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Un polar aux éditions Mirobole, un titre loufoque à souhait et un article enthousiaste d'Yves, il ne m'en fallait pas plus pour craquer. Le libraire était assez dubitatif, les premières pages lui avaient paru "too much". Il est vrai que Choucroute maudite ne fait pas toujours dans la légèreté, ce qui est aussi une caractéristique de ce plat roboratif. L'action se déroule à Niederkaltenkirchen, en Bavière, le village natal de notre (anti)héros, le commissaire Franz Eberhofer. A Munich, ils ne veulent plus entendre parler de cet énergumène, aux méthodes peu orthodoxes. Le voilà donc de retour à la ferme familiale, installé tant bien que mal dans l'ancienne porcherie. L'essentiel de son activité consiste à promener son chien Louis II, à boire des bières chez Wolfi avec ses amis d'enfance et à véhiculer sa Mémé de supermarché en supermarché. Mémé est atteinte d'une grave addiction : elle est accro aux promotions. Sa chasse aux prix réduits vaut au lecteur quelques fous rires.

Ce train-train finit par ennuyer notre homme. Chronométrer ses sorties avec Louis II ne suffit pas à l'occuper. Les morts mystérieuses du père, de la mère puis du fils aîné de la famille Neuhofer, à quelques semaines d'intervalle, réveille en lui le fin limier. ( Oublions l'adjectif "fin". Disons plutôt que que Franz retrouve ses vieux réflexes, dégainer son arme à tout-va et pratiquer les interrogatoires bruts de décoffrage) Il rencontre Hans Neuhofer, le seul survivant de la récente hécatombe. Ce dernier n'a pas attendu longtemps, après le décès de son frère, pour vendre la maison à une agence immobilière. Une fois la maison rasée, une station-service va être construire. L'emplacement est idéal. Oui, Hans est le suspect idéal, mais pas pour longtemps. Il est rapidement victime d'un accident de scooter. Hasard ? Malédiction ? Crimes en série ? Entre les repas préparés par Mémé, les vacheries échangées avec Léopold son frère aîné, quelques câlins avec Susi, la secrétaire de mairie, notre commissaire va parvenir à se dégager du temps pour éclaircir cette affaire. Surtout que son ancien coéquipier,Rudi Birkenberger, tout aussi frappadingue que lui, le rejoint pour mener cette enquête à l'international. En effet, ils partent quinze jours à  Majorque,où se trouvent les nouveaux locaux de l'agence Immo-Novum, qui a acheté la maison des Neuhofer.

Soyons tout à fait honnête, l'intrigue n'est pas des plus complexes. L'intérêt de cette comédie policière réside surtout dans une galerie de personnages aussi savoureux les uns que les autres, et dans la description du quotidien d'un gros bourg bavarois. Personnellement, j'ai passé un très bon moment en compagnie de Franz et de sa petite Mémé, ratatinée comme un raisin sec, sourde comme un pot, mais qui ne manque pas de punch. 

" Comme la Mémé en est au stade du raisin sec, toutes les parkas sont beaucoup trop grandes. Une gentille vendeuse avait dit que si on ne trouvait rien, on pourrait regarder au rayon jeunes. parce que c'est taillé plus petit, il y aurait des articles tout à fait corrects qu'on ne dirait pas fait pour les jeunes. (...)
Ensuite, on rentre. La Mémé déballe sa nouvelle parka et l'enfile. Elle lui va comme un gant, elle est noire et derrière, en lettres orange, on peut lire : "Big girls have more fun".
Doux Jésus !
Mais de toute façon, la Mémé ne parle pas anglais."