyage outre-Manche pour lui changer les idées et aussi pour lui mettre le pied à l'étrier. Un article dans un magazine people lui a appris que la reine Elizabeth raffolait de la frangipane. Elle s'imagine déjà Lucien févier de sa majesté. Quant à savoir comment rencontrer la reine, elle se dit qu'il sera bien temps d'y penser une fois à Londres. le road trip démarre par deux haltes Blablacar ( Nous sommes en .2019, ne n'oublions pas !). La voiture va donc accueillir en plus des deux héros, du fils de Cristalline et de son horrible caniche deux parfaits inconnus : une gracieuse bien que boiteuse Maguelone et un colosse surnommé Twix en raison de ses doigts manquants. Cet aréopage hétéroclite va connaître de nombreuses aventures, souvent drôles. Eve Borelli a le sens de la formule et ce roman est une agréable "fantaisie" aussi délicieuse et rapidement dévorée qu'une part de galette des rois.

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30 janvier 2019

Sans compter la neige de Brice Homs

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Brice Homs nous entraîne dans un road trip hivernal, intimiste, où le personnage principal Russel Fontenot, quitte Washington et une réunion de travail pour rejoindre Charlottesville et Jennie, sa campagne, sur le point d'accoucher. Les kilomètres défilent dans un paysage de plus en plus fantomatique. La progression est lente, freinée par la neige. Russel, bouleversé par cette naissance imminente., se remémore des moments importants de sa vie. L'auteur construit ce retour en arrière par petites touches. Les souvenirs semblent émerger sans ordre apparent, de la recette de jambalaya de son père à ses années universitaires. Le mot père n'est d'ailleurs jamais écrit. Russel Fontenot parle de lui comme du vieux, celui qui l'a élevé, sans lui montrer, ou si rarement, la moindre marque d'affection. Il évoque la petite station service tenue par celui-ci, son refus catégorique de parler de sa mère, de leurs origines Cajuns, comme si tous les deux vivaient " hors sol", sans racines donc sans passé. Le jour des 18 ans du personnage principal, le vieux est parti., comme s'il avait accompli à minima sa mission. 

Comment devenir père quand le sien n'a rien eu d'un modèle ? Comment aimer une femme quand on a grandi sans présence féminine ? Comment envisager d'avoir une famille quand le mot n'est pour vous qu'un concept abstrait ? 

Les kilomètres défilent, les heures passent et Russel s'égare. Remontent à sa conscience l'université et son amitié avec Koz, riche rejeton finalement aussi paumé que lui. Lui, le boursier, qui doit rester dans les clous, ne pas se faire remarquer, accompagne plus qu'il ne suit son ami dans ses errances :musique rock à fond, drogues à perdre la raison, filles à consommer sans modération.. A l'université, entre Koz et sa copine Chilli, il se recrée une famille bancale et destructrice. Le fait qu'il soit sur la route, des années plus tard, par une nuit d'hiver, pour rejoindre Jennie, montre qu'il a évolué et adopté un schéma de famille plus classique.

Au loin se devinent des lumières, peut-être celle de la maternité. Russel émerge de la nuit, du chaos et s'avance vers l'avenir. Un avenir construit non pas sur le refus, mais l'acceptation de son passé.

Un roman à la poésie brute, où les femmes sont regardées avec une tendresse dont un Yann Moix devrait s'inspirer.

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26 janvier 2019

Tout ce qui nous submerge de Daisy Johnson

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Mon sentiment après la lecture de ce roman est mitigé. Certains aspects de l'histoire m'ont plu, d'autres clairement rebutée. L'intrigue se déroule de nos jours en Angleterre. Elle pourrait tout aussi bien se situer à n'importe quelle époque. Le récit présente de nombreuses similitudes avec le conte et est de ce fait intemporel. Gretel, une jeune trentenaire, qui exerce la profession de lexicographe, cherche sa mère "envolée" le jour de ses seize ans. Cette disparition a marqué son existence, l'amenant à rentrer dans le moule institutionnel alors qu'avec sa mère, elle vivait sur un bateau, complètement en marge de la société. Leur univers singulier, sous le signe obsédant de l'eau, en contact étroit avec la nature, leur relation mère-fille fluctuant entre la fusion et le rejet l'a marquée à jamais. Ce livre est donc l'histoire d'une double quête : celle de Sarah, la mère et aussi celle de l'élément déclencheur de sa fuite. 


