13 juillet 2017

PAUSE ESTIVALE

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07 juillet 2017

Coup de projecteur !

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Samedi 8 juillet, à partir de quinze heures, première séance de dédicaces pour "Plage Sainte-Anne" ! Elle aura lieu à la librairie Gwalarn, le rendez-vous incontournable des Costarmoricains amateurs de lecture. Si vous voulez acheter mon roman, n'hésitez pas à vous rendre dans ce lieu fort sympathique, rue des chapeliers, à Lannion. Vous pouvez aussi le commander sur leur site en ligne www.gwalarn.com (100% breton). Nous vous attendons !

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30 juin 2017

Je m'appelle Lucy Barton d' Elizabeth Strout

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  Je m'aperçois, au fil des années, que mes choix de lecture évoluent, que mes centres d'intérêt changent. J'aime alterner les gros pavés fourmillant de détails, avec une construction assez classique, les "feel good", parenthèses à la dureté du quotidien et les romans qui me surprennent, me déroutent, me bousculent.Je m'appelle Lucy Barton appartient à cette dernière catégorie. Le titre paraît anodin, mais révèle déjà la principale thématique du livre : l'identité. Comment savoir qui l'on est quand une enfance, dans une extrême pauvreté, vous a tenue à l'écart de la société ? Peut-on réussir à intégrer les codes de ceux qui ont toujours possédé de quoi vivre décemment ? Est-il possible de laisser derrière soi une enfance, une famille dysfonctionnelle et renaître ailleurs en poursuivant ses études ?

   L'héroïne, Lucy Barton, va se retrouver hospitalisée neuf semaines à la suite d'une opération de l'appendice. Une bactérie met ses jours en danger et son mari prend la décision d'appeler sa mère pour la prévenir de la situation. Lucy a coupé tout lien avec les siens et découvre, un jour, avec stupéfaction, que celle-ci est venue et est assise au pied de son lit. Commencent alors une étrange cohabition, d'étonnantes conversations entre les deux femmes. La narration à la première personne nous permet de suivre au plus près le ressenti de Lucy. Que dire à cette mère, surgie du fin fond de l'Illinois pour retrouver sa fille à New-York ? Revenir sur le passé, lui demander des comptes ? Les souvenirs qui remontent à la surface sont souvent tristes, parfois effrayants mais sont-ils fidèles au passé ? Elizabeth Strout retranscrit admirablement les pensées fébriles de son héroïne, ses doutes sur ce qu'elle a vécu, ses scrupules à aborder certains sujets avec sa mère. Est-il encore temps de demander des comptes à cette dame âgée ? Des excuses auraient-elles le pouvoir de guérir ses blessures d'enfance ?

Il va s'écouler cinq jours et cinq nuits, où sa mère va surveiller Lucy comme une louve son petit. Cinq jours en milieu hospitalier où leurs bribes de conversation sont interrompues par les soins, les examens et les visites du médecin. Si peu de temps pour entendre ce que chaque enfant, même devenu adulte, veut entendre, que sa mère l'aime et l'a toujours aimé.

Cette hospitalisation va être une sorte de catalyseur pour Lucy, dénouant certains fils de son histoire personnelle et la confortant dans sa vocation d'écrivain. Les mots lui serviront à panser ses maux. Elle prendra conscience que la résilience ne consiste pas à faire table rase de son passé, mais à composer avec celui-ci. Pour se construire une identité, il faut savoir d'où l'on vient et accepter que tout ne peut être transcendé par l'argent, la réussite ou la culture. Pour grandir et s'épanouir, il lui faudra intégrer qu'avant d'être Lucy Barton, elle a été "Lucy Bordel-de-merde-Barton". 

Une lecture en apnée

lu en numérique via Netgalley

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26 juin 2017

Atelier n°72

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Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona, le dernier atelier avant la pause estivale. Il s'inspire de cette photo que je trouve très belle.

 

                                                                       Roxanne,

Tout ce que je peux t'offrir tient dans ma main : la promesse d'un voyage immobile. Aujourd'hui, en t'écrivant, je ne m'interdis pas d'espérer. Je ne t'interdis pas de refuser ce qui repose au creux de ma paume, la terre de ma ferme. Nous avons grandi au pied des mêmes montagnes et partagé huit années dans la classe unique de Saint-Gervais. Il paraît que l'on commence à engranger des souvenirs à partir de trois ans. Je me rappelle la première fois que je t'ai vue. C'était notre entrée en petite section, tu portais une robe rouge avec une grosse marguerite brodée sur le devant. Ta mère avait le sourire trop figé de la poule qui abandonne son poussin, et toi, tu l'étourdissais de tes paroles et de tes rires. Moi, j'étais déjà dans la cour, accompagné pour ce jour particulier par mon père, à la tendresse bourrue. Il m'avait frotté la tête et s'était éloigné à grands pas. Je crois qu'il voulait cacher qu'un coq éprouve aussi des difficultés à laisser son petit s'émanciper.

