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Amateurs de digressions, d'auteur n'hésitant pas à interrompre le cours de la narration pour s'adresser aux lecteurs, ce roman est pour vous. Le rythme n'est pas frénétique, mais comme mes neurones fonctionnent au ralenti en cette période hivernale, l'adéquation a été parfaite. Le personnage principal, Voltaire Mourcade, major fraîchement retraité de la gendarmerie, a le blues. Les deux premiers jours de sa "nouvelle vie" ont été merveilleux et après un terrible ennui l'a terrassé. Son épouse décide alors qu'un séjour dans le Trégor, lointaine terre bretonne, saura lui rendre son bonne humeur et son légendaire appétit. Ils décident alors de partir pour Tréguier, afin de résider chez leurs meilleurs amis : Voltaire retrouvera ses promenades revigorantes en bord de mer et Nicole reprendra son analyse comparée des kouign amann des alentours.

Sur place, Voltaire va très rapidement se remettre. L'air iodé n'y est pour rien, ni la bruine revigorante des Côtes d'Armor. Sa filleule, journaliste au Petit Echo du Trégor Républicain à Tréguier, a soulevé un lièvre et semble en danger. Le fin limier flaire le doux parfum d'une enquête. Il va devoir plonger dans le passé, en particulier la période 39/45 pour comprendre les motivations de la personne, qui souhaite que le journal n'essaie pas d'élucider "l'affaire de l'abbé Perrot", assassiné pour certains, exécuté pour d'autres par les maquisards.

Jean-Jacque Carrère décrit avec beaucoup de justesse les paysages d'un petit coin de terre que je connais bien, puisque j'y réside. Il n'ignore rien non plus des us et coutumes des Trégorrois, et n'hésite pas à s'en moquer gentiment. J'ai beaucoup aimé suivre les "tribulations" de ce major, tout en rondeur et air bonasse, apparence qui cache un esprit affûté et malicieux.

Que dire de plus, si ce n'est que je rêve d'une suite ! A bon entendeur...

Baie de Saint-Michel-en-Grève

" Il s'était immobilisé, admirant l'étendue de la grève, le sable blanc par endroits recouvert de minces bancs de brume, ces mille nuances de gris qui se répondaient, entre ciel, terre et mer, uniformisés par une fine bruine qui s'était mise à sourdre de l'atmosphère elle-même, de l'air saturé d'humidité. La marée qui montait peu à peu réduisait progressivement la plage, qui bientôt serait totalement submergée, et chassait une quantité d'oiseaux posés sur le sable, et qui reculaient au fur et à mesure de la montée de l'eau."