Source: Externe

  La quatrième de couverture annonce la couleur :  "une ode magnifique à la liberté des femmes !" Je dis merci à William Boyd de penser à nous, alors même que le festival d'Angoulême devient un club privé avec un panneau à l'entrée : réservé aux hommes ! Sans tomber dans un féminisme outrancier, on ne peut que se désoler avec Pénélope Bagieu que "les BD de gonzesse" aient été oubliées cette année. Ce ne sont pas les petits arrangements concoctés rapidement pour calmer la polémique qui changeront grand chose à la réalité des faits.


   Revenons, après cet aparté militant, au roman !  La narration suit la trame classique du flash-back. Amory Clay, l'héroïne, qui frôle les soixante-dix ans et vit quasi recluse dans sa maison en Ecosse, nous raconte ses "multiples vies". Autant, j'ai cru à cette dame âgée, inquiète de voir son corps lui obéir de moins en moins, autant je suis restée complètement en dehors des "vies" de la jeune photographe.

   Née en 1908, elle a eu un destin hors du commun. Initiée très tôt à la photographie par son oncle maternel, Greville, portraitiste mondain, elle va devenir son assistante. Très vite lassée par ce travail routinier, elle cherche à se faire un nom et part pour le Berlin interlope des années 20. Elle ramène des clichés qui font scandale mais n'en continue pas moins à vouloir imprimer sa marque, devenir une sorte de Capa au féminin. William Boyd embrasse large : Berlin, années 20, New-York, années 30, Londres dans les années 40 et les émeutes des Chemises noires, Paris occupé, zones de combat à la fin de la guerre et pour terminer le Vietnam. Amory Clay se trouve toujours au bon endroit au bon moment.Cela en devient suspect. Chanceuse, opportuniste ou alors pure création littéraire ? Tout nous laisse pourtant à penser qu'elle a vraiment existé, ses photos sont là pour l'attester, pour créer ce fameux effet de réel. 

   Après avoir achevé la lecture de ce livre, je me suis empressée d'aller vérifier l'existence de cette femme photographe, pionnière en la matière. J'ai eu la confirmation de ce que je soupçonnais. Le grain de sable, l'absence complète d'empathie avec le personnage s'explique par le fait que Amory Clay soit une "construction" intellectuelle. L'exercice est brillant, documenté mais moi, il me manque la part d'humanité qui aurait fait d'Amory Clay si ce n'est pas une personne réelle, au moins une héroïne touchante.

Une lecture en demi-teinte...