Dès le début, tes bavardages se sont accordés avec mes silences. Maternelle, école primaire, nous étions inséparables. Les maîtresses nous avaient surnommés "le petit couple". Et puis, l'âge bête nous a rattrapés, le collège nous a séparés. Je suis devenu le "Bouseux" et toi "L'intello". Ces raccourcis ne me dérangeaient même pas. Mon identité paysanne, je l'ai toujours portée en bandoulière. Je regrette seulement que ces préjugés nous aient enfermés dans des cases bien trop étroites. Je ne suis pas que paysan, tu n'es pas que chargée de com au conseil régional. Je ne savais pas que la vie nous attendait au tournant, que je te retrouverais par hasard au marché du dimanche. J'étais affairé dans ma camionnette, à préparer une commande de cabécous quand j'ai reconnu ta voix. Je me suis retourné et t'ai aperçue dans la queue.Tu parlais avec une amie et ton rire résonnait dans la chaleur de ce mois d'août.

Je t'ai aimée au premier regard et en homme de peu de mots, mais de parole, j'éprouve toujours le même sentiment.
Je ne peux te promettre des voyages autour du monde, juste ma ferme et le ballet des saisons, la beauté des agnelages et la simplicité d'une existence en accord avec la nature. Tu t'étonnes peut-être, non pas du contenu, mais du style de cette lettre. J'aime passionnement la lecture, surtout la poésie. Pas un jour ne passe sans que j'ouvre un recueil de Saint-John Perse pour y choisir quelques vers et les savourer.

Cette main, que je te tends, contient ma terre, mes bêtes, mes silences et ma poésie. Elle t'invite à partager des jours semblables en apparence, pour un regard non averti. Ici, tout est affaire de subtils changements. Pour celui qui accepte d'être attentif, chaque journée recèle une découverte. La lumière du soleil couchant, un nid et ses oeufs veinés de bleu, un agneau audacieux qui rentre dans la cuisine, un fromage plus savoureux que les autres, les premiers crocus ou un nouvel auteur déniché à la médiathèque.Je ne te cache pas qu'il y aura aussi des matins pluvieux, des brebis malades et des soucis de trésorerie. Je te propose d'embarquer pour un tour de mon monde pas si minuscule, d'embarquer avec moi pour un voyage immobile, mais au long cours.

                                                                                                                                 Damien

 

 

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22 juin 2017

Le blog de Nina De Beka et G.Mabire

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La lecture de cette bande dessinée m'a laissée dubitative. Je ne suis pas une spécialiste de la littérature jeunesse, ni le coeur de cible de cet album ( Ma préadolescence est un très lointain souvenir). Je vais débuter par ce qui m'a séduite :  les couleurs et le graphisme. La couverture donne le ton : Nina, l'héroïne, est allongée sur son lit, l'ordinateur à portée de main. Sa couette et ses oreillers définissent un univers pepsy et enfantin, de même que ses vêtements. Cet univers va être présent tout au long de l'histoire. Nina entre en CM2 dans un petit village, elle va nouer peu à peu des relations avec les autres élèves et découvrir son nouvel environnement. Les couleurs souvent toniques, parfois tendres, sont celles qui sont en vogue actuellement. Elles contribuent à l'aspect contemporain de cette bande dessinée.
Le graphisme, réaliste pour les descriptions, plus archétypal pour les personnages, est plaisant. Il privilégie, lui aussi, la volonté d'ancrer le récit à notre époque.

