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   En littérature, je suis d'une grande fidélité ( euh, dans la vie aussi !). Je suis une inconditionnelle de Dawn Powell et de la collection Quai Voltaire des éditions de La Table Ronde ( les fameux romans à la couverture bleue dont je vous ai déjà entretenu). Cet auteure est une "incontournable " de Quai Voltaire ! Vous me direz, le livre présenté est en 10/18 et n'a pas THE couverture bleue. C'est que je suis tombée tout à fait par hasard en librairie sur ce titre et que j'ai adoré la couverture: ce "fusil" féminin qui montre que sous leurs minois charmants, les New-Yorkaises dépeintes par Dawn Powell sont aussi des "killeuses".

   Nous sommes en 1942 à New-York et la guerre qui se déroule en Europe ne parvient que comme un écho assourdi en Amérique. D'autres guerres, moins sanguinaires, se livrent tout de même et l'auteure nous les conte avec son habituelle ironie mordante. Amanda Keeler, jeune et splendide trentenaire, originaire de l'Ohio, a mis le grappin sur le magnat de la presse Julian Evans. Depuis deux ans, ils se tiennent mutuellement par la barbichette : il l'a transformée en auteur à succès et journaliste éclairée (des petites mains oeuvrent dans l'ombre pour rédiger ses textes), elle apporte à leur couple la touche de glamour que la première épouse de Evans, petit pot à tabac d'une cinquantaine d'années ne possédait pas. Ces deux-là règnent en despotes sur la "bonne société" et leurs dîners, aussi soporifiques que convoités, leur permettent d'étaler toute leur superbe.

   Débarque de Lakeville, Vicky Haven, destinée à être la dinde d'une farce comme seul l'esprit tortueux d'Amanda peut en inventer. La malheureuse Vicky se remet difficilement d'un chagrin d'amour et une de ses amies fait intervenir Amanda pour qu'elle lui trouve un job à New-York et l'éloigne de sa ville natale où son ex-petit ami s'apprête à devenir papa. Notre "reine" de la presse y voit l'occasion de faire d'une pierre deux coups. Elle va trouver un travail à Vicky dans un des journaux de son mari et lui louer un studio qui lui permettra à elle, Amanda, d'avoir un nid pour renouer avec son ancien amoureux, Ken Saunders. Il faut la comprendre, elle a TOUT mais lui, comme un certain village d'irrésistibles Gaulois, tente de lui résister. Comme cela va être excitant de le faire plier !

   Dawn Powell décrit avec une sorte de "férocité mouchetée" cet univers de la haute société new-yorkaise où se jouent à tous les niveaux, des luttes de pouvoir, des intrigues, qui nous montrent un aspect bien peu reluisant de l'âme humaine. En même temps, elle garde toujours une distance amusée avec "ces créatures de papier", ces hommes et femmes qui n'ont aucunement conscience que la guerre va bientôt les toucher.

L'époque, bien évidemment, n'est pas exquise, mais la lecture de ce roman est un pur bonheur ! Un bonheur pour ceux qui aiment les piques vachardes et les portraits drôles et décapants .