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   J'ai emprunté ce titre au poète Pierre de Marbeuf. Ce vers m'est revenu spontanément en mémoire à la lecture de ce magnifique roman d'Olivier Frébourg. J'ai aimé son écriture sensuelle dès les premières pages. Le narrateur, alors adolescent, vit sur la presqu'île de Quiberon et voue, comme ses copains, un culte quasi-païen à la "belle Gaëlle", une mère de famille franco-vietnamienne. Elle les fascine, ils se consument de désir devant sa "blondeur d'un roux de flamme sous le soleil, ses yeux bleus, bridés, ses pommettes hautes et sa peau couleur résine". C'est une femme-sève qui éveille les sens des garçons. Elle est souvent accompagnée par Marion, l'aînée de ses quatre enfants. Pendant de longues années, elle grandit à l'ombre de sa mère sans que le narrateur lui trouve le moindre intérêt.

   Celui-ci entre à l'Ecole Navale, embarque en dernière année à bord du porte-hélicoptère Jeanne-d'Arc pour un tour du monde. S'affirme alors en plus de son amour pour la mer, une passion de plus en plus dévorante pour le dessin et la peinture. Il capte des moments à bord, absorbe des paysages, peint des femmes: sa première petite amie Christine mais aussi des Polynésiennes à Bora-Bora. Sa vie est en équilibre entre son rôle d'officier qui "dompte" les mers et ses expérimentations picturales qui le plongent dans l'univers des couleurs et des matières.

   De retour pendant une période de vacances sur la presqu'île, il est invité par la municipalité à faire une conférence sur la campagne de la Jeanne. Dans le public se trouvent la belle Gaëlle et sa fille. Durant ce mois d'août, il va tomber amoureux de Marion, de sa silhouette de statue grecque et de ses silences. Dans son esprit, le corps de Marion et le paysage de la presqu'île se confondent. Il la dessine inlassablement, comme pour tenter de saisir l'âme de sa belle taiseuse.

   Ils vont s'aimer, se marier et devenir les parents d'une petite Louise. Pour le narrateur, l'univers pourrait se limiter à eux trois. Mais Marion s'échappe, elle ne semble pleinement exister que dans l'eau. Elle nage en piscine, dans toutes les eaux que leur offrent leurs voyages. Elle accepte parfois la présence de son mari à ses côtés mais semble préférer être seule pendant ses baignades C'est une femme-sirène, appelée par la mer, qui va s'initier à la plongée en apnée pour se fondre encore plus dans les fonds marins.

   Alors que Marion s'énivre des profondeurs océanes, le narrateur s'immerge de plus en plus dans la peinture. Dans la presqu'île où ils ont acheté une maison, leurs trajectoires semblent se séparer...

   Le style d'Olivier Frébourg est à fleur de peau, d'une peau au goût de sel et de soleil. Il nous parle avec passion de la mer, des corps qui s'aiment et se désaiment et de l'attachement presque viscéral à un lieu, cette presqu'île, frontière floue entre terre et mer.

Merci à Sylire de m'avoir donné envie d'emprunter ce livre à la médiathèque.

Une très belle découverte !