L'histoire en elle-même est assez classique. Nina, une jeune Parisienne, a déménagé à la campagne et se languit de ses amis. C'est la fin du mois d'août, elle appréhende la rentrée et décide de créer un blog pour décrire ses états d'âme et garder le contact avec sa bande de copains, restée dans la capitale. Elle ne confie pas son mal-être à ses parents, sa mère, infographiste, est toujours le nez collé sur sa tablette et son père, programmateur, ne sort que très rarement de son bureau. Enfant de geeks, Nina reproduit le modèle et, apparemment sans en avertir sa famille, ouvre cet espace de discussion sur Internet alors qu'elle n'a que 10 ans. Certes, il n'y a aucun dérapage. Nina réussit grâce à ce blog à mieux connaître ses camarades de classe, à les réconcilier avec Quentin, un "ancien" de l'école primaire que son passage en Sixième a éloigné d'eux, à se détacher en douceur de sa vie d'avant pour mieux accepter les charmes de la campagne.
Je trouve cette présentation d'un blog un peu idyllique. A aucun moment, il n'y a une réflexion sur le fait qu'elle s'épanche sur un "domaine public", ni sur l'omniprésence des écrans dans cette famille. Je pense que cette omniprésence est une réalité de notre époque, mais j'aurais aimé qu'elle soit présentée de manière un peu plus critique.

Les péripéties sont assez prévisibles, les clichés campagne/ville nombreux, mais la lecture est agréable. Certaines planches ont beaucoup de charme et ont éveillé chez l'adulte que je suis la nostalgie de cette année de CM2, où se mêlent dans la tête des enfants le désir de profiter encore de leur statut de "petits" et l'envie de devenir des " grands".


                                                                           Une lecture en demi-teintes

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19 juin 2017

Atelier n°72

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Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo au charme rétro.

 

Michel, une main posée négligemment sur le volant, l'autre sur le genou nu de Sophie, fredonnait "Ce petit chemin", interprété par Jacques Brel. ils étaient seuls sur cette route de campagne, qui sentait bon la noisette. Sur terrain plat, la vitesse les étourdissait, le grand frisson à soixante kilomètres à l'heure. Il aurait voulu que cette matinée de juin, que ce trajet jusqu'à Trémargat ne s'arrêtent jamais. L'air avait une douceur enivrante et le ciel un bleu délicat, un bleu de faïence de Delphes. 
Ils ne parlaient pas, mais était-ce vraiment le silence ? Un regard, un sourire, une caresse entretenaient entre eux un dialogue silencieux.
Sophie portait la robe qu'il préférait, en lin indigo avec de minuscules fleurettes crème. Lui aussi avait fait un effort vestimentaire. Il avait revêtu son costume d'été, même s'il lui comprimait un peu le ventre.
Dans quelques kilomètres, ils retrouveraient les autres participants du rassemblement des voitures anciennes. Dans quelques minutes, ils retrouveraient le poids des ans et leurs amis aux cheveux blancs. Ces dames parleraient de la dernière collection Damart et ces messieurs du Tour de France d'aujourd'hui, où aucun cycliste n'avait la classe d'un Fausto Coppi.
Pour l'instant, ils avaient vingt ans et la vie devant eux. Quand Brel chanta "J'ai posé trois baisers sur tes cheveux frisés", Michel se pencha et embrassa doucement la tempe de son épouse, où palpitait toujours une petite veine.

 

 

 

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16 juin 2017

Choucroute maudite de Rita Falk

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Un polar aux éditions Mirobole, un titre loufoque à souhait et un article enthousiaste d'Yves, il ne m'en fallait pas plus pour craquer. Le libraire était assez dubitatif, les premières pages lui avaient paru "too much". Il est vrai que Choucroute maudite ne fait pas toujours dans la légèreté, ce qui est aussi une caractéristique de ce plat roboratif. L'action se déroule à Niederkaltenkirchen, en Bavière, le village natal de notre (anti)héros, le commissaire Franz Eberhofer. A Munich, ils ne veulent plus entendre parler de cet énergumène, aux méthodes peu orthodoxes. Le voilà donc de retour à la ferme familiale, installé tant bien que mal dans l'ancienne porcherie. L'essentiel de son activité consiste à promener son chien Louis II, à boire des bières chez Wolfi avec ses amis d'enfance et à véhiculer sa Mémé de supermarché en supermarché. Mémé est atteinte d'une grave addiction : elle est accro aux promotions. Sa chasse aux prix réduits vaut au lecteur quelques fous rires.

