Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo au charme rétro.

 

Michel, une main posée négligemment sur le volant, l'autre sur le genou nu de Sophie, fredonnait "Ce petit chemin", interprété par Jacques Brel. ils étaient seuls sur cette route de campagne, qui sentait bon la noisette. Sur terrain plat, la vitesse les étourdissait, le grand frisson à soixante kilomètres à l'heure. Il aurait voulu que cette matinée de juin, que ce trajet jusqu'à Trémargat ne s'arrêtent jamais. L'air avait une douceur enivrante et le ciel un bleu délicat, un bleu de faïence de Delphes. 
Ils ne parlaient pas, mais était-ce vraiment le silence ? Un regard, un sourire, une caresse entretenaient entre eux un dialogue silencieux.
Sophie portait la robe qu'il préférait, en lin indigo avec de minuscules fleurettes crème. Lui aussi avait fait un effort vestimentaire. Il avait revêtu son costume d'été, même s'il lui comprimait un peu le ventre.
Dans quelques kilomètres, ils retrouveraient les autres participants du rassemblement des voitures anciennes. Dans quelques minutes, ils retrouveraient le poids des ans et leurs amis aux cheveux blancs. Ces dames parleraient de la dernière collection Damart et ces messieurs du Tour de France d'aujourd'hui, où aucun cycliste n'avait la classe d'un Fausto Coppi.
Pour l'instant, ils avaient vingt ans et la vie devant eux. Quand Brel chanta "J'ai posé trois baisers sur tes cheveux frisés", Michel se pencha et embrassa doucement la tempe de son épouse, où palpitait toujours une petite veine.