Ce roman est celui du féminin sous différentes formes, des femmes dans des corps d'hommes, des hommes dans des corps de femmes, des filles devenant femmes et des mères biologiques ou adoptives. L'eau si prégnante rappelle la matrice originelle. Ce roman est aussi celui des mots, inventés, savants ou sales, virtuoses ou impropres. Daisy Johnson se livre à un exercice de style qui parfois fait mouche et parfois fait un plat.


J'ai trouvé ce récit inégal, inachevé. Certains passages révèlent une patte, un monde que l'on a envie de découvrir, d'autres laissent trop transparaître une culture que l'on veut montrer. Quel besoin de mêler à cette histoire le mythe d'Oedipe ? Cette lecture m'a donné la sensation de patauger en eaux troubles, une expérience assez déroutante.

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24 janvier 2019

Hello Sunshine de Laura Dave

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Laura Dave, dans ce sympathique roman, s'en prend de façon humoristique à l'impact des réseaux sociaux sur nos vies. Si le ton reste toujours léger, la critique n'en est pas moins sévère. Sunshine Mackenzie, jeune trentenaire new-yorkaise anime une émission culinaire sur YouTube. Son credo : les bons petits plats qui lui rappellent son enfance et son Texas natal. Elle joue la carte de la nostalgie, du retour à l'authenticité et concocte des recettes faciles avec des produits de saison,étiquetés "bio". Elle surfe sur cette tendance actuelle et son nombre de followers sur Twitter montre sa popularité. Tout est donc parfait dans le meilleur des mondes virtuels. 

Seulement, un beau matin, le compte Twitter de la jeune femme est trollé et un anonyme prouve que l'émission " A Little Sunshine" est une immense imposture. La présentatrice ne vient pas du fin fond de la campagne mais des Hamptons, ne sait cuisiner que les sandwichs au fromage et loin d'être l'épouse parfaite, des photos la montrant en plein adultère sont jetées en pâture à ses admirateurs.

Dans ce récit à la première personne, Sunshine commence par se trouver de nombreuses excuses. le mensonge est plus que toléré sur le Net, c'est presque un art de vivre. Ce n'est pas elle qui a eu l'idée de créer ce personnage mais Ryan, devenu par la suite son producteur et amant. Au début, ce n'était qu'une minuscule tromperie, mais étant donné le succès de son émission, la tromperie est devenue une énorme duperie.

En une journée, sa vie à New-York est balayée : plus de travail, plus de mari et plus d'appartement car ce dernier a décidé de le mettre immédiatement en vente.. Sunshine Mackenzie n'a pas d'autre alternative que de redevenir Sunny Stephens et de retourner dans le Hamptons, dans la demeure cossue, où elle a juré de ne plus jamais remettre les pieds.L'accueil de sa soeur Rain a de quoi la faire rapidement déchanter. Elle ne lui demande pourtant que de l'héberger, le temps de réfléchir à une autre émission : "Sunshine : la rédemption" qui la montrerait prenant des cours de cuisine et surtout offrirait à son public une image plus authentique.

Peu à peu, le lecteur découvre son enfance et la complexité de ses rapports avec son père et sa soeur. Il la suit sur le chemin de la vérité. Elle met au jour sans presque sans rendre compte d'anciennes blessures. Loin de New-York et de l'aura qui la protégeait, elle renoue avec Rain, fait la connaissance de sa nièce de six ans, devient experte déchets dans le restaurant d'un chef étoilé particulièrement irascible et se lie d'amitié avec le pêcheur qui livre l'établissement.