Ce train-train finit par ennuyer notre homme. Chronométrer ses sorties avec Louis II ne suffit pas à l'occuper. Les morts mystérieuses du père, de la mère puis du fils aîné de la famille Neuhofer, à quelques semaines d'intervalle, réveille en lui le fin limier. ( Oublions l'adjectif "fin". Disons plutôt que que Franz retrouve ses vieux réflexes, dégainer son arme à tout-va et pratiquer les interrogatoires bruts de décoffrage) Il rencontre Hans Neuhofer, le seul survivant de la récente hécatombe. Ce dernier n'a pas attendu longtemps, après le décès de son frère, pour vendre la maison à une agence immobilière. Une fois la maison rasée, une station-service va être construire. L'emplacement est idéal. Oui, Hans est le suspect idéal, mais pas pour longtemps. Il est rapidement victime d'un accident de scooter. Hasard ? Malédiction ? Crimes en série ? Entre les repas préparés par Mémé, les vacheries échangées avec Léopold son frère aîné, quelques câlins avec Susi, la secrétaire de mairie, notre commissaire va parvenir à se dégager du temps pour éclaircir cette affaire. Surtout que son ancien coéquipier,Rudi Birkenberger, tout aussi frappadingue que lui, le rejoint pour mener cette enquête à l'international. En effet, ils partent quinze jours à  Majorque,où se trouvent les nouveaux locaux de l'agence Immo-Novum, qui a acheté la maison des Neuhofer.

Soyons tout à fait honnête, l'intrigue n'est pas des plus complexes. L'intérêt de cette comédie policière réside surtout dans une galerie de personnages aussi savoureux les uns que les autres, et dans la description du quotidien d'un gros bourg bavarois. Personnellement, j'ai passé un très bon moment en compagnie de Franz et de sa petite Mémé, ratatinée comme un raisin sec, sourde comme un pot, mais qui ne manque pas de punch. 

" Comme la Mémé en est au stade du raisin sec, toutes les parkas sont beaucoup trop grandes. Une gentille vendeuse avait dit que si on ne trouvait rien, on pourrait regarder au rayon jeunes. parce que c'est taillé plus petit, il y aurait des articles tout à fait corrects qu'on ne dirait pas fait pour les jeunes. (...)
Ensuite, on rentre. La Mémé déballe sa nouvelle parka et l'enfile. Elle lui va comme un gant, elle est noire et derrière, en lettres orange, on peut lire : "Big girls have more fun".
Doux Jésus !
Mais de toute façon, la Mémé ne parle pas anglais."

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12 juin 2017

Atelier n°71

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Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Marion Pluss.



"Messages en MP"
film de Flamellig Le Bozec

 

Synopsis


Joëlle Sancéau, alias Albertine Proust sur le Net, reçoit, en septembre 2015, un bien étrange message. Depuis quelques semaines, elle prend plaisir à rédiger chaque lundi un texte pour l'atelier de Leiloona, papesse de la blogosphère. Dans ce message, il est question justement de son dernier écrit (ici), qui a pour cadre une plage bretonne. Stéphanie Pélerin, blogueuse,elle aussi, très connue, lui demande si elle ne veut pas transformer son texte en nouvelle, voire en roman. Notre Costarmoricaine s'empresse de googliser l'auteur de ce courriel étonnant et là, découvre que celle-ci est directrice d'une collection "Mille et une poulettes" proposant de la chick lit un tantinet coquine. Stupeurs et tremblements ! Joëlle relit son texte, à la recherche de passages un peu hots. Y aurait-il erreur sur la personne ? Stéphanie Pélerin voudrait-elle dévergonder une Joëlle Sancéau, aussi timide qu'une violette et incapable, la quarantaine bien sonnée, de regarder un couple s'embrasser à l'écran sans détourner le regard, ou ricaner bêtement (Dieu que ce ricanement a pu énerver ses parents, quand elle était enfant). Ses craintes ne sont pas fondées, Stéphanie recherche des "plumes" pour des romances feel good.
C'est le début d'une collaboration fructueuse, ponctuée de nombreux messages sur FB où les émoticones sont le reflet de leurs humeurs respectives. De ce travail va naître un roman : "Plage sainte-Anne".

