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   Dans un Orient de légende se déroule une histoire universelle, une affrontement fratricide pour le pouvoir. Marie Barthelet, dans une interview à la librairie Mollat, précise que son roman est une variation de l'épisode biblique entre Pharaon et Moïse. Ces deux personnages, comme les deux protagonistes de l'Exode, sont frères de lait. Dans un pays décrit par petites touches impressionnistes, le désert, un fleuve, un palais au jardin luxuriant, des salons où s'alanguir, des plats au goût de miel et de sucre, règne un homme. L'auteure va nous faire entendre sa voix, la voix de celui qui gouverne.

   Les premières pages sont saisissantes. Dans l'enceinte du palais, le naja du Chef d'état s'apprête à livrer un nouveau combat sur le sable de l'arène. S'avance alors le frère adoptif du personnage principal, disparu depuis dix ans. Son bras est armé, armé d'un panier abritant un serpent combattant. Il n'est pas revenu pour faire la paix mais pour déclarer la guerre. Le chef d'état accepte ce duel, ce coup de canif dans sa toute puissance et le combat tourne en la faveur du serpent du frère réapparu. Il s'agit du premier acte de la tragédie que va connaître le pays. Le frère est revenu pour affirmer le droit de son peuple à exister pleinement. Il appartient à la minorité des hilotes, opprimée depuis leur tentative de coup d'état du temps du grand-père des deux frères. Son adoption devait montrer à la société que le pouvoir leur avait pardonné mais dans les faits, ils continuaient à être discriminés.

   Oubliée l'ancienne complicité, l'enfance et l'adolescence vécues côte à côte, l'aîné devenu paria veut en découdre avec son cadet qui a pris la tête du pays. Tous les coups sont permis pour faire vaciller le pouvoir, les calamités s'enchaînent, sapant peu à peu la confiance que le peuple a en son dirigeant. Il faudrait que le petit frère prenne des mesures contre le grand frère mais l'amour brouille son discernement. L'amour, ici, n'est pas compatible avec la raison d'état. "Celui-là est mon frère" explore la relation intime née entre ces deux hommes, voulue par le père du chef d'état pour favoriser la paix, mais qui n'amène finalement que frustration et désolation.

   Les mots de Marie Barthelet sont rares, choisis, toujours judicieux. Ils épousent les soubresauts de l'âme du Chef d'état, brossent le tableau d'un pays sombrant dans le chaos, délivrent le récit cruel d'un amour perdu. Intemporel ou terriblement actuel, ce conte nous rappelle toutes les luttes pour l'obtention du pouvoir. Tout est dit en peu de mots dans cette histoire ciselée comme les dentelles d'un moucharabieh.

Un coup de coeur

Un roman des "68 premières fois"