Laura Dave nous offre une histoire qui obéit aux codes classiques de la romance moderne. Mais son héroïne n'est pas un cliché sur pattes. Elle prend lentement conscience du monde dans lequel elle s'était enfermée.J'ai beaucoup aimé les coups de griffes souvent drôles sur l'univers impitoyable des chaînes You Tube, du "foodporn" et de ces stars de la cuisine dont la personnalité importe plus que leur réelle connaissance du métier.. Dans la même veine que " Brexit romance" de Clémentine Beauvais, ce roman est une lecture que je recommande.
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22 janvier 2019

San Perdido de David Zukerman

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Coup de coeur absolu pour ce premier roman ! David Zukerman est un formidable conteur et plutôt que de lire, j'ai eu le sentiment de l'écouter me raconter la légende de Yerbo Kwinton. Comme tout bon conteur, il appâte son public par une introduction où il évoque sans rentrer dans les détails la vie du héros de San Perdido. Cette petite ville panaméenne, perdue au milieu de nulle part, ressemble à toutes ces cités où l'extrême pauvreté côtoie la plus indécente des richesse. Elle n'a rien d'extraordinaire avant qu'apparaisse, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un garçonnet noir aux yeux bleus indéchiffrables. Surgi de nulle part,il s'installe dans la décharge de Lagrima, près de la maison de Felicia, une vieille Ghanéenne, devenue en quelque sorte la gardienne du lieu. L'enfant ne parle pas, ne cherche pas le contact de ses semblables et ne doit sa survie qu'à ses mains immenses et dotées d'une force herculéenne, qui lui valent le surnom de " La langouste".Il cherche du métal au milieu des déchets et les revend à un ferrailleur. Les habitants du quartier s'habituent à sa présence sans jamais percer son mystère.

Ils ignorent que Yerbo est un Cimarron, ancêtre d'esclaves noirs ayant fui les Espagnols. Ils ne connaissent pas le dessein tracé depuis très longtemps pour cet enfant, capable de repérer n'importe quelle personne à ses pulsations cardiaques, un "chasseur" sélectionnant ses proies en fonction du plan de son clan, mais aussi de sa morale personnelle. Gare aux hommes qui abusent de leur force ou de leur pouvoir pour arracher leur plaisir à des fillettes ou des femmes non consentantes !
Les années passent, Yerbo grandit à San Perdido et l'auteur nous trace l'histoire de la ville avec un style à la fois simple, fluide et magnifiquement imagé. Il est question de gouverneurs cupides, d'abus de pouvoir, d'ascension sociale liée à la ruse ou à la beauté, de corruption et au milieu de toute cette noirceur, David Zukerman invente des oasis de douceur pour quelques personnages. Sans manichéisme, il dresse des portraits haut en couleur, les personnages nous entraînent dans un tourbillon de vie, de mort, d'amour et de haine. La fin du roman arrive et le mystère subsiste, hommage peut-être au "réalisme magique". Et le lecteur, ébloui, va relire l'introduction et chaque mot de celle-ci prend sens,en une extraordinaire structure en boucle.

Du grand art !

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05 novembre 2018

Atelier n°83

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Ce texte est ma participation à l'atelier d'écriture du blog Bric à Book. Il s'inspire d'une photo de Tyler Dozier.

Lanceur d'espoir



Une femme végétale se fond dans le feuillage, son corps épousant la forme d'une branche

Une vigne vierge tapisse la façade d'une vieille maison et se pare de pourpre à l'automne

Un pissenlit aux pétales ébouriffés par le vent s'épanouit au milieu du bitume

Un mandala géant sur la plage de Trestraou émerveille les promeneurs avant de disparaître, effacé par la marée

Un jardin ouvrier renaît quartier de Charonnes et la rougeur des tomates répond aux couleurs éclatantes d'un mur couvert de graff

Des herbes folles au Cimetière du Père-Lachaise, poussant entre les pierres, graines de vie au milieu des morts

Le coquelicot, étendard pacifiste d'un mouvement citoyen, lanceur d'alerte mais aussi d'espoir



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22 octobre 2018

Miss Jane de Brad Watson

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La dernière page d'un roman lue, je commence déjà à ébaucher mentalement mon avis. Pour Miss Jane, il était extrêmement nuancé, mais démarrait par un point positif : la couverture. Visuellement accrocheuse, elle traduit avec audace et pudeur la personnalité du personnage principal, de même que son handicap.