Critique lors de la sortie en salle le 9 juin 2017

Vous connaissez tous, chers lecteurs de Téléblabla, ma probité proverbiale. Cette séance, réservée à quelques journalistes triés sur le volet, ne laissait rien augurer de bon. Il est de notorité publique que Jean-Yves Le Bozec, capitaine d'industrie breton,cède à tous les caprices de Flamellig, sa fille. Cette dernière se lance dans la réalisation de longs métrages. Qu'à cela ne tienne. Son père finance le tournage et aménage le sous-sol de sa maison de maître à Neuilly en salle de cinéma. Et nous voilà, devant l'écran encore blanc, attendant que démarre " Messages en MP". 
Je dois reconnaître, à mon grand étonnement, que le film m'a plu. Flamellig nous offre deux beaux portraits de femmes, sans jamais tomber dans la caricature. Non, elle n'oppose pas la Bretonne, revêtue de son kabig, à la Nicoise, à la robe généreusement décolletée. Nous les suivons, chacune dans son univers, sur presque deux ans, passant de la campagne des Côtes d'Armor à la banlieue parisienne. Elles semblent aux antipodes l'une de l'autre, une discrète et une flamboyante, une souris des champs et une souris des villes.Leur point commun : un texte qui voyage par mails, de l'ordinateur de Joëlle à celui de Stéphanie et devient lentement roman. Les deux héroïnes, au fil de messages échangés en Mode Privé sur Facebook, commentent les avancées de l'histoire : les personnages qui passent à la trappe et ceux qui prennent davantage la lumière, l'ordre des chapitres, la longueur des descriptions, la vraisemblance des actions. Parfois, le tricot connaît des accrocs et les deux femmes des accrochages, mais le fil n'est jamais rompu. L'ouvrage est mis de côté quelques semaines, le temps que les egos s'apaisent, et repris avec un enthousiasme retrouvé. La mise en scène est audacieuse : les séquences en Bretagne et à Paris sont entrecoupées de captures d'écran où s'affichent les messages clés échangés entre Joëlle et Stéphanie. Le spectateur s'attache à ces deux femmes, à leur quotidien, à leurs déconvenues sur le plan professionnel ou personnel, aux épreuves qu'elles traversent mais aussi à leurs moments de bonheur intense. Il assiste surtout, témoin privilégié, à la création à quatre mains d'un roman.
                                                                  

                                                                                                                                Jean-Eudes de la Bretonnière, Téléblabla

Ce texte mêle, pour celles et ceux qui me connaissent, réalité et fiction. C'est ma manière de remercier, une nouvelle fois, Stéphanie et aussi Leiloona d'avoir permis la naissance de ce premier roman.

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Vous pouvez le trouver ici ou ici

 

 

 

 

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05 juin 2017

Atelier n°70

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Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire de cette photo de fonds marins.

Je vous répète les cinq consignes magiques une dernière fois ! Un, je dis bonjour en entrant, sans prendre une voix de nouille Deux, je ne cours pas. Trois, je ne bouscule personne. Quatre, je ne fais pas le clown. Cinq, je lève la main pour demander la parole, et j'attends qu'on me la donne.

Marie-Amélie regarde son troupeau de CE1 et se dit que la partie n'est pas gagnée. Cette sortie pédagogique n'est peut-être pas l'idée du siècle. Sur le dépliant reçu à l'école, l'exposition Plouf semblait ludique et accessible aux élèves. Mais, là, pile au moment de franchir la porte vitrée, et de laisser sa classe pénétrer dans l'espace immaculé du centre culturel, elle a les foies.

T'inquiète pas, Marie-Amélie ! On va être sages, lui dit Martin, qui doit sentir son hésitation.

En même temps, il n'a sans doute pas beaucoup de mérite, elle sautille sur place comme si elle avait besoin de faire pipi. Ses collègues plus âgés lui ont souhaité bon courage et Francine, la doyenne de l'équipe, 35 ans de métier, en charge des CM2, a même rajouté : "C'est beau d'être jeune et d'y croire encore !" A l'école primaire Jean Moulin, le mot SORTIE a été rayé du vocabulaire des enseignants.

C'est quand qu'on y va ? lui demande Nolwenn, se faisant la porte-parole de la classe.

Marie-Amélie ouvre la porte et ses élèves entrent deux par deux dans la première salle. Un jeune homme les attend et il répond aux "Bonjour" joyeux, claironnants ou alors presque inaudibles des enfants. Ouf, se dit la maîtresse, aucune voix de nouille ! C'est toujours ça de pris.

Bienvenue les enfants ! Je vois que votre maîtresse n'a pas eu peur de vous faire plonger dans le grand bain. Avant de découvrir les photos des fonds marins et les différentes animations, vous allez devoir mettre les brassards de piscine se trouvant dans la nasse sur votre gauche. Ce serait dommage que l'un d'entre vous périsse, emporté par une lame de fond.On fait deux files, moussaillons ! Votre maîtresse et moi allons distribuer les brassards.

Elle n'en croit pas ses oreilles.L'animateur a compris qu'il a devant lui un banc de bébés sardines, pas très disciplinés et il gère. Pour le moment, tout se passe bien. Même pas besoin de recourir à la respiration ventrale. Oh, non ! Arthur lève le doigt. Quelle bêtise va-t-il encore inventer pour faire rire la galerie ? Et le jeune homme lui donne la parole.

