05 décembre 2016

atelier n°61

Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona et s'inspire d'une de ses photos.

   

18 heures, plage de Saint-Guirec

Caroline gara la voiture sur le parking en front de mer. Elle vit le drapeau rouge vif et son message de prévention "baignade non surveillée". Elle ne se sentait pas concernée, personne ne pourrait la contraindre à sortir du véhicule. Le siège baissé, les yeux fermés, elle laissa le calme et le silence l'envahir. 

10 heures,  entretien dans le bureau du DRH

"Désolé Caro mais je ne vais pas être tendre pour ton évaluation. La gentillesse, c'est bien sympa mais ce n'est pas ce qu'on attend d'une chef de service. Ou alors, change de boulot et deviens assistante sociale ! "

13 heures, sms de sa mère au self

"Je dis ça, je dis rien, mais tu te laisserais pas aller ma chérie ? Je trouve que tu as pris du poids. Combien de fois t'ai-je répété qu'un homme se retient pas l'estomac mais que nous,les femmes, devons rester minces et séduisantes ! Ecoute mes conseils, fifille, sinon ton Marc ira voir ailleurs."

15 heures, sms de Marc lu à la pause café

" Pupuce ! J'ai invité les voisins pour ce week-end. Je compte sur toi pour te surpasser. Essaie de varier un peu le menu. J'ai regardé sur Internet, il y a plein d'idées buffet sympas. Je te les ai mises en favori."

   Caroline, surnommée depuis le lycée Smiling Face, pressa ses poings sur ses paupières pour empêcher les larmes de couler. Elle n'allait pas rentrer à la maison ce soir. 

17h50, appel de l'agence de voyage

" Madame Leseur, vous avez de la chance, il reste une place sur le vol "Brest-Barcelone", un désistement de dernière minute. Vous pouvez passer chercher votre billet. Nous avons aussi effectué les réservations pour l'hôtel."

  La jeune femme démarra et prit la direction de l'aéroport. Le sourire mécanique avait disparu de son visage, laissant apparaître  des traits plus détendus mais animés d'une douceur farouche.

 

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30 novembre 2016

Une toile d'araignée ...

Source: Externe

  Le dernier roman de Jonathan Coe est à l'image de la couverture, énigmatique et "disparate" (du moins en apparence). L'auteur nous invite à la lecture de "Quelques contes sur la folie des temps" . Ces contes sont au nombre de cinq et nous amènent dans des lieux et des temps différents. Deux petites filles Rachel et Allison, qui vont devenir de jeunes femmes, nous guident à travers ces histoires où elles apparaissent parfois au premier plan, parfois au second, voire à l'arrière-plan. Un autre personnage,  plus mystérieux, est présent tout au long de la narration. Il s'agit d'une araignée, prenant des formes diverses, qui tisse sa toile et relie les lieux, les époques et les personnages. Cette créature fantastique étonne mais ne détonne pas dans ce récit par ailleurs assez réaliste.  La construction est habile, ambitieuse et exige du lecteur une certaine concentration.

  Au delà de la trame, parfois déroutante, j'ai retrouvé ce que j'aime chez Jonathan Coe. Il analyse toujours avec la même causticité la société anglaise et ses travers. Il dénonce la dérive de certains médias, les caprices insensés des millionnaires, les "grandes" familles où conservatisme rime avec népotisme et racisme. Il "dézingue" certains de ses personnages mais nous décrit aussi avec beaucoup de tendresse les laissés pour compte d'un monde à plusieurs vitesses.

                                                                 Ce livre, roman-univers, m'a séduite !

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28 novembre 2016

Atelier n°60

Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Vincent Héquet

   Yann hissa sa valise sur le porte-bagages au dessus de sa place et s'installa confortablement. Il s'autorisa un ouf de soulagement, la semaine avait été éreintante. Son père avait répété en boucle :  " on ne se prépare pas le jour où on embarque" en dressant des listes de tout ce que son gars devait emporter. Sa mère avait débuté un syndrome du nid vide alors même qu'il était encore à la maison. Sa patience avait été mise à rude épreuve.