Jane Chilsom vient au monde en 1915 dans une ferme du Mississippi. Elle n'est pas désirée, fruit d'une relation entre son père fortement alcoolisé et sa mère, rendue presque inconsciente par le laudanum. L'un et l'autre d'ailleurs se sentiront responsables du handicap de leur fille, tant ils peineront à se souvenir des circonstances de sa conception. L'appareil génital de l'enfant ne s'est pas entièrement développé in utéro,ce que le docteur Thompson remarque dès sa naissance. Cette "différence" se traduit dans ses premières années par une incontinence qui l'oblige à rester à la maison. Un court passage à l'école, plutôt réussi, lui fera vraiment prendre conscience de sa singularité et l'amènera à préférer l'environnement sécurisant de la ferme familiale. Devenue adolescente se posera la question du désir.Elle est belle,distante et les garçons, pourtant au courant par la rumeur de son handicap,commencent à lui tourner autour.

Nous allons suivre Miss Jane de sa naissance à sa mort, le récit de son existence étant entrecoupé par des courriers adressés par le docteur Thompson à d'éminents spécialistes dans l'espoir que la chirurgie réparatrice progresse.
Le roman s'intitule Miss Jane et l'auteur décrit minutieusement les petits bonheurs émaillant son quotidien. Les travaux à la ferme, les promenades au sein d'une nature changeant au fil des saisons, l'éveil des sens, tout semble consigné avec une volonté terrible de nous "prouver" que cette jeune femme aura su trouver sa place dans la société et vivre assez sereinement sa différence. D'elle, j'ai surtout retenu une sagesse presque exagérée. Tant de pondération dans l'attitude finit par être difficilement crédible.

Je me suis surtout attachée aux autres personnages, le couple Chilsom, deux taiseux camouflant leur souffrance, Grace, la soeur aînée de Jane et sa soif de liberté, le Docteur Thompson et son curieux élevages de paons, les métayers de la ferme. Leur vie, en particulier durant la crise de 29, m'a beaucoup intéressée. Je les ai trouvés bien plus réalistes que Jane, avec leurs failles mises au jour.


Une lecture en demi-teintes

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13 octobre 2018

Le retour d'Arsène Lupin de Frédéric Lenormand

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Les jours "sans" ont pour moi un seul dénominateur commun : la lecture comme refuge. Et Frédéric Lenormand représente pour moi le summum de l'auteur réconfortant. "Les Nouvelles enquêtes du juge Ti" et la série des "Voltaire mène l'enquête" ont égayé nombre de mes journées. Arsène Lupin est venu lui aussi à la rescousse de mon moral défaillant. Pendant quelques heures, j'ai oublié ce mois d'octobre où souffle en Bretagne un vent ressemblant au sirocco.
1908 à Paris, Arsène Lupin entreprend de guérir de sa fâcheuse tendance à la cambriole. Il s'est attaché les services d'Amédée Kloucke, psychanalyste de son état, dont le diagnostic a été sans appel. Son patient est "prisonnier d'une névrose cambrioleuse cyclothymique". le médecin préconise une thérapie qui n'a rien d'audacieux, mais qui va se révéler très contraignante pour Arsène Lupin : l'abstinence. Entendez par là une pause dans les vols. Pour éviter de sombrer dans la dépression et surtout pour passer le temps, Arsène Lupin se glisse alors dans la peau de Jim Barnett, seul et unique employé de l'agence Barnett et Cie. Théodore Béchoux, inspecteur de police, personnage sympathique malgré ( ou à cause) de sa médiocrité amène sur un plateau une affaire à notre faux détective : la magnifique perle noire de Madame Bovaroff a été dérobée et Georges Clémenceau, ministre de l'Intérieur met la pression sur ses troupes pour retrouver le bijou et redorer l'image de la police. Théodore Béchoux soupçonne Arsène Lupin d'avoir commis ce vol. Jim Barnett est bien placé pour savoir qu'il n'en est rien. 
Nous sommes au début d'une enquête rocambolesque, où l'énigme de la perle sera rapidement résolue pour laisser place à une autre affaire : la disparition chez Madame Bovaroff d'un autoportrait de Delacroix. Nous allons assister à la multiplication non pas de petits pains, mais de copies de ce tableau ainsi que de meurtres perpétrés à l'aide d'un pistolet de dame (facile à glisser dans un sac à main entre le poudrier et le rouge à lèvres). L'enquête va mener notre héros jusqu'au Bateau-Lavoir, lieu que tous les amateurs d'art connaissent. Il abritait à cette époque des peintres sans le sou, dont un certain Pablo Picasso, pas totalement étranger à notre affaire de copies de tableaux. Arsène Lupin fréquentera aussi un cabaret " le Chat qui miaule" et aura le plaisir d'assister à une danse "exotique" de Mata-Hari. 
Comme à son habitude, Frédéric Lenormand nous livre une fantaisie érudite, une histoire qui agit comme un baume pour le coeur et l'esprit. Je ne peux que vous inciter à vous glisser dans les pas du gentleman cambrioleur.



