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  Comment résister à l'appel de cette mésange bleue en couverture ? Aussi gracieuse que batailleuse, je me suis interrogée sur son lien avec le roman que je venais de terminer. Fallait-il y voir un symbole du printemps, du renouveau dans le vie de Hans le personnage principal ? Dans cette histoire, ce n'était pas une hirondelle qui annonçait le printemps,mais une mésange laissant présager une "étrange" saison, mélange d'exaltation et d'abattement.

   Hans D., cinquante-neuf ans, a atteint le fond du fond. Chômeur de longue durée, l'apathie et le découragement le mènent droit vers la clochardisation. Il vit au jour le jour dans un appartement envahi par la saleté et se néglige au point de ne plus se laver.Il n'est même plus en état de réfléchir aux successions d'événements qui ont entraîné sa chute. Il se contente de végéter. Dans un sursaut d'énergie, il se décide à remplir la demande de prolongation de son allocation chômage. La date butoir approche. La paperasserie le rebute tellement qu'il préfère encore descendre repousser le moment de compléter le formulaire en descendant les ordures jusqu'aux containers en bas de l'immeuble.

   Glisser le couvercle du container lui fait mal au dos, encore une preuve pour lui que tout se déglingue dans sa vie. Il voit un joli poupon au milieu des déchets, n'a pas vraiment le temps de se dire que les gens jettent n'importe quoi avant de réaliser qu'il ne s'agit pas d'un jouet mais d'un nourrisson. Lui, que tout fatigue, même réfléchir, se mue soudain en homme d'action et se lance à la recherche de lait pour nourrir le bébé. Ce revirement brutal m'a arrêtée dans ma lecture. Il me semblait peu vraisemblable et je craignais que la suite ne soit un conte de Noël revisité : la rédemption par le nourrisson !

   Uhly Steven évite en partie cet écueil. Hans D. va prendre sous son aile (ou plutôt sous son manteau crasseux) cette petite fille abandonnée. Il va lui donner le nom de Félicia. Pour elle, il va remonter la pente, retrouver une humanité qu'il croyait disparue. Il ne peut cependant rester ad vitam aeternam dans son appartement devenu cocon douillet. A l'extérieur, la police enquête et arrête la mère coupable d'avoir jeté son enfant dans ce container. On s'active pour retrouver ce bébé que Hans ne veut pas perdre. Ses voisins perses, les Tarsi, ainsi que le vieux buraliste du quartier vont l'aider. IIs forment une bien étrange famille pour cet enfant au rire facile et communicatif.

   Le personnage principal, entre deux biberons, s'interroge enfin sur son existence passée. Comment peut-il envisager d'élever Félicia s'il ne comprend pas pourquoi son mariage a été un échec entraînant une rupture complète avec sa femme et ses enfants. Les phrases interrogatives s'enchaînent pour montrer que Hans cherche sans relâche la clé de sa déchéance. Ce procédé d'ailleurs finit par être répétitif. La pression du monde extérieur se fait de plus en plus forte. La mère de l'enfant risque d'être condamnée pour infanticide, même si le corps du bébé n'a pas été retrouvé. Le père n'a pas renoncé à trouver son enfant. Hans a-t-il le droit de se substituer aux parents biologiques ?

   L'auteur crée autour de ce bébé une famille improbable mais touchante. Elle saura prendre la décision la plus sage pour l'avenir de "leur" nourrisson. Le roman traîne parfois en longueur, surtout dans la deuxième partie, mais la couverture tient sa promesse. Les personnages connaissent bien une nouvelle saison, avec ses rayons de soleil et ses brusques giboulées. Une saison où l'on apprend à vaincre ses préjugés et à accepter de se pardonner.

Lu en numérique via Netgalley