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Je suis certaine que vous connaissez tous la couverture de livre qui attire comme un appeau. Impossible de résister à cette comparaison quand on voit le titre "Mrs Bird" ... J'ai littéralement fondu sur ce roman, non pas pour le rose ( J'ai passé depuis quelques décennies la période "rose" où les petites filles, piétinant les idées féministes de leur mère, ne jurent que par cette couleur.) mais pour cette lettre postée à Cambridge en 1941. Le cachet de la poste, le timbre m'ont transportée en imagination lors de cette période de notre Histoire. Les mots "charme" et "humour british" sur la quatrième de couverture ont achevé de me convaincre. J'étais piégée pour mon plus grand plaisir.

Parfois cependant l'emballage est magnifique et le contenu beaucoup moins attrayant. J'ai eu un petit moment de flottement au début de ma lecture. L'utilisation très fréquente de majuscules a le don de m'horripiler, et AJ Pearce en use énormément. D'aucuns ne supportent pas l'usage abusif des points d'exclamation ou de suspension. Moi, mon exaspération se cristallise sur les majuscules. Il s'agit de tocs de lecteurs, mais ils parasitent souvent la fluidité de la lecture. Ici, je m'incline. Les majuscules ont leur raison d'être : exprimer l'enthousiasme juvénile des personnages principaux de cette histoire. Emmeline  Lake et Marigold Tavistock (alias Emmy et Bunty), deux très jeunes femmes, partagent un appartement à Londres supportant avec une inconscience propre à leur âge les bombardements incessants. Elles sont amies depuis l'enfance et travaillent en attendant, ce qui à l'époque, est le seul moyen pour une femme de s'accomplir : le mariage. Leur joie de vivre malgré les circonstances s'expriment au travers de propos truffés de majuscules. Tout est sujet à s'enflammer : l'Amour, l'Amitié, l'Avenir.

Sur un malentendu, Emmy postule pour un emploi au London Evening Chronicle. Elle se voit déjà  Reporter, autorisée à porter un pantalon pour couvrir des zones dangereuses. Il s'avère que l'annonce est pour un magazine hebdomadaire féminin, appartenant au même groupe que le journal d'informations. La jeune femme doit rabattre de sa superbe. Son statut d'Assistante Dactylo au Woman's Friend ne va pas assouvir sa soif d'aventure. Elle fait tout de suite la connaissance de sa "cheffe", Mrs Bird, une soixantenaire appartenant à la gentry, appréciant surtout les oiseaux quand ils sont empaillés et servent à orner ses chapeaux. Cette dernière délègue de nombreuses tâches mais a conservé un pré carré : la rubrique " Henrietta Bird vous Répond" où elle donne des conseils à des lectrices dans l'embarras. Très rapidement, Emmy se rend compte que les courriers exposant de vrais problèmes passent directement à la poubelle. Mrs Bird ne veut rien savoir du désarroi des femmes en temps de guerre. Pour elle, le seul comportement adéquat est de prendre sur soi et de respecter la bienséance. AJ Pearce nous donne à lire ces courriers, reflet de mentalités qui évoluent. Les hommes étant partis se battre, les femmes se retrouvent confrontées à des situations inédites, découvrant avec crainte et ivresse cette nouvelle liberté. Emmy ne peut se résoudre à abandonner ces femmes et entreprend de leur répondre en cachette, en usurpant l'identité de Mrs Bird.

Autour d'Emmy gravitent de nombreux personnages, qui contribuent à dresser le tableau d'un Londres ébranlé par la guerre. Il y a d'abord le premier cercle : les amis et parents de sa petite ville natale, Little Whitfield. Emmy et Bunty sont d'ailleurs fiancés à des garçons qu'elles connaissent depuis l'enfance, originaire du même endroit. Le deuxième cercle est professionnel. La jeune femme apprend à connaître l'équipe de rédaction du Woman's Friend tout en conservant les amitiés fortes nées à la caserne de pompiers de Carlton Street, où elle tient le standard plusieurs soirs par semaine. Sans la guerre, ce deuxième cercle n'aurait jamais existé et son destin aurait été tout tracé. L'auteur nous montre la façon dont la Seconde Guerre Mondiale a influé ainsi sur l'émancipation féminine.

J'ai trouvé ce roman touchant. Il restitue avec beaucoup de justesse le quotidien de jeunes gens confrontés à l'horreur de la guerre et pourtant avides de profiter de la vie. Leur fraîcheur, voire leur candeur, fait souvent sourire le lecteur. Ce livre montre très bien le rôle dévolu aux femmes en 1940 et leurs aspirations à occuper une place plus importante dans la société. Emmy et Bunty vont être éprouvés dans leur coeur et dans leur chairs et participer à leur manière à cette émancipation. Le contexte est dramatique et AJ Pearce ne le minimise pas. Pourtant le lecteur a souvent le sourire aux lèvres tant le personnage d'Emmy est drôle dans sa maladresse et ses tentatives pour déployer ses ailes. Elle se traite souvent de " grosse patate". L'on retient surtout sa fougue et la vivacité de son esprit. 

Une lecture très plaisante

lu en numérique via Netgalley