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07 octobre 2018

Anatomie d'un scandale de Sarah Vaughan (parution en janvier 2019)

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Le roman de Sarah Vaughan aborde un thème que le mouvement #MeToo cherche à rendre moins tabou : les relations sexuelles non consenties ou pour parler plus clair le viol. L'auteure traite ce sujet à la fois de manière sensible, au travers du ressenti des protagonistes des deux viols évoqués, mais aussi de manière judiciaire en nous faisant suivre le procès très médiatique d'un homme politique, extrêmement proche du pouvoir.
L'action se déroule à deux époques : les années 1990 à Oxford et l'année 2016-2017 à Londres et gravite autour d'un personnage ambigu, James Whitehouse, sous-secrétaire d'état et surtout meilleur ami du Premier Ministre en exercice. Sarah Vaughan ne permettra au lecteur que de rares incursions dans les pensées de cet homme, issu d'un très bon milieu et doté d'un physique plus qu'avantageux. Jusqu'à la fin du livre, de nombreuses parts d'ombre subsisteront sur ce qui le meut. 
Il est accusé de viol par sa jeune assistante, Olivia Lytton, avec laquelle il entretenait une liaison depuis quelques mois. Ce qui lui est reproché, c'est un rapport non consenti dans un ascenseur alors même que James Whitehouse lui avait signifié que tout était fini entre eux une semaine auparavant. Une plaine déposée par la jeune femme va déclencher une tempête médiatique et un procès tout sauf serein.
Entrent en scène deux femmes que tout semble opposer : Kate Woodcroft, avocate pénaliste, conseillère de la Reine, qui va défendre Olivia Lytton et Sophie Whitehouse, l'épouse du prévenu. Deux femmes pour un seul homme, l'une acharnée à convaincre le jury de la réalité de ce viol, l'autre persuadée que son mari est la victime d'une maîtresse blessée par la rupture.
La construction du roman est assez classique et très rapidement, nous sommes amenés à comprendre que Kate et Sophie ne sont pas complètement étrangères l'une à l'autre, que vingt ans auparavant, elles se sont côtoyées à l'université. A cette époque, James était le petit ami de Sophie.
Pourquoi Kate Woodcroft, modèle de rigueur, à la morale irréprochable, met-elle en jeu sa réputation, voire son métier, en plaidant alors qu'elle ne devrait pas le faire, en raison de ses "attaches" avec le prévenu ? 
Pourquoi Sophie, que le conseiller en communication du Premier Ministre exhorte à rester auprès de son mari, s'enfuit dans le Devon, chercher refuge auprès de sa mère ?
Les deux femmes se dévoilent peu à peu, les masques tombent, les certitudes vacillent, les fêlures apparaissent. Issues de deux milieux sociaux radicalement différents, elles se rejoignent dans la souffrance. Bien au contraire, James Whitehouse et son ami, le Premier Ministre, se mettent à arborer le masque de la vertu et de l'innocence pour mieux cacher leurs turpitudes.
Sur une trame un peu convenue, Sarah Vaughan écrit un texte intéressant sur le consentement féminin. Un texte intéressant, mais pessimiste. Notre société n'apparaît pas comme capable d'entendre la parole féminine, la loi du plus fort semblant toujours prévaloir. 
Je recommande ce page-turner judiciaire, où la sensibilité féminine fait vibrer le cœur du lecteur.


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