   Leur fils unique partait pour Paris et ils étaient tout chose, fiers mais tout chose. Tout le bourg avait su qu'il embauchait lundi, aussi bien les membres de l'Amicale des Boulistes que les dames du Club Tricot. " On est contents pour lui, faut pas croire ! Mais comment il va se débrouiller tout seul ? Et s'il allait se perdre ? "

   Inutile de chercher à les raisonner, de leur rappeler qu'il avait fait toutes ses études à Rennes et survécu dans la "jungle urbaine". Paris les angoissait. Nicole, sa mère, faisait une fixette sur son allure. Elle craignait que les Parisiens ne se moquent de son gars. " Si c'est important Yann ! Ils se sont moqués des chaussettes blanches de Pierre Bérégovoy et on voit comment ça a fini !" Elle l'avait traîné chez le coiffeur et exigé une coupe moderne, évoquant même devant Yvon, coiffeur pour hommes depuis bientôt cinquante ans, une touche "métrosexuelle". Yvon avait ouvert des yeux ronds. Sur leur lancée, ils étaient entrés au "Chic briacin" et il avait dû essayer des costumes qui n'avaient de chic que le prix. " Ne t'inquiète pas, c'est notre cadeau pour ton nouveau boulot ! On a pioché dans les économies, on veut que tu sois le plus beau !"

   Son père se focalisait davantage sur le bricolage. Yann louait un T1 près de son travail. Jean-Pierre voulait parer à toutes les éventualités : initiation au tableau électrique, à la plomberie et au montage d'une étagère Ikéa. Il avait feint d'être attentif pendant les démonstrations paternelles. De temps à autre, un gloussement discret lui échappait. Il y avait belle lurette qu'il se débrouillait comme un chef. Mais il s'était tu, ému par le stress qu'il sentait chez son père.

   Yann ôta ses lunettes de soleil, l'ultime détail "métrosexuel" offert par Nicole et se plongea dans une thèse passionnante : "Effets thermoélectriques dans les ferrofluides".

Il avait hâte de découvrir l'équipe qu'il allait diriger au CNRS.

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24 novembre 2016

La voix de son maître ...

Source: Externe

   Je suis une inconditionnelle d'Alexander McCall Smith. Quand il écrit sur une couverture : "Charmant et extrêmement drôle", je me précipite pour acheter le roman et je m'empresse de rédiger un article dans la veine de son commentaire enthousiaste.

   Déjà je souligne la bonne idée des éditions Charleston qui ont remis au goût du jour cette "comédie" anglaise écrite en 1934. L'histoire se déroule dans l'entre-deux guerres. Les morts de 14-18 sont encore dans les mémoires et parviennent de nouveau d'Allemagne quelques signaux alarmants. Mais il y a une joie de vivre, de profiter de la vie que l'on retrouve souvent après la fin d'un conflit majeur. Nous sommes au coeur de la campagne anglaise dans une magnifique demeure qui appartient aux Leslie, membres de la gentry. Mary Preston, une jeune fille désargentée est invitée par sa tante Agnès à passer l'été à Rushwater House. Elle va faire la connaissance de la famille et des excentricités de chacun , découvrir l'adorable tyrannie que lady Emily exerce sur son entourage, la propension à bougonner de Lord Henri, la bêtise abyssale de leur fille Agnès qui n'a d'égale que sa beauté et la fougue du dernier-né, David, qui songe à adapter au cinéma un premier roman qu'il n'a pas encore trouver le courage d'écrire. Angela Thirkell dépeint aussi tous les personnages qui gravitent autour des Leslie, autant de petits portraits souvent très plaisants.