Tu sais, Monsieur, on dit plus maîtresse, on dit Marie-Amélie, lance le garçonnet en adressant un clin d'oeil à l'animateur.

Elle aurait voulu disparaître sous terre. Francine avait raison, les sorties, c'est l'Enfer sur Terre.

D'accord, j'ai bien retenu la leçon,lui répond le guide. Toi, qui n'as pas l'air d'avoir froid aux yeux, tu vas me servir de cobaye pour notre première animation. Tout le monde voit la grande photo derrière moi. Elle va nous permettre de quitter le plancher des vaches et de plonger dans les profondeurs marines; Mais, et oui, il y a un mais, il faut pour que cet univers merveilleux s'ouvre à vous qu'un garçon courageux livre un rude combat.

A ces mots, Arthur se rengorge.

Votre héros, ici à mes côtés, va devoir se déguiser en étoile de mer et combattre l'anémone, qui ressemble à une fleur, mais possède de redoutables tentacules.

Marie-Amélie se surprend à sourire devant la mine déconfite du meneur de la classe. Elle éclate même de rire quand l'animateur sort d'une malle de pirate le déguisement de l'étoile de mer. Lui-même se glisse dans celui de l'anémone et avant d'attaquer Arthur, plante ses yeux plein d'humour dans ceux de la jolie Marie-Amélie.

 

 

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02 juin 2017

La tresse de Laetitia Colombani

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Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

                                                                   Baudelaire (La chevelure)

 

La tresse est un premier roman à la construction maîtrisée. Il nous raconte la vie de trois femmes, que tout sépare en apparence. Assez rapidement, le lecteur va établir le lien entre elles : les cheveux.

Smita est une Dalit, une Intouchable, obligée de nettoyer les fosses d'aisance à mains nues. Cela se passe de nos jours, dans un village de l'Uttar Pradesh, en Inde. Au nom de traditions ancestrales, elle est condamnée à ce travail avilissant, et sa fille Lalita devra prendre sa succession. Elle se refuse à voir sa fillette à la beauté gracile, s'abaisser à une tâche semblable. Pour Lalita, elle rêve d'école, d'éducation, d'émancipation. Pour nous, cette scolarisation paraît banale. En Inde, quand on appartient à la caste des Intouchables, c'est une transgression qui peut entraîner la mort. Pourtant, Smita ne peut s'empêcher d'y penser, en tressant la douce chevelure de son enfant.

Bien loin de l'Uttar Pradesh, à Palerme en Sicile, Giulia, 20 ans, travaille dans la fabrique paternelle. C'est le seul atelier de confection de perruques encore ouvert en ville.Giulia a été initiée par son père à la teinture des cheveux, dont l'origine est 100% sicilienne. Là aussi, la tradition est très présente. La jeune femme va être amenée, plus tôt que prévu, à prendre la succession de son père, victime d'un accident. Elle découvre alors que l'entreprise est au bord de la faillite, faute de matière première. Il faudrait faire venir les cheveux d'Inde. L'idée apparaît comme totalement saugrenue pour une partie de la famille. Pourtant Guilia ne peut s'empêcher d'y penser, en caressant les cheveux de Kamal, son amant sikh.

A Montréal, Sarah, brillante avocate de quarante ans, semble, elle, s'être affranchie des traditions. Elle mène sa carrière tambour battant, aux prix de sa vie familiale. Au cabinet, elle apparaît comme un "Terminator" au féminin. Rien ne paraît de nature à l'arrêter, pas même la tumeur qu'on lui découvre au sein. Elle va traiter le cancer comme un de ses dossiers, sans affect, mais avec une rigueur implacable. D'ailleurs, Sarah compte bien n'en parler à personne dans son entourage professionnel.Seulement sa maladie vient à être connue et peu à peu, elle est dépouillée de tous ses clients. Elle doit se battre sur tous les fronts, au boulot et à l'hôpital. Doit-elle vraiment se battre sur tous les fronts ? Elle ne peut s'empêcher d'y penser, en ajustant sa perruque aux mèches soyeuses, venues d'Inde, sur son crâne chauve.

Trois beaux portraits de femmes, trois "battantes" qui ont décidé, chacune à leur manière, de changer le cours de leur destin. Le roman de Laetitia Colombani se lit facilement, le style est agréable et fluide. Je trouve qu'il pourrait constituer une lecture enrichissante pour des élèves à partir de la Troisième.

Lu en numérique via Netgalley

 

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