   Les domestiques font preuve d'une patience d'ange (mais ont-ils le choix ?) envers leurs "maîtres". Lady Emily et sa fille Agnès semblent incapables de faire le moindre geste sans l'aide d'une femme de chambre ou d'une Nanny. Une séance chez le coiffeur est vécue comme une épreuve épuisante alors imaginer l'effort herculéen que va nécessiter la fête organisée pour l'aîné de leurs petits-fils ? Cette journée, un tournoi de cricket se poursuivant par un bal, doit être le clou de l'été. C'est sans compter la famille française, installée dans le presbytère pour le mois d'août. Ces farouches royalistes ont prévu un coup d'éclat...

Mary, aussi adorable qu'un chaton sur Internet, va connaître les émois de son âge. Quid de David, le charmeur ou de John, son aîné, un veuf inconsolé, ravira le coeur de la jeune femme ?

Ce roman est une plongée dans un temps révolu, dans des coutumes aujourd'hui disparues. L'auteure décrit la petite noblesse anglaise, la caricature même pour susciter le rire, mais sans aucune acidité.

Cette histoire est une agréable "fantaisie", une parenthèse" enchantée au doux parfum de fraises sauvages.

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21 novembre 2016

Atelier n°59

Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Julien Ribot.

  La psychologue scolaire a alerté mes parents sur le fait que je suis "en souffrance". Imaginez le vent de panique à la maison ! Mes deux  géniteurs sont tombés des nues et depuis ils battent leur coulpe :  Arte et France Culture dès le berceau, violoncelle et piano, lectures des classiques en "VO". Ils m'ont transformé en singe savant. S'ils avaient davantage le sens de la mise en scène, ils s'arracheraient les cheveux et se couvriraient de cendres.

  Pas de quoi s'affoler, je n'ai aucun ami au lycée mais personne ne m'enferme dans les toilettes aux récréations. Je suis persuadé que mon "invisibilité" tient davantage à mon âge, douze ans en Seconde, qu'à ma phénoménale culture. Au bahut, mes condisciples ont les hormones en folie et les discussions portent souvent sur qui sort avec qui. Je vais déjà attendre que ma voix ait mué avant de poursuivre de mes assiduités une des filles de la classe. 

   Ma pseudo "souffrance" a traumatisé mes parents, chercheurs au CNRS. Ils ont décidé de me consacrer du temps. Ils ont même élaboré une stratégie dont je suis la malheureuse victime :  ME RENDRE NORMAL et donc HEUREUX. Depuis, j'en bave !

   Sous la contrainte, je me suis créé un profil Facebook où je poste des commentaires à l'orthographe douteuse. Maman les relit tous et rajoute des fautes pour les rendre plus crédibles. J'écoute Skyrock et Papa me fait réviser les textes de Maître Gims.  Ils m'ont traîné dans un magasin de sport et j'en suis sorti métamorphosé : une crevette en survet et baskets.

   Le pire reste à venir ! Pendant que mes charmants parents visitent Venise aux vacances de Pâques, je suis inscrit à un séjour linguistique à Plymouth. Seul sur le pont du ferry qui me conduit en enfer, je songe à mettre fin à mes jours.Deux semaines avec des adolescents qui puent des pieds et passent leur temps à flirter, je ne vais pas résister.Comme le chante si bien Maître Gims "J'vais devoir mettre les voiles". Un saut discret dans l'Océan, je nage comme une enclume, la mort devrait être rapide.

   Seul sur le pont, ce serait facile de passer à l'action. Au moment où je m'apprête à quitter ce monde, une fille du groupe s'approche de la chaise près de moi. Une minuscule brune à lunettes. Pour vous permettre de juger, elle est plus petite que moi, c'est tout dire.

" Ce siège est-il disponible ? Je ne voudrais pas m'imposer !" murmure-t-elle d'une voix fluette. Allélouiah. Enfin un être humain de ma taille qui parle le même langage ampoulé et suranné que moi ! 

Je décide de remettre mon suicide aux calendes grecques. La tragédie, c'est très surfait.

 

 

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15 novembre 2016

Du feelgood au cœur de novembre

 

   Depuis de nombreuses années, j'appréhende l'arrivée du miz du (le mois noir en Breton). Ces romans, complètement addictifs, m'auront permis d'oublier, un temps, la pluie battant le carreau et le triste anniversaire de ceux partis trop tôt.

Je vous offre aujourd'hui du feelgood au coeur de novembre

 

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Jenny et Rachel, deux soeurs très complices, vivent l'une et l'autre un moment difficile.

Jenny, fraîchement divorcée, a quitté Manhattan pour ouvrir sa boutique de robes de mariées dans sa ville natale. C'est une couturière hors paire, une créatrice de talent, qui sait aussi bien dessiner des modèles exquis que gérer de futures mariées à la limite de l'hystérie. Elle a trouvé à sa loger à Cambry-on-Hudson. Son appartement, de même que le gérant, aussi séduisant qu'incompétent, lui redonnent le sourire. Pas pour longtemps ...

Rachel, femme au foyer, mère de triplées de trois ans et demi, est LA femme parfaite. Elle se réjouit à l'idée que Jenny habite de nouveau près de chez elle. Elle a hâte de retrouver leur complicité, leur façon d'affronter ensemble leur mère : veuve éplorée depuis 22 ans et surtout spécialiste des remarques vachardes. LA femme parfaite va pouvoir distiller des conseils à sa cadette et lui dénicher un amoureux. Parfaite ? Pas pour longtemps ...

L'intrigue est un classique du feel-good mais l'auteur y introduit des variantes sympathiques et un humour souvent caustique.

Lu en numérique via Netgalley

 

 

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 Ben Fletcher doit être né sous une mauvaise étoile. Cet ado anglais, gaulé comme une crevette, surdoué avec quelques tocs, survit difficilement au sein de sa propre famille. Un père, mécano macho, une mère, magicienne, compréhensive mais souvent en tournée, et une petite soeur, aussi fatigante que peut l'être ... une petite soeur !

C'est au lycée qu'il vit le pire, devenu le bouc émissaire de la bande de Lloyd Manning, peu doté en neurones mais dont les poings sont efficaces. Ben a choisi de combattre le mal par le mal. Ses trois "meilleurs" amis n'ont pas inventé l'eau tiède et l'entraînent dans des aventures aussi rocambolesques qu'idiotes. Il n'empêche qu'il peut compter sur eux pour lui épargner de finir chaque récré la tête dans les toilettes.

Lors d'un énième plan débile de son trio, il renverse à vélo la vieille dame qui aide les enfants à traverser au passage clouté. Ben va écoper pour tous : une mise à l'épreuve avec obligation de réparer sa faute ! Notre "dangereux" criminel doit tenir un journal pendant douze mois. Il y décrira les progrès dans son comportement apporté par un cours du soir. Ben choisit TRICOT pour la silhouette somptueuse de Miss Swallow, l'animatrice. Il notera aussi son ressenti sur le module : "Donner en retour". Le garçon se voit contraint de se rendre chez sa victime et d'accomplir pour elle quelques travaux.

 Quand je vous disais que Ben est né sous une mauvaise étoile. Une coquille s'est glissée dans le programme des cours du soir, Miss Swallow assure le cours de poterie, pas celui de tricot. Quant à Mme Frensham, elle l'accueille en le bombardant d'objets hétéroclites dont un tube de crème pour hémorroïdes. Mais il y a pire !  Ben Fletcher se prend de passion pour le tricot. Lui qui n'aspire qu'à se fondre dans le décor, qu'à essayer d'être dans la norme, découvre l'univers magique du merinos et de l'angora. Trouvera-t-il la force de s'affirmer comme le tricoteur le plus rapide de l'Ouest ?

J'ai adoré ce roman, prêté par une documentaliste qui pense que le rire peut amener à la lecture.

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12 novembre 2016

Quitte ou double ...

Source: Externe

   Lorsque Babélio m'a proposé ce roman en partenariat avec les éditions Phébus, j'ai hésité. Le thème du double ( de la gémellité) ne me fascine pas. En revanche, le personnage principal,Sergi Vélasquez, artiste peintre, coincé à 32 ans dans une adolescence prolongée, avait tout pour me plaire. J'ai apprécié ce trentenaire bordélique, capable de tenir des propos très subtils sur l'art et d'enchaîner par une phrase d'une puérilité confondante.

J'ai adoré la petite famille de sa soeur. Julia est psychanalyste et reçoit ses patients chez elle, dans l'appartement en face de celui de Sergi.Son mari, l'attendrissant Paul Calmant, deux mètres de force débonnaire est homme au foyer et cinéphile passionné. Entre deux films, il gère l'intendance de la maisonnée, les caprices de leurs deux filles, Anouck et Valentine, l'une qui pousse de grosses colères façon "Pépé" dans Astérix en Hispanie, l'autre qui a le" seum" quasi en permanence. 

Un jour, Sergi croise dans l'ascenseur une jeune femme rousse absolument splendide. Elle s'arrête sur son palier, elle a visiblement rendez-vous avec Julia. La règle tacite prévalant dans la famille est que le peintre, qui multiplie les conquêtes, ne sorte pas avec les clientes de sa soeur. Il va enfreindre la règle et entrer dans la vie de Rébecca.

En parallèle, nous découvrons Roxane et devinons très vite qu'il s'agit de la jumelle de Rébecca. Victime d'un grave accident de voiture, tout un côté de son visage a été dévoré par le feu. La jeune femme, après un temps de sidération, reprend son travail de photographe et en vient, par le biais de l'image à accepter ce qu'elle est et surtout ce qu'elle n'est plus. Ce personnage, sensible, proche de la nature jusqu'à plonger dans une cascade glacée pour que l'eau l'enveloppe et la pénètre, renaît à la vie et nous amène à une réflexion sur l'apparence.

Le livre avance au rythme de la folie de Rébecca, mêlant thriller psychologique et roman sur la place de l'art dans notre société . L'équilibre entre ces deux univers est parfois un peu bancal. Disons plutôt que ma préférence va nettement aux passages sur la peinture et la photographie plutôt qu'aux scènes d'hystérie de la rousse flamboyante.

Au final, un roman lu avec plaisir, avec quelques chapitres savourés pour leur qualité d'écriture.

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09 novembre 2016

Une pépite "vintage"

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   Rares sont les romans que je lis à" l'économie", un chapitre par soir pour ne pas les terminer trop vite.Mr North en fait partie. Dernier livre écrit par Thornton Wilder en 1973, il nous transporte à Newport durant l'été 1926.Théophilus North, 29 ans vient d'abandonner sans regret sa carrière d'enseignant et se donne l'été pour réfléchir à ce qu'il veut faire de sa vie. Un été, c'est relativement court pour un homme qui comme il le souligne au début du roman, a eu 9 vocations successives : saint, anthropologue, archéologue,détective, comédien, magicien, amoureux, aventurier et homme libre. Vous l'aurez compris, notre personnage est "complexe" et ses péripéties estivales sur l'île d'Aquidneck vont se révéler aussi savoureuses que cocasses.

   Les exploits de son frère au tennis quand il était étudiant à Yale lui permettent de rentrer en contact avec le directeur du Casino, le club sportif. Celui-ci lui confie l'entraînement des enfants et lui conseille de proposer ses services comme lecteur pour personnes âgées. Notre homme a un pied dans la place et bientôt même les deux roues de son vélo. Les demandes de cours et de lectures affluent et amènent chaque fois le jeune homme à pénétrer dans l'intimité d'une famille et à devoir dénouer d'invraisemblables situations.

   Les  qualités nécessaires pour ses 9 vocations lui seront utiles pour tirer d'embarras et rendre heureux chacun de ses "clients". A chaque chapitre son noeud d'embrouilles que Teddy va démêler, s'aidant de ses connaissances littéraires et de son imagination débordante.

   Si vous recherchez un roman mené tambour battant, à l'intrigue vraisemblable, au style efficace et sans digression, je ne vous conseillerai pas Mr North. Si, comme moi, vous aimez les écritures élégantes et malicieuses, de même que les ambiances délicieusement surannées, vous allez vous REGALER !

Une pépite "vintage"

Lu en numérique via Netgalley

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07 novembre 2016

Atelier n°58

Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Julien Ribot.

   Damien est penché sur son exercice de conjugaison, aussi silencieux que d'habitude. " Il m'arrive de l'oublier tellement il est discret !"  a dit la maîtresse, confuse, à son père, colosse débonnaire. " C'est sûr qu'il ouvre pas beaucoup la bouche,notre têtard ! " a-t-il répondu en riant. Le garçonnet ne complète pas la terminaison des verbes, il n'a même pas le crayon en main, perdu dans ses rêves. Il pense à sa maison secrète.

   Tous les matins, sur le chemin de l'école, il passe devant le mur en pierre et le portail fermé de la vieille bâtisse. Il s'arrête souvent pour effleurer de la main la végétation qui prend ses aises et déborde sur le trottoir. Damien imagine un jardin délivré des tondeuses et des sécateurs, un endroit où construire des cabanes.

   La maison est toute petite, juste à la taille d'un garçon de huit ans. Il réfléchit tout le temps à son futur emménagement. D'abord, la chambre. Un grand lit avec des oreillers moelleux. Il faut que le lit puisse accueillir toutes ses peluches et aussi les bébés chats qu'il adoptera. Damien dormira sous une couette pleine de couleurs, repérée dans un catalogue. Gouda et Mimolette lui tiendront chaud aux pieds, boules de poils au doux ronron.

   Maintenant la cuisine. L'achat d'un micro-onde est indispensable. Il ne sait pas encore cuisiner. Il commandera sur Internet des plats surgelés et aussi des boîtes de pâtés pour ses chatons. Il a déjà choisi sa vaisselle sur une publicité reçue dans la boîte aux lettres. Pas de problème, elle résiste au micro-onde. Au petit-déjeuner, il boira un énorme bol de chocolat chaud et mangera des grosses parts de brioche couverte de confiture de fraise, sa préférée. Par la fenêtre de la cuisine, il verra la mangeoire pour les oiseaux. Des mésanges bleues se disputeront les graines de tournesol qu'il aura achetées.

   A présent le bureau. Il imagine des canapés confortables, une table basse recouverte de bandes dessinées. Il installera dans un coin un arbre à chats pour Gouda et Mimolette. Ses chaussons glisseront sur le parquet bien ciré et il s'exercera à danser comme le samedi soir la télé.

   On frappe à la porte de la classe. Damien et ses camarades lèvent le nez de leur cahier. La maîtresse va ouvrir et deux jeunes hommes apparaissent, qui font signe à Madame Le Gall de les rejoindre .

"Je compte sur vous pour être sages ! Continuez votre exercice, je reviens tout de suite." Après avoir donné ses consignes, elle disparaît dans le couloir.

   Quand elle reprend sa place derrière son bureau, les mots "coups, insultes, privation de nourriture, tentative de défenestration" tournent et virent dans sa tête. Est-ce possible qu'elle n'ait rien vu ? s'interroge-t-elle. La sonnerie retentit pour la récréation de dix heures.

   "Les enfants, vous pouvez sortir ! Damien, tu vas rester un peu dans la classe avec moi. Il y a deux messieurs qui veulent te parler."

   Il acquiesce en silence. Tout à l'heure, il suivra calmement les éducateurs chargés de l'amener jusqu'au foyer de la ville voisine. Sa mère s'est décidée à parler, son père est sous les verrous. Elle a confié aux éducateurs un sac à dos avec les peluches de son fils.Ses dérisoires sentinelles continueront à veiller sur le sommeil agité du petit garçon.

 

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05 novembre 2016

Mystérieuse mésange...

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  Comment résister à l'appel de cette mésange bleue en couverture ? Aussi gracieuse que batailleuse, je me suis interrogée sur son lien avec le roman que je venais de terminer. Fallait-il y voir un symbole du printemps, du renouveau dans le vie de Hans le personnage principal ? Dans cette histoire, ce n'était pas une hirondelle qui annonçait le printemps,mais une mésange laissant présager une "étrange" saison, mélange d'exaltation et d'abattement.

   Hans D., cinquante-neuf ans, a atteint le fond du fond. Chômeur de longue durée, l'apathie et le découragement le mènent droit vers la clochardisation. Il vit au jour le jour dans un appartement envahi par la saleté et se néglige au point de ne plus se laver.Il n'est même plus en état de réfléchir aux successions d'événements qui ont entraîné sa chute. Il se contente de végéter. Dans un sursaut d'énergie, il se décide à remplir la demande de prolongation de son allocation chômage. La date butoir approche. La paperasserie le rebute tellement qu'il préfère encore descendre repousser le moment de compléter le formulaire en descendant les ordures jusqu'aux containers en bas de l'immeuble.

   Glisser le couvercle du container lui fait mal au dos, encore une preuve pour lui que tout se déglingue dans sa vie. Il voit un joli poupon au milieu des déchets, n'a pas vraiment le temps de se dire que les gens jettent n'importe quoi avant de réaliser qu'il ne s'agit pas d'un jouet mais d'un nourrisson. Lui, que tout fatigue, même réfléchir, se mue soudain en homme d'action et se lance à la recherche de lait pour nourrir le bébé. Ce revirement brutal m'a arrêtée dans ma lecture. Il me semblait peu vraisemblable et je craignais que la suite ne soit un conte de Noël revisité : la rédemption par le nourrisson !

   Uhly Steven évite en partie cet écueil. Hans D. va prendre sous son aile (ou plutôt sous son manteau crasseux) cette petite fille abandonnée. Il va lui donner le nom de Félicia. Pour elle, il va remonter la pente, retrouver une humanité qu'il croyait disparue. Il ne peut cependant rester ad vitam aeternam dans son appartement devenu cocon douillet. A l'extérieur, la police enquête et arrête la mère coupable d'avoir jeté son enfant dans ce container. On s'active pour retrouver ce bébé que Hans ne veut pas perdre. Ses voisins perses, les Tarsi, ainsi que le vieux buraliste du quartier vont l'aider. IIs forment une bien étrange famille pour cet enfant au rire facile et communicatif.

   Le personnage principal, entre deux biberons, s'interroge enfin sur son existence passée. Comment peut-il envisager d'élever Félicia s'il ne comprend pas pourquoi son mariage a été un échec entraînant une rupture complète avec sa femme et ses enfants. Les phrases interrogatives s'enchaînent pour montrer que Hans cherche sans relâche la clé de sa déchéance. Ce procédé d'ailleurs finit par être répétitif. La pression du monde extérieur se fait de plus en plus forte. La mère de l'enfant risque d'être condamnée pour infanticide, même si le corps du bébé n'a pas été retrouvé. Le père n'a pas renoncé à trouver son enfant. Hans a-t-il le droit de se substituer aux parents biologiques ?

   L'auteur crée autour de ce bébé une famille improbable mais touchante. Elle saura prendre la décision la plus sage pour l'avenir de "leur" nourrisson. Le roman traîne parfois en longueur, surtout dans la deuxième partie, mais la couverture tient sa promesse. Les personnages connaissent bien une nouvelle saison, avec ses rayons de soleil et ses brusques giboulées. Une saison où l'on apprend à vaincre ses préjugés et à accepter de se pardonner.

Lu en numérique via